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L'En Dehors


Voter est un droit, mais est-ce véritablement un devoir ?
Que le droit de vote soit un progrès par rapport aux autres pratiques politiques, c’est une évidence. Que le système de la représentation politique soit une nécessité dans une société organisée, c’est également difficilement contestable. Pourquoi, en dépit de ces «évidences» une telle méfiance a fini par naître entre les citoyens et «la» politique? Pour une raison apparemment fort simple: l’élection est incapable de répondre aux grands problèmes de notre société. Il a fallu du temps pour faire ce constat, mais aujourd’hui il est en passe d’être établi et compris par un très grand nombre, sinon par la majorité.



Le discours politique sur le «changement», véritable «tarte à la crème» de toutes les campagnes électorales, ne passe plus… par ce que le citoyen sait qu’il est faux… De là à en conclure que celles et ceux qui le tiennent sont des mystificateurs, à défaut d’être des imbéciles (ce qu’ils ne sont pas), il n’y a qu’un pas qui aujourd’hui est franchi.

L’insistance des politiques à vouloir nous faire croire «qu’ils ont la solution» et les pratiques mafieuses et crapuleuses de certains,… agrémentés d’une impunité d’autant plus assurée que la place dans l’appareil de l’Etat est élevée, ont fini par jeter le discrédit sur l’ensemble de la «classe politique» et donc sur le système qui lui assure l’accession au pouvoir.

Une telle «dérive» de la conscience citoyenne est évidemment insupportable pour celles et ceux qui ont en charge le fonctionnement du système. Il leur faut absolument sauver l’illusion d’un consensus populaire, et quoi de mieux comme consensus que la «participation à l’élection». Gauche et Droite réunies n’ont qu’une seule obsession: «que le peuple participe à l’élection», cette participation sera l’expression, la concrétisation de l’adhésion du citoyen au système qui le gruge, de son allégeance au système… et on pourra toujours lui répliquer que «les politiques menées ne sont finalement que l’expression de sa volonté»… bloquant ainsi toute contestation dangereuse. Pour celles et ceux qui n’ont pas compris, on procède par culpabilisation avec l’argument classique: «Des femmes et des hommes sont morts pour le droit de vote»… comme si ces femmes et ces hommes s’étaient battus pour que l’élection devienne la mascarade qu’elle est aujourd’hui! Cautionner une telle chose n’est ce pas les tuer une deuxième fois?

Certes, Droite et Gauche préfèrent chacune voir ses propres membres accéder et occuper le pouvoir pour bénéficier de ses privilèges, mais le principal danger est tout de même cette suspicion citoyenne qui se généralise et dont l’expression est l’abstention, c’est dire un nouveau phénomène politique qui est la remise en question de la comédie électorale qui nous est régulièrement jouée. Droite et Gauche se satisfont parfaitement d’une «alternance politique» qu’elles nous présentent comme la quintessence du fonctionnement démocratique… le problème pour elles c’est que les citoyens y croient, eux, de moins en moins.

Pour combattre cette tendance du «rejet de la politique», en fait «des politiques et de leurs pratiques», tout ce joli monde fait assaut de «civisme», voire de «morale civique», expliquant doctement et avec le plus grand sérieux que la «participation est un acte citoyen» et que celle ou celui qui ne vote pas est, bien entendu, un «mauvais citoyen»… l’abstentionniste n’est qu’un «pêcheur à la ligne»(?) de surcroît «irresponsable»…

Si à une époque, l’abstentionnisme était, encore que, réductible à la nonchalance, à l’irresponsabilité ou la paresse civique, aujourd’hui ce n’est plus du tout le cas. La montée vertigineuse des taux d’abstention n’a plus rien à voir avec la «pratique de la pêche à la ligne» et dénote au contraire l’émergence d’un phénomène politique qui prend de l’ampleur pour des raisons beaucoup plus graves.

Si le droit de vote demeure aux yeux de toutes et tous un droit, on n’est plus bien certain qu’il constitue encore un devoir. En effet, à la question «Doit-on aller voter?», on ne peut pas ne pas accoler la question «Pour quoi faire?» Or, nous l’avons vu, la réponse à cette dernière question est tout à fait problématique.

«Voter» pour simplement «voter» n’a aucun sens… ou bien alors, il s’agit d’entretenir l’illusion symbolique, la croyance en une utilité politique de choix et de changement… qui n’existent pas. A la limite, et c’est ce vers quoi nous allons, voter dans ces conditions, c'est-à-dire prendre systématiquement les gens pour des imbéciles dans ce qui devrait constituer un acte essentiel de la vie citoyenne, c’est ouvrir la voie à des démagogues dont on sait ce que ça peut donner… rappelez vous la république de Weimar!

Ce n’est donc pas un hasard si, aujourd’hui, nous assistons à une véritable offensive pour faire participer aux élections… c’est la meilleure manière pour faire que rien ne change.

Ce n’est pas non plus un hasard si les taux d’abstention sont minorés et si les calculs de pourcentages obtenus par les candidats sont calculés et diffusés par rapport aux «scrutins exprimés». Refaites les calculs par rapports aux «inscrits» et vous vous rendrez compte que les «élus» sont des «nains politiques»!

Ce n’est pas non plus un hasard si les candidats aux élections, véritables ectoplasmes de la pensée politique, se vendent en utilisant les méthodes du marketing en valorisant leur image, ou celle de leur conjoint-e, ou chanteur/sportif préféré…

Ce n’est pas un hasard si, même s’ils «ne pêchent pas à la ligne», nombre de citoyens éviteront de faire la queue devant une urne, comme on fait la queue devant un boulangerie par temps de pénurie, pour déposer un bulletin qui a perdu tout son sens.

Enfin, ce n’est pas un hasard si régulièrement se repose le problème de savoir si l’on doit rendre le vote obligatoire… ce qui aurait l’avantage de pouvoir officialiser et légitimer l’escroquerie qu’est devenu l’élection.


                                                        Patrick MIGNARD

Mis en ligne par libertad, le Vendredi 18 Juin 2004, 13:14 dans la rubrique "Pour comprendre".
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Commentaires :

  Cycojesus
18-06-04
à 21:39

ça commence mal !

Je ne suis pas allé plus loin que les deux premières phrases. Pourquoi ? Elle annoncent des évidences qui, il me semble, n'en sont pas :

"Que le droit de vote soit un progrès par rapport aux autres pratiques politiques, c’est une évidence."
Quelles sont ces "autres pratiques politiques" ? L'Anarchisme ? non, si je pensais le contraire je ne serais pas en train d'écrire sur ce site. Et un progrès pour qui d'abord ? Les hommes et femmes politiques ? Surement, eux qui on fait leur métier de "nous" "représenter" et qui dans les faits ne se représentent même pas eux-mêmes mais suivent les directives du parti dont ils sont les petits soldats. Mais un progrès pour le "péquin moyen", j'ai du mal à voir en quoi. Ce système "démocratique" lui fait croire qu'il décide de son sort, qu'il influe sur la politique de "son" pays alors que, toujours dans les faits, il est difficile de voir en quoi.


"Que le système de la représentation politique soit une nécessité dans une société organisée, c’est également difficilement contestable."
La goutte qui fait s'écrouler le chameau !
La "démocratie" parlementaire système indépassable, fin de l'histoire. Point barre. Et si t'es pas d'accord c'est surement que t'es trop stupide... J'avais pourtant pas l'impression d'être sur le site de l'UMP, mince ! endehors.org aurait-il été piraté par les chinois du FBI de Sarkozy^WDe Villepin ?
Je le crie haut et fort : "NON, la représentation politique n'est pas une nécessité dans une société organisée !!!!"
Et puis d'abord c'est quoi une "société organisée" ? Ma famille en est une et pourtant je n'y "représenté" par personne sinon par moi-même. "Société organisée" ne veut pas forcément dire 350 millions de moutons défilant la main sur le coeur, la larme à l'oeil devant leur chef et représentant suprême et bienveillant...

Je m'énerve donc je vais m'arréter là, juste une citation d'Aristore (ça date pas d'hier) (approximative, tirée de la revue Réfractions n°12 donc je suggère la lecture à l'auteur de l'article (http://refractions.plusloin.org/)) : "La démocratie est le gouvernement par les élites avec les hourras de la foule"
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  Rackshasa
24-06-04
à 02:14

Re: ça commence mal !

Ben oui, dans tout ce que je lis de lui, il ne se positionne jamais contre la démocratie représentative dont il a l'air de regretter la faillite (comme il dit). Il n'évoque jamais non plus la démocratie directe, il n'est peut-être pas au courant. Ou alors ce cher professeur est peut-être pour un renouveau des élites...
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  Anonym3.
24-06-04
à 10:27

Re: Re: ça commence mal !

ça rejoint un peu la discussion sur l'autre article/texte de PM "Temps électoral contre temps citoyen" :

(*) http://endehors.org/news/5352.shtml

je pense aussi qu'il a définitivement choisi son camp. malgré que certains de ces textes soient intéressants quant à l'analyse de nos sociétés capitalistes en évolution, je vois pas en quoi il est sur le bon chemin (*).
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  Manu
24-06-04
à 12:25

Re: Re: Re: ça commence mal !

Et les gars, vous êtes en plein rêve et vous avez le droit d’y rester ! mais soyons sérieux, aucune collectivité humaine ne peut fonctionner comme une simple juxtaposition d’individus, ne serait ce que pour prendre en charge des structures de service collectifs. Même les expériences libertaires en Espagne, en Aragon exactement et qui peuvent avancer des bilans largement positifs ont eu recours au système représentatif.

Je comprend chez vous la crainte des dérives qui sont multiples mais justement il s’agit pour le collectif de contrôler ce système de la représentation (mandat impératif, unicité du mandat, possibilité de révocabilité permanente,…). Il est ridicule de diaboliser la réprésentation dans son principe… organnisons son exercice. Ou bien alors on n’en est pas capable… alors il vaut mieux ne plus rien faire du tout.

J’suis pas anar… mais tous les anars ne raisonnement comme vous… heureusement !
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  Ek
24-06-04
à 13:51

Re: Re: Re: Re: ça commence mal !

et ce patrick est pas vraiement anar non plus d'ailleur :)
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  Manu
24-06-04
à 13:56

Re: Re: Re: Re: Re: ça commence mal !

Mais enfin, on en a rien à foutre de ce qu'il est ou n'est pas ce P.M. Cessez de fonctionner avec des étiquettes. L'important est de savoir comment se posent les problème et ce qu'il y a lieu de faire ou de ne pas faire et comment le faire. Il pose des questions, avancent des arguments, faut voir ce qu'ils valent, est ce que ça peut faire avancer la réflexion de tous c'est ça l'important.
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  Anonym3.
24-06-04
à 17:53

Re: Re: Re: Re: Re: Re: ça commence mal !

Mais enfin, on en a rien à foutre de ce qu'il est ou n'est pas ce P.M. Cessez de fonctionner avec des étiquettes.

marrant ça que certains voient que par un bout de la lorgnette.
je fais juste un copier coller de ton intervention précédente :
"Je comprend chez vous" vous => anars
"J’suis pas anar" (et il y en a d'autres)
Ben oui, tu fonctionnes aussi avec des étiquettes.
Un peu normal, puisqu'il me semble que l'étiquette est le moyen, dans une société, de se reconnaitre et de s'estimer. "Moi", "Toi", "On", sont aussi des étiquettes.
Quant aux positions de P.M., Cycojesus les a bien révélées, et le reste du texte de P.M n'est juste qu'un constat de la réalité des élections, sinon je ne vois ni de questions, ni d'arguments (où sont ils?).
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  Manu
24-06-04
à 19:04

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: ça commence mal !

?????????????????????????????????????
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  Ek
24-06-04
à 21:20

Re: Re: Re: Re: Re: Re: ça commence mal !

Hum j'ai juste donné cete info en réaction à ton comment, mais je pisse sur les etiquettes - anar ou socialo ou frontiste d'ailleur- de la meme maniere
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  Rackshasa
24-06-04
à 22:29

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: ça commence mal !

Ouais, enfin on est quand même sur un site dit "anarchiste", il y a bien une ou des raisons à ça, non?
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  Anonyme
24-06-04
à 22:52

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: ça commence mal !

Le refus de la connerie Rackshasa ! D’abord le refus ! Ensuite, question étiquette, elle part souvent au lavage...

[...] « Voter » pour simplement « voter » n’a aucun sens... ou bien alors, il s’agit d’entretenir l’illusion symbolique, la croyance en une utilité politique de choix et de changement... qui n’existent pas.

Explicite non !

Même si voter est un est droit et non pas une OBLIGATION !

Mais là est devenu le piège, qui est très bien explicité par Patrick le « Mamarchiste » ?!
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  Rackshasa
24-06-04
à 23:24

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: ça commence mal !

Et puis dire que "anarchiste" est une étiquette c'est dire que c'est un mot vide de sens, qui n'a pas de définition. Or, les anarchistes ont une histoire, des principes, des pratiques, une volonté d'organisation horizontale de la société au contraire des "hiérarchistes" qui approuvent et désirent une société organisée verticalement. Nous avons un langage qui est une somme de conventions faites pour se comprendre. Après, on peut toujours nier qu'une chaise est une chaise, ou expliquer le mode d'emploi, sa fonction, son design, afin de ne pas la nommer. On aura ainsi des discussions du type: "mais je t'en pris, prend donc cet ustensile en bois verni aux formes ergonomique qui te permettra de t'asseoir." Bon amusement!
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  Rackshasa
25-06-04
à 00:37

Ca commence mal ! Et ça finit mal aussi !

"l’escroquerie qu’est devenu l’élection." à la fin du texte de PM.
Ah? parce que pour devenir une escroquerie, c'est que ça n'en était pas une avant? Il y a eu un âge d'or du vote, de l'élection honnête? Quand ça? Comment ça?
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  libertad
25-06-04
à 08:24

Re: Ca commence mal ! Et ça finit mal aussi !

Je trouve effectivement plus intéressant de pointer les éventuelles faiblesses des textes de PM, en partant de notre point de vue anarchiste et d'y apporter éventuellement des réponses plus adaptées que de savoir s'il est anarchiste ou non, car personne n'est chargé de délivrer des brevets, d'autant qu'il ne se se présente pas comme anarchiste.
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  Anonym3.
25-06-04
à 09:00

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: ça commence mal !

une étiquette est, pour moi, un signifiant qui pose des valeurs.
Lorsqu'on dit "soce-dem", "fascho", "coco", "on" sait l'histoire et les valeurs respectives que ça implique.
Alors lorsqu'"on" dit "Anars", je crois qu'"on" sait aussi l'histoire et les valeurs que ça implique. Bien que ce soit evidemment réducteur et pas trés explicite...

Mais pour la question du texte de P.M quant aux éléctions et de la représentation, il ne pause aucunement les principes de "mandatement impératif" et de la "révocabilité des mandats à tout moment", etc..
Donc je ne vois pas en quoi son texte va faire avancer la réflexion sur la question politique, puisque sa position est mi figue mi raisin. le grand écart n'est pas la meilleure position pour avancer.
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  libertad
25-06-04
à 09:29

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: ça commence mal !

Il est plus intéressant de poser des questions, de souligner des faiblesses éventuelles du raisonnement, de proposer des alternatives que de classer les gens ce qui n'a de mon point de vue aucun intérêt et évite d'aborder les questions de fond : les idées exprimées.

Il n'y a aucun débat dans le mouvement anarchiste sur ces questions de la transition vers une société anarchiste comme si tout avait été défini une fois pour toute par les grands penseurs du 19ème siècle. Une pensée qui ne s'actualise plus aux condtions présentes du capitalisme est une pensée morte ! N'ayons pas peur de discuter.

Voir le nouveau texte de PM : Méfions-nous des modèles déposé !

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  Anonym3.
25-06-04
à 21:35

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: ça commence mal !

évite d'aborder les questions de fond : les idées exprimées.

il me semble que ses idées ont étés exprimées et que des critiques en ont étées faites. et ceci depuis son autre texte (temps electoral... etc) également.
Le classement des individus se fait à partir du moment où il y a echelle subjective de valeur ; si je suis individualiste, je reconnaitrais mes amis individualistes et mes ennemis collectivistes, si je suis communiste, je reconnaitrais mes amis communistes et mes ennemis capitalistes, si je suis libertaire, je reconnaitrais mes amis libertaire et mes ennemis autoritaire ; evidemment que le classement des individus n'est pas le meilleur moyen pour discuter, mais il peut permettre aussi de poser des faits ou des questions.
Les anarchistes proposent et proclament des principes de lutte et d'organisation depuis bien longtemps, et je ne suis pas aussi crédule quant à une nouvelle théorie ou nouveau principe de lutte ou organisationnel qui poserait différemment les conditions de transition vers une société libertaire. J'insiste, mais, je ne vois nulle part dans les textes de P.M des principes qui pronent autre chose que la démocratie. Or, selon moi, les moyens utilisés conditionnent l'avenir d'un mouvement. Si on utilise des moyens démocratiques, on arrivera à une société démocratique, Si on utilise des moyens anarchistes, on arrivera à une société anarchiste. Evidemment ensuite, il y a la question des rapports de force au sein de la société, qui conditionnent beaucoup l'avenir politique de toute théorie et pratique. par exemple, le mouvement ouvrier à la sortie de la premiére guerre mondiale s'est orienté vers une confiance pour le bolchévisme à la suite de la révolution d'octobre et grace à la mystification qui en a été faite par les cocos et les bourgeois, les anarchistes, avec leurs théories et leurs pratiques, ont étés alors pour une grande partie ignorés, même jusqu'aux expériences libertaire d'ukraine ou d'espagne ou d'ailleurs (dans les universités, la révolution sociale est encore assez bien ignoré, et pour cause, il y a une palanqué de marxiste ou socialistes nationaux qui tronent dans ces lieux, et qui ne veulent surtout pas mettre à jouir cette période intéresante quant aux possibilitées sociales ou organisationnelles); le capitalisme s'est dévellopé grace à la guerre, ou à la collaboration des partis de gauche ou des syndicats, entre autres, puis la médiatisation du capitalisme (la société du spectacle?) a transformé mentalement la société pour en devenir uniquement des consommateurs, et la contre culture n'y a pas pu grand chose...
Alors pas besoin de tirer sur l'ambulance, car si il n'y a pas le désir de la population de changer ces conditions de vie, on pourra toujours poser une enieme théorie qui serait sensé déblayer le terrain d'autres théories, mais ça ne changera pas ce désir chez les gens. Or, une révolution, une rupture, ou une gréve se généralisant améne à reposer la question du désir de vie et des relations sociales ; j'ai vécu la période de décembre 1995 à paris, où j'ai ressenti un changement dans les rapports sociaux, une sorte de jubilation de la société, le questionnement sur ce qui se passait, et la question du désir se posait à nouveau, mais comme d'habitude le syndicalisme a posé le probléme dans l'ordre du monnetaire (changer pour que ce soit pareil) ; la jubilation ou la bonne humeur du début où tout semblait pouvoir etre possible s'est vite estompé aprés la collaboration des syndicats. Alors pour moi, la question de fond est de savoir si on s'organise pour gérer les contradictions du systéme ou si on s'organise pour que chaque individu puisse étre entendu dans ses désirs de vie.
La démocratie répond à la premiére option, l'anarchie répond à la seconde option, je ne vois donc pas en quoi et comment une théorie démocrate irait répondre à une question anarchiste, tant au niveau organisationnel qu'au niveau des moyens de lutte.
Et franchement avant de dire que les idées posent quoi que ce soit de nouveau, il faudrait d'abord les concretiser avant. or au sein même de ces textes il n'y a rien de concret qui puisse changer ce qui existe déja.

Une pensée qui ne s'actualise plus aux condtions présentes du capitalisme est une pensée morte !

Les idées, les pensées, c'est bien beau tout ça, mais un lien vers le concret ça me semble bien mieux, mais ce qui est embéttant avec les pensées et idées de P.M, c'est que ça ne reste qu'idées et pensées, et que ça semble difficile qu'il pose du concret, ou lorsqu'il en pose, c'est rapide et inodore. Je fais parti de ceux qui pensent qu'une idée sans manifestation matérielle est une idée inutile, et je pense aussi qu'un acte ou manifestation matérielle sans idées restera qu'un acte inutile.
ben oui, je me répéte, mais les textes de P.M sont de bonnes analyses et constats sur la réalité économique, mais quant à la concrétude et de la perspective possible quant aux réponses par rapport à cette réalité, il prend des positions, ou bien floues, ou bien non cohérentes, ou bien démocrates...

Il y a d'une part:

1/ l'analyse de P.M

et d'autre part:

2/ le choix théorique et pratique politique de P.M

Donc ne confondons pas l'"analyse" et le "choix théorique et pratique".
La pensée qui se réactualise, dont tu parles, sur les textes de P.M, ne semble que de l'ordre de son analyse, quant au niveau théorique et pratique c'est zéro.
Oui, n'ayons pas peur de discuter !
Les analyses de Kropotkine ou de Reclus sur la biologie ou la géographie ou les populations sont reconnues dans le monde entier, et pourtant par des personnes qui ne sont pas obligatoirement anarchistes et communistes. Les analyses de Marx sont connues et reconnues par de bons capitalistes, et pourtant ne sont pas marxistes.
La question qui semble indispensable à poser est donc les positions politiques de l'auteur. Pas que le fait qu'au cas où il ne pose pas des principes libertaires dans ces textes, qu'il serait excommunié [ :)) ], mais que cela permettrait de garder un oeil critique sur ces analyses et ne pas s'illusionner sur ses propres choix politiques (non affichés et juste suggérés).
L'analyse de la réalité de ce monde, c'est bien pour le cerveau, mais ce qui est mieux c'est de faire vivre ses désirs.
A ma connaissance, seul les diverses théories et pratiques anarchiste proposent de vivre cela.
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  libertad
25-06-04
à 22:28

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: ça commence mal !

Je ne reviens pas sur l'histoire du classement que je trouve inutile et PM refuse d'être classé : Méfions-nous des modèles déposé ! comme individualiste ça ne me pose aucun problème.

Il faut donc examiner ce qu'il dit et uniquement cela, car après sous-entendre qu'il y aurait une différence entre ce qu'il dit et son positionnement politique, il faudrait amener des preuves, les procès d'intention ne suffisent pas.

PM prone bien d'autres choses que la démocratie et il faudrait aussi s'entendre d'abord sur ce que tu endends par démocratie qui serait opposée à anarchie. Dans le système organisationnel proné par les anarcho-syndicalistes il y a bien une forme de démocratie à travers le syndicat et le système d'organisation basé sur la commune est bien une forme de démocratie. SI par démocratie tu entends démocratie représentative et parlementaire, effectivement les anars sont contre mais PM n'a jamais écrit qu'il était partisan de la démocratie représentative et parlementaire. Au contraire ses positions sont a-politiques et il rejoint en cela les anars, contre l'extrème-gauche par exemple puisqu'il considère que la question du pouvoir politique ne jouera qu'un rôle secondaire dans le processus de transition vers une nouvelle société. Il est dans la lignée des anarchistes pour considérer que c'est l'économie qui prime sur le politique. Il pense donc que la "révolution" s'opérera lorsque le nouveau mode de production se sera déjà mis en place et qu'il se traduira par de nouveaux rapports sociaux. Pour lui la question du pouvoir est secondaire, elle n'est que la traduction finale d'un processus de changement.

Il considère par contre comme important de fédérer toutes les initiatives traduisant déjà aujourd'hui ces changements pour les dynamiser. Or une grande partie de la question est là : ces forces qui représentent déjà un autre mode de production sont-elles déjà là et sont-elles capables de renverser à l'heure actuelle le capitalisme. Toute la question centrale que pose PM et il a raison est là. Je ne pense pas qu'il y réponde vraiment, mais je n'ai pas encore lu ses livres.

Or cette question n'est à mon avis pas facile à résoudre car il est fort possible que ces nouveaux rapports sociaux, ce nouveau système de production soient déjà là présents mais que nous les voyons pas. Pourquoi ? Parce que toute l'information est monopolisée par un système d'information du Spectacle qui rend opaque la vision et l'analyse. IL ne faut quand même pas compter sur le système marchand pour donner des armes pour sa propre destruction !

Ensuite même si ces nouveaux rapports sociaux étaient visibles, le système du Spectacle réussit à récupérer et dénaturer ce dont il parle, dans le but de s'auto-préserver donc la problématique n'est pas simple.

J'avancerai pour ma part deux pistes : tout ce qui tourne autour de la gratuité et qui attaque donc de front le système basé sur la marchandise et le salariat, de multiples luttes et nouveaux rapports se mettent en place un peu partout sur ce thème, sans qu'on en parle beaucoup, ce qui n'est peut être pas plus mal. Un exemple de ces nouveaux rapports sociaux dont personne ne parle, trouvé aujourd'hui : Récit des premières étapes de la caravane

L'internet me semble aussi une piste de réfexion sur l'émergeance de nouveaux rapports sociaux entre les gens. Tout cela est encore bien insuffisant pour faire basculer le système mais comme je le dis d'autres choses peuvent et sont peut-être déjà à l'oeuvre.

Et PM rejoins aussi les anars sur les moyens et le fin, en disant : construisons déjà ici les rapports sociaux du nouveau système et le pouvoir n'en sera que la traduction lorsque ces rapports se seront imposés partout.

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  Manu
26-06-04
à 07:31

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: ça commence mal !

Libertad, je suis tout à fait d'accord avec toi, c'est exactement ce que j'ai lu dans les textes de P.M. Il pose les bonnes questions... cela dit, on ne peut pas lui reprocher d'apporter toutes les solutions... qui les a toutes les solutions ? Personne évidemment... C'est certainement dans la pratique que ces solutions apparaîtrons ! ! ! !

Qu'est ce que c'est que ces livres dont tu parles ?

Manu
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  libertad
26-06-04
à 10:42

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: ça commence mal !

Tu as raison Manu, on ne peut lui reprocher, il ouvre des perspectives c'est déjà pas mal et s'il permet d'engager une refexion collective sur ces questions ce sera un sacré progrès mais là rien n'est certain car je ne suis pas convaincu que la période soit à l'ouverture mais plutôt au replis identitaire, enfin ne désespérons pas ! Car peut-être les choses bougent-elles plus que nous le pensons sans que cela se traduise encore dans la conscience collective, c'est ce que j'espère.

Pour commander ses bouquins il faut aller sur ce site : http://www.aael.asso.fr/livres.php

On pourra y trouver l'un de ses livres : "L'illusion démocratique" pour rebondir sur une discussion plus haut comme quoi PM serait un partisan de la démocratie, il a l'air en tout cas de trouver que c'est une illusion !

Au passage, les gens qui l'éditent sont des libertaires.

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  Ek
26-06-04
à 15:37

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: ça commence mal !

Hum je confirme l'AAEL sont assez sympatiques, et ils font des belles affiches :)
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  Rackshasa
26-06-04
à 17:42

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: ça commence mal !

Ben oui Manu, c'est certainement dans la pratique qu'apparaitront les solutions, mais la pratique de quoi? La pratique de la démocratie représentative (comme les "motivées" dont PM a encouragé les élections)? La pratique de la démocratie directe ( dont PM ne nous parle jamais)? Ou la pratique d'autre chose? Donc sur les analyses de PM, on peut y trouver des choses intéressantes, mais celles-ci sont réalisées avec une grille d'analyse de citoyen intégré au systême représentatif, qui commencerait à comprendre que la démocratie en laquelle il croyait n'est que mensonge, mais qu'il aurait du mal quand même à lacher ce en quoi il a mis ses espoirs pendant des années (c'est en tous cas l'impression qu'il me fait). Ceci dit sur le côté analytique. Voyons maintenant les pratiques qu'il propose. Pour l'instant, je n'en ai vu aucune, à part sa proposition de coordination, qui n'est pas vraiment une pratique mais plutôt une forme d'organisation. Et dans cette coordination? comment se feraient les propositions, les décisions? De quelles pratiques PM est-il partisan? Je pense que c'est ce flou qui inspire une certaine méfiance à l'égard des écrits de PM, d'autant plus qu'il intervient essentiellement auprès d'orgas soce-dem (Attac, LDH, motivé(e)s) dans lesquelles les pratiques ne sont pas en adéquation avec des pratiques anarchistes (puisque Attac, LDH et autres sont aux mains du PS-verts-PC-LCR). Donc, comme il est de notoriété publique que les partis politiques (au sens actuel de l'organisation en parti à but électoraliste), sont entrainés à, et ont pour stratégie, l'entrisme dans tout mouvement de contestation, un positionnement clair s'impose quand à leur rôle et fonction.
Pour ma part, je n'envisage l'autonomie des luttes qu'en rompant avec les partis et en dénonçant leurs manoeuvres de récupération. On aura vu par exemple pendant les présidentielles la LCR co-signer un tract avec des orgas libertaires et des syndicats (pas tous libertaires), appelant à l'abstention en dénonçant l'échec et la trahison du PS-verts-PC cause d'un Le Pen au deuxième tour, et en même temps la LCR signer un appel à manif contre Le Pen avec ces mêmes PS-verts-PC qu'ils dénonçaient. Ceci n'est qu'un exemple parmi tant d'autres. Il faut effectivement avoir bien peu de pratique en milieu libertaire pour ne pas comprendre que les buts et intérêts des anars n'ont rien de commun avec certaines personnes ou orgas qui s'habillent des couleurs de la contestation et qu'en cela il ne sont absolument pas des alliés mais bien des ennemis.
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  Manu
26-06-04
à 19:46

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: ça commence mal !

La pratique, ce qu’il appelle pratique, P.M. la défini relativement clairement et c’est là que je pense que son raisonnement est intéressant, je cite :

« il est temps d'avoir des pratiques sociales nouvelles, en conformité avec les valeurs que nous proclamons et véhiculons. Des pratiques de production, de consommation, d'échange et même de luttes (Voir l'article « DROIT DE GREVE ET SERVICE PUBLIC » qui prouvent deux choses : l'absurdité et la malfaisance du système marchand, mais aussi la validité concrète des valeurs et des principes que nous proclamons. Ces pratiques existent localement et même mondialement mais elles ne sont jamais prises en considération dans une stratégie politique, elles ne sont pas fédérées pour constituer une stratégie de changement, elles ne servent que d'illustrations exotiques à des discours grandiloquents sans véritable portée ».article « TRANSITION »

C’est clair non ? Ce qu’il appelle pratique c’est, si j’ai bien compris, la mise en oeuvre de nouvelles relations sociales fondées sur de nouveaux principes de relations et d’échanges (à tous les sens du terme) entre les individus. Ca c’est vrai que c’est nouveau et que ça peut-être efficace en perspective du changement…. Ca n’a évidemment rien à voir avec une pratique électorale.

Manu
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  libertad
27-06-04
à 00:31

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: ça commence mal !

Ok Manu on lit bien la même chose et effectivement c'est une perspective nouvelle qu'ouvre PM : ne plus considérer la question du pouvoir comme une question centrale au départ, ce que font en fait tout les mouvements "révolutionnaires" : renverser le gouvernement, l'état et instaurer une nouvelle forme de pouvoir. PM dit que si l'on continue à agir ainsi cela ne sert à rien qu'un mouvement révolutionnaire ne changera rien, sinon favoriser un retour en arrière. Ce qui doit changer tout d'abord, c'est l'économie, c'est le système marchand qui doit être renversé par de nouveaux rapports de productions, ces nouveaux rapports permettant une nouvelle organisation sociale. Le changement de pouvoir ne viendra que par la suite lorsque le nouveau mode de production se sera imposé. Dans cette forme de changement les partis n'ont pratiquement aucun rôle à jouer puisqu'il n'y a pas de pouvoir à prendre, ce qui nous intéresse beaucoup comme anarchistes. Travailler à la coordination et à l'auto-organisation des nouvelles formes de rapports sociaux, voilà qui est rentre tout à fait dans une perspective anarchiste.

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  Rackshasa
27-06-04
à 03:17

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: ça commence mal !

Manu, tu dis:"C’est clair non ? Ce qu’il appelle pratique c’est, si j’ai bien compris, la mise en oeuvre de nouvelles relations sociales fondées sur de nouveaux principes de relations et d’échanges (à tous les sens du terme) entre les individus. "
Quelles nouvelles relations sociales? PM ne fais aucune propositions, ne cite aucun exemple? D'une certaine manière il parle alors que d'autres agissent déjà.
"Ca c’est vrai que c’est nouveau et que ça peut-être efficace en perspective du changement…."
Ce n'est absolument pas nouveau, c'est même particulièrement ce pourquoi luttent les anars depuis plus de 150ans, d'où la richesse du mouvement libertaire en expériences diverses dans de nombreux domaines: éducation libertaire, autogestion de la production, libération des moeurs par exemple. Et quand tu participe à l'autogestion d'une structure, de production ou autre, là tu découvres d'autres rapport sociaux. La démocratie directe ça s'apprend. Un exemple précis: le moment de la décision dans une assemblée qui refuse le système du vote demande une formulation particulière. Sur une proposition, par exemple de produire des carottes, on ne se demande pas s'il y en a qui sont d'accord ou d'autres pas d'accord car cela revient à un vote de manière implicite (tant de oui et tant de non), mais on préfère demander s'il y a une opposition. Comme certains n'en auront rien à foutre de la production de carottes ils l'accordent à ceux que ça intéresse en restant silencieux. S'il y a des opposant à cette proposition ils se manifestent mais doivent argumenter, ce qui peut relancer le débat. Un non sans raison ne suffit pas ou appelle un pourquoi, ce qui évite les blocages de proposition sur des critères personnels (par exemple des individus qui ont peu d'affinités). C'est plus long, mais le but est de contenter tout le monde, sans qu'une minorité soit frustrée. Cela peut sembler procédurier mais libre à chaque collectivité de se mettre d'accord sur telle ou telle règle. Et puis à force de pratique ce n'est plus forcemment long, car l'on apprend à écouter les autres, à analyser leurs arguments, leurs propositions, et aussi à s'exprimer clairement devant les autres. J'ai vu bon nombre de timides (dont je faisais partie) prendre confiance dans ce genre d'assemblées à force d'y participer car ils découvraient que leur parole avait autant de poids que n'importe qui d'autre et que la décision leur appartenait tout autant. Discuter donc des pratiques et innover dans celles-ci me semble tenir d'une réflexion plus avancée que de se réveiller en disant qu'il faut des nouvelles pratiques (qu'on appelle depuis longtemps des alternatives). Alors bien sûr il n'y a pas d'âge pour découvrir que l'on peut (et doit) faire autrement, mais du coup je conseillerais à PM peut-être d'aller voir du côté des anars pour découvrir un milieu riche en alternatives et pas du côté des boutiques politiques qu'il fréquente d'habitude (attac, soce-dem et compagnie) car là il risque d'être déçu. Donc je lance un appel à Patrick Mignard (qui ne se prétend anar): Ohé! on est là, Patrick!

PS: Nouvelle théorie sur PM: c'est peut-être aussi un anar qui fait de l'entrisme chez les soce-dem? Et c'est pour ça qu'il veut pas se dire anar... (mais non j'déconne...)
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  Anonym3.
27-06-04
à 16:04

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: ça commence mal !

PM refuse d'être classé.

il veut, mais ne pourra pas, etre en dehors du positionnement politique, donc a-politique (comme tu dis plus bas), or LE MOUVEMENT ANARCHISTE EST LUI POLITIQUE.

Il faut donc examiner ce qu'il dit et uniquement cela, car après sous-entendre qu'il y aurait une différence entre ce qu'il dit et son positionnement politique

ok. je répéte juste ce qui a déjà été posé par les autres contributeurs (au sujet de ce texte):

- "Que le système de la représentation politique soit une nécessité dans une société organisée, c’est également difficilement contestable."
- "ce qui aurait l’avantage de pouvoir officialiser et légitimer l’escroquerie qu’est devenu l’élection."

Il prend donc une position politique et est donc pour la représentation politique, nostalgique d'éléctions passées qui étaient meilleures, et donc démocrate. n'ayons pas peur d'en parler de la nostalgie démocratique.

Mais cela n'a rien à voir avec le reste de son analyse qui ne prend pas position, mais fait juste un constat.

PM prone bien d'autres choses que la démocratie

d'aprés les lignes au dessus, ça révélerait plutot qu'il la prone.

mais PM n'a jamais écrit qu'il était partisan de la démocratie représentative et parlementaire.

ah bon? -> "Que le système de la représentation politique soit une nécessité dans une société organisée, c’est également difficilement contestable."
parlemetaire peut etre pas, mais pour une démocratique représentation sans aucun doute.

Au contraire ses positions sont a-politiques et il rejoint en cela les anars

les anars ne sont pas a-politiques, ils ont des perspectives politiques et organisationnelles (différentes selon les tendances). ils sont contre tout pouvoir, mais ça ne signifie pas a-politique. donc son étiquette serait a-politique? ;) [les contradictions s'accumulent]

il considère que la question du pouvoir politique ne jouera qu'un rôle secondaire dans le processus de transition vers une nouvelle société.

donc il envisage un pouvoir politique lors de la transition, et considére le mouvement social comme acteur principal, mais ne refuse pas, secondairement la récupération par les pouvoirs politiques, il n'a donc aucun point commun avec les anarchistes.

Il est dans la lignée des anarchistes pour considérer que c'est l'économie qui prime sur le politique.

vraiment n'importe quoi !! je dirais même lamentable.
l'économie ne prime pas sur le politique, l'un est lié à l'autre, il y a une dialectique entre ces deux facteurs. ce qui prime pour un anarchiste est la question sociale et son mouvement.

Et PM rejoins aussi les anars sur les moyens et le fin, en disant : construisons déjà ici les rapports sociaux du nouveau système et le pouvoir n'en sera que la traduction lorsque ces rapports se seront imposés partout.

tu t'avances rapidement là, il n'a posé aucun moyen organisationnel clairement défini et réfléchi (la coordination et le fédéralisme n'est pas un moyen spécifiquement libertaire, il peut etre autoritaire. et la rotation est une preuve de démocratie, ça se pratiquait en gréce antique). Alors faire jouer les bonnes intentions, c'est bien, mais faut pas non plus se plaindre de procés d'intentions par la suite, car si on pose une question politique, il faut du concret, car les réves de monde meilleur, où les individus ne soient plus pris pour des pions, c'est une intention bienvenue, mais il faut poser les principes qui permettront à ces individus de s'émanciper de tout pouvoir. Or il ne les posent pas. Il pose juste les questions qui dérangent un systéme politique au niveau organisationnel au sujet de la légitimité des élections, mais il ne pose pas les principes (les clefs) qui destabiliseraient ce systéme sur ce point précis, ou qui permettrait d'entrevoir une ouverture libertaire.
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  libertad
27-06-04
à 17:52

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: ça commence mal !

tu dis que le mouvement anarchiste est politique, tout dépend ce que tu mets dans ce terme. PM rejoint les anars dans le fait qu'il ne considère pas que les partis politiques ont un rôle à jouer dans la prise de pouvoir, ce en quoi il rejoint les anars. Evidemment si tu veux dire par politique "gestion de la cité" alors tout le monde est politique, y compris PM. Lui est les anars sont a-politiques dans le sens où les partis politiques n'ont pas de rôle dirigeant à jouer, ce en quoi il se distingue de tous les autres partis y compris l'extrème gauche, seuls les anars disent ça.

Il ne condamne pas effectivement tout système de représentation politique mais les anars non plus : la commune et le syndicat en sont et les anars de différentes tendances les pronent.

Le social n'est qu'une conséquence de l'économique et l'économique prime sur le politique, aujourd'hui plus encore en cette période de mondialisation capitaliste où les politiques sont là comme des fantoches pour amuser la galerie. Comme si c'étaient eux qui prenaient les décisions. C'est pas le MEDEF qui décide en France ? Croire que c'est l'UMP est une vaste farce.

"donc il envisage un pouvoir politique lors de la transition, et considére le mouvement social comme acteur principal, mais ne refuse pas, secondairement la récupération par les pouvoirs politiques, il n'a donc aucun point commun avec les anarchistes." Je me demande bien où tu as pu lire qu'il ne refuse pas la récupération par les pouvoirs politiques ? 

Ouh là dire que le fédéralisme n'est pas un mode d'organisation spécifiquement libertaire, là c'est nouveau ! Ou alors jen ne saisis pas bien ton argumentation, quant à la rotation elle peut être un moyen, il y a aussi le mandat impératif mais bien d'autres procédés sont envisageables.

En fait tu fais à PM les reproches que tu adresses à ce que tu dis: "les réves de monde meilleur, où les individus ne soient plus pris pour des pions, c'est une intention bienvenue, mais il faut poser les principes qui permettront à ces individus de s'émanciper de tout pouvoir." "il ne pose pas les principes (les clefs) qui destabiliseraient ce systéme". PM justement ne se réfère pas à un projet de société future, à une utopie que l'histoire contredit sans cesse, il dit que c'est aujourd'hui dans les nouveaux rapports sociaux que cette société s'organise déjà ou qu'elle s'organisera si ce n'est pas encore le cas et l'on est bien loin de projets assez fumeux et volontaristes, jamais suivis d'effets ou détournés de leur logique initiale qu'à connu à longueur d'histoire le mouvement anarchiste, voir le titre d'un bouquin excellement par ailleurs "la mémoire des vaincus". Le mode d'organisation n'est donc pas une construction idéaliste que les anars devraient proposer au mouvement, c'est celà les rèves d'un monde meilleur "les demains on rasera gratis !"

L'organisation sociale en gestation est déjà là dans les nouveaux rapports sociaux, les anars n'ont pas à la penser ce qui rejoidrait d'ailleurs la conception du rôle dirigeant du politique, pour ne pas dire du parti. Non le rôle des anars et d'autres comme PM est de comprendre ce qui se passe et de participer à la coordination et d'impulser ce mouvement.

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  Manu
27-06-04
à 21:13

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: ça commence mal !

Libertad, je suis entièrement d'accord avec toi.. je n'ai rien à rajouter .
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  Patrick MIGNARD
27-06-04
à 22:40

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: ça commence mal !

Sur ce que je suis ou ne suis pas… je pense, comme certains-es d’entre vous que ça n’a aucun intérêt. L’important aujourd’hui n’est plus les étiquettes mais la manière de poser les problèmes et ce que ça peut apporter pour aller de l’avant. Je suis convaincu que ce n’est pas l’étiquette qui fait la qualité du raisonnement,mais la valeur et la pertinences du raisonnement et des arguments.

Sur l’ « électoralisme ».

Décidément les positions sont figées dans tous les camps… y compris chez les anarchistes… ce qui est plus surprenant.

L’électoralisme en tant que pratique politique est à rejeter : manipulations, magouilles , blocages par les partis, en font une pratique condamnable. De plus l’électoralisme en tant que moyen de transformation de la société est une escroquerie (voir les différents textes que j’ai écrit sur le sujet).

Cela dit je ne condamne pas par principe et le principe du système de représentation et de délégation de pouvoir. Il est évident, et les libertaires l’on pratiqué justement dans l’Histoire, que l’on peut, et même, ne serait-ce que pour des raisons pratiques, procéder à une élection de délégués et que la collectivité se donne les moyens d’exercer un contrôle sur cette délégation de pouvoir. Cela n’a rien de politiquement et moralement scandaleux.

Assimiler comme le font certains cette acceptation de la représentation à de l’électoralisme c’est ne rien comprendre à la différence qu’il y a entre une pratique démocratique contrôlée par la collectivité (contrôle du mandat, compte à rendre, révocabilité), et une pratique de confiscation du pouvoir et d’interdiction d’accès au pouvoir. A la limite dire que tout système de représentation est incontrôlable par la collectivité c’est reconnaître de facto l’incapacité de la collectivité à assumer un minimum de responsabilité… ce qui est le comble pour des libertaires.

Sur les nouvelles « pratiques sociales ».

Je pense, mais je n’ai rien inventé, que seuls, de nouveaux rapports sociaux peuvent assurer le changement social. Si cela est vrai, ça veut dire, et Libertad l’a bien réexpliqué est je suis d’accord avec lui, que le problème de la « prise du pouvoir » n’est pas central et immédiat, il ne peut-être que l’aboutissement d’un processus historique de mise en place de ce que l’on pourrait appeler une « alternative sociale ». Il est vrai, comme ça été dit que des libertaires et anarchistes, et ils ne sont pas les seuls, ont mis en place ce type de structures…OK,… le problème c’est qu’elles fonctionnent de manière autonomes, locales, et n’ont aucune perspective au niveau de la société. Fédérer ces initiatives, peut-être, une manière de poser le problème des nouveaux rapports sociaux au niveau global… alors, mais alors seulement se posera le problème du remplacement, de l’expropriation du système marchand et de son pouvoir. De plus, cette pratique sociale, menée collectivement montrera que ce que nous disons est réalisable et rendra obsolète les anciennes pratiques politiques.

Je suis convaincu que c’est en faisant, par la pratique, par la mise en place de nouveaux processus de production, de consommation, de distribution des richesses que l’on prouvera la fiabilité de nos affirmations et que l’on convaincra la grande masse des hésitants-es.
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  Rackshasa
28-06-04
à 02:14

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: ça commence mal !

Pour le système de représentation et de délégation, chez les anars, la question est de quel pouvoir est investi le mandaté. Pour qu'un contrôle optimum de la collectivité s'opère sur le mandaté, la préférence va à la délégation du pouvoir éxécutif, quant au décisionnel il reste entre les mains de la collectivité. Il y a donc une différence certaine, entre un représentant investi du pouvoir de décider et de faire exécuter sans en réferrer à la collectivité comme il est de mise dans la démocratie représentative et de nombreuse orgas soce-dem, et celui d'un mandaté pour une tâche précise décidée par la collectivité, pratique courante chez les libertaires.
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  Patrick MIGNARD
28-06-04
à 06:16

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: ça commence mal !

Tout à fait d'accord.
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  Yvan Grozny
L'En Dehors
28-06-04
à 15:53

Aarouchs en Kabylie

A ce titre, et pour exemple, un texte de Georges Rivière, "Algérie, l’insurrection libertaire du Mouvement des assemblées dit des Aârouchs" (en particulier "L’expérimentation de la démocratie directe, force et difficultés
"):
http://refractions.plusloin.org/refraction8/algerie.htm
Un exemple parmi d'autres, enrichissant.
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  Anonym3.
28-06-04
à 22:15

Atenco au guerrero - > mexique

Il y a un autre exemple assez intéressant également au sujet du mandatement impératif, et ceci depuis le début de l'insurrection pour s'opposer à la décision d'expropriation de leurs terres par l'État Mexicain, et qui s'est déroulé au mexique les deux dérnières années dans le Guerrero, à San Salvador Atenco pour etre exact.

Pour ce qui est de la délégation de pouvoir, ça me semble une erreur d'utiliser cette expression tintée de démocratie, et qui laisse planer au sein de cette expression une récupération possible, ne serait ce que "délégation" et "pouvoir", car c'est autant utilisé par des représentants democratique que par des démocrates directs.
L'expréssion "mandatement impératif", au contraire exprime bien la marge qu'il y a avec ce systéme et le fait qu'il ne soit pas question de pouvoir, ni de délégation, mais de "mandat" avec des limites quant aux besoins ou décisions concernant la collectivité et dont seuls les mandataires/mandatés sont maitre.

La Constitution de la Vème République (en france donc), dans son article 27, dispose que "tout mandat impératif est nul". seul le mandat représentatif est accepté. Il est donc essentiel de refuser toute représentation, de quelque sorte que ce soit, et même si c'est "une nécessité dans une société organisée", on est quand même socialistes (les anarchistes), on a donc comme but et moyen la création de l'administration des choses ainsi que l'abolition du gouvernement des hommes (dixit fourier, proudhon, considérant et autres) . je ne vois donc pas où est la nécéssité du moyen de représentation dans un tel but !? la seule nécéssité est l'organisation et la fédération de ces volontés.
Les questions ne sont pas nouvelles, les réponses non plus.
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  Rackshasa
29-06-04
à 03:46

pendant ce temps là en France...

Si en France et globalement en Europe, les expériences alternatives de démocratie directe ne sont pas fédérées, c'est que même si elles sont diverses, elles sont encore trop peu nombreuses et éparses. De plus, en dehors des orgas politiques anars et des squats et lieux plus ou moins autogérés, apprendre et pratiquer la démocratie directe ça ne se fait pas. Et même le mileu anar étant plus préoccupé par des luttes de résistance, antisexisme, anticapitalisme...bref tous les antis, l'extension de la pratique de la démocratie directe et sa généralisation à toute la société devient secondaire. Donc très peu d'information sur cette pratique est faite en dehors des structures anars et faire de l'information ou de la formation sur le sujet est assez régulièrement mal vu, car il y a toujours quelqu'un pour vous sortir l'argument tarte à la crême: "on ne sait pas ce que pourrait être une autre société future" ou alors "on est pas là pour livrer une société clef-en-main" mais encore "l'anarchie c'est pas un programme politique" et une dernière celle de la théorie qui risquerait de devenir une idéologie. Et comme ça, et bien les anars on reste entre nous, peinards dans nos petites boutiques. Le plus drôle c'est que dans ce cas là, c'est la pratique qui se fixe en théorie, qui elle ne sort pas ainsi du milieu autorisé par crainte de prosélytisme.
Mais pour en revenir à l'idée de coordination de Patrick, je me demande, une coordination de quoi? de qui? L'unité libertaire? Ca a déjà été proposé et c'est plutôt de l'ordre de l'échec. Même si l'idée était séduisante, il s'agissait d'une coquille vide que certains voulaient remplir. Une coordination entre anars et attac, soce-dem et compagnie? Impossible, ces derniers n'ont pas de pratiques compatibles avec les libertaires et surtout leurs pratiques ne sont absolument pas des alternatives, et les rares fois où les anars s'associent à eux, ils finissent par ce faire entuber (rappelez-vous les dénonciations de Suzanne Georges d'Attac sur les anars après le drame de Gênes, ça ne donne pas envie de se coordonner avec ce crapules soce-dem). Donc pour en finir et reposer la question qui me taraude: une coordination ou fédération avec quoi? avec qui?
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  Patrick MIGNARD
29-06-04
à 08:09

Re: pendant ce temps là en France...

Voici un texte en guise de réponse. C’est un texte de réflexion à partir de pratiques concrètes menées dans le domaine de l’agriculture – le support de cette pratique est la CUMA (Centre d’Utilisation du Matériel Agricole)- coopérative-, les intervenants producteurs sont des paysans de la Conf. Paysanne – ceci concerne la production de viande, mais ça se fait aussi dans la production de légumes. Ce n’est donc pas un texte théorique proposant une pratqiue, mais une réflexion à partir d’une pratique qui pourrait être généralisée.

Pour le moment ces pratiques sont locales, éclatées, méconnues… elles sont pourtant facilement généralisables et peuvent être à l’origine d’un nouveau type de fonctionnement de rapports sociaux.

On peut à partir de là réfléchir et pratiquer dans d’autres domaines…. Il n’y a pas de modèles pré établis mais des pratiques à mettre en œuvre à partir de valeurs et de principes….

Ce texte date de mars 2001
P.M.


PROJET D’AMENAGEMENT CITOYEN DE CIRCUITS DE DISTRIBUTION DANS LE DOMAINE AGRICOLE

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Ce texte est un instrument de travail et de réflexion. Il n’a pas vocation a être diffusé. Il est destiné à alimenter la réflexion. Toute critique, remarques et autres suggestions sont les bienvenues.
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La crise de la vache folle, la fièvre aphteuse, la mal bouffe, les OGM et de manière générale toutes les dérives provoquées et/ou aggravées par l’agriculture industrielle pose aujourd’hui des problèmes graves de sécurité alimentaire pour l’ensemble de la population.

L’agriculture qui avait échappé durant des décennies aux conséquences de la marchandisation, ce que l’on appelle l’agriculture traditionnelle, fonctionne aujourd’hui sur les principes économiques de l’activité des secteurs industriels : étude de marché, rentabilisation à outrance , élimination des entreprises les moins rentables.

Une réaction citoyenne se fait aujourd’hui jour, aussi bien du côté des consommateurs non agriculteurs que du côté des agriculteurs eux mêmes. Cette réaction tente de poser le problème à partir de cas particuliers (par exemple les OGM), mais aussi essaye de l’élargir dans toutes ses conséquences économiques et politiques (par exemple en posant le problème du commerce équitable à l’échelle mondiale).

Les résistances à une telle prise de conscience sont nombreuses. Elles viennent essentiellement :

- des lobbies agroalimentaires qui sont le fer de lance de l’industrialisation agricole , qui ont le plus d’intérêts économiques à la continuation d’un tel système, qui contrôlent les marchés, les productions et… les subventions ( le prototype en est en France la FNSEA )
- l’Etat qui, en tant que responsable du fonctionnement de ce système marchand se doit de préserver l’essentiel de la dynamique et est parfaitement complice des lobbies agroalimentaires a qui il confie plus ou moins directement la gestion de la branche, et ce quelle que soit la couleur politique des gouvernements,
- la passivité de la majorité des citoyens(nes) qui subissent la situation, réagissent plus ou moins rationnellement aux rumeurs et dans tous les cas de figures ne voient pas « comment il pourrait en être autrement », ajoutant aux risques qu’ils prennent une fatalité qui arrange finalement le système.

Il est aujourd’hui évident que nous ne pouvons compter sur de quelconques décisions des pouvoirs publics pour nous tirer de cette situation. La bureaucratie européenne, alliée aux lobbies de l’agriculture industrielle, eux mêmes soutenus par les Etats nationaux, ne peuvent que gérer les situations de crise tout en maintenant en l’état le système qui est à l’origine des catastrophes actuelles. Les citoyens-e-s doivent eux(elles) mêmes s’organiser pour mettre sur pied un (des) systèmes , des circuits économiques qui puissent répondre à toutes les attentes : produits de qualité pour les consommateurs, possibilité de les produire de la part des agriculteurs.
-

Une autre manière de fonctionner est possible et même souhaitable


La commodité offerte par le marché classique des produits agricoles : mettre à la disposition de tous, à tout moment et en grande quantité l’ensemble des produits qu’il est possible de fabriquer, a laissé la place à la suspicion généralisée du fait des dérives que nous constatons aujourd’hui. Les consommateurs piégés, mal informés préfèrent modifier leurs habitudes alimentaires que de prendre des risques d’autant plus angoissants qu’ils sont mal définis et plus ou moins camouflés par le système. (vache folle, OGM, poulets à la dioxine,…). L’incapacité pour le système de trouver une solution satisfaisante, pour les producteurs et les consommateurs entraîne aujourd’hui des dysfonctionnements dans les filières de production qui mettent en péril l’existence même des producteurs et privent les consommateurs d’un élément indispensable à l’alimentation humaine.

La première réaction possible est la démarche individuelle, celle qui consiste à créer son petit « univers protégé » à la limite de l’autarcie économique. L’auto protection censée mettre à l’abri des dérives du marché. Cette attitude individualiste à évidemment ses limites et n’est en aucune manière une solution à l’échelle de la société.

L’autre attitude consiste à choisir, pour les produits sensibles, c’est à dire tout ce qui est viandes voire légumes, un producteur chez qui on fait ses achats. Cette solution a également ses limites… conçue de manière individualiste elle n’est en aucune manière une solution à l’échelle sociale. Elle a pourtant l’avantage de pouvoir être généralisée. Procédant d’une attitude saine, ne plus faire confiance au marché à ses dérives, elle est parfaitement réaliste puisqu’elle met en présence des individus qui sont à des places différentes dans la division sociale du travail : l’agriculteur et un non agriculteur, un paysan et un citadin. Encore faut-il que cette méthode soit généralisée.

Les éléments de la solution, socialement satisfaisante existent : des producteurs qui souhaitent faire de la qualité et des consommateurs désireux de l’acheter. Le système de l’agriculture industrielle tel qu’il fonctionne aujourd’hui est incapable de créer des conditions permettant de réaliser ce qui paraît évident et souhaitable. La démarche citoyenne des uns et des autres doit pouvoir suppléer à cette carences et à remettre en question l’ensemble du système actuel par des initiatives citoyennes et ce pour le bien être économique et alimentaire de tous.


Pour un autre fonctionnement de l’agriculture


Ce qui est à l’origine du système agricole actuel tout le monde le connaît, c’est la mise en place d’une agriculture intensive au lendemain de la deuxième guerre mondiale. L’argument qui a présidé à l’établissement de ce système est en soit parfaitement louable : faire en sorte que les pénuries alimentaires (surdéterminées à l’époque, dans l’opinion publique, par les privations de la guerre), ne se reproduisent plus. Le problème c’est que cette volonté s’est mise en place dans un cadre marchand ce qui a aboutit à ce que nous connaissons aujourd’hui, l’agriculture productiviste. Celle-ci n’est pas un avatar ou un dysfonctionnement du système général, elle n’est que la conséquence logique des principes de fonctionnement de l’économie de marché… on retrouve d’ailleurs toutes ces conséquences dans les différentes branches de production de l’ensemble de l’économie. Dans le cas de l’agriculture les conséquences sont plus spectaculaires et touchent à un tabou humain : l’alimentation.

Appliquée à l’agriculture, les tares de l’économie de marché ont pris des proportions colossales, il n’est qu’à évoquer des mécanismes aussi absurdes que dangereux comme les systèmes des subventions européennes, le gel des terres et les pratiques de l’industrie pharmaceutique concernant les soit disant principes de précautions. Toutes ces mesures ont fait faillites et ont abouti aux catastrophes actuelles.

Ces dérives sont aujourd’hui à l’origine d’une relative prise de conscience collective qui se manifeste dans la plupart des cas par une attitude négative : le refus de consommer.

Il ne s’agit pas de prendre le problème dans son ensemble et ce pour une raison bien simple, nous, simples citoyens n’avons pas les moyens matériels, politiques et institutionnels de pouvoir changer globalement les choses du moins pour le moment, tout est verrouillé par la bureaucratie d’Etat, européenne et les lobbies agricoles. La seule attitude qui nous est possible est de partir du niveau local… quitte ensuite à faire « tâche d’huile » et à généraliser.

Le niveau local, c’est la commune, le pays, voire le département. Au niveau local il y a des paysans qui, non impliqués dans la logique de l’agriculture industrielle sont prêts à fonctionner selon des critères économiquement et écologiquement sains. Le fonctionnement qu’ils ont actuellement prouve qu’une telle pratique est viable économiquement contrairement aux discours tenus par les tenants de l’agriculture productiviste. Des solutions juridiques existent pour améliorer les conditions de la production sans pour cela entrer dans la logique infernale de la concurrence et de la course à la productivité. (les CUMA par exemple).

Ce type de fonctionnement chez le producteur ne révolutionne pas l’ensemble de l’agriculture mais il permet ponctuellement de créer un (des) réseaux qui, s’ils se généralisent jetteront les bases d’un nouveau fonctionnement de l’agriculture. Généralisé, ce système portera un coup fatal à l’agriculture industrielle qui sera obligée de s’adapter aux nouvelles normes ou périra.

L’intérêt politique de ce type de démarche c’est qu’il se fait par et pour les citoyens (agriculteurs et consommateurs), qu’il est contrôlé par eux et non plus par des profiteurs et bureaucrates anonymes.


Pour un autre fonctionnement de la consommation


La consommation telle qu’elle existe aujourd’hui n’a pas pour objectif de satisfaire des besoins mais de réaliser de la valeur en vendant des marchandises… c’est ce qui explique toutes les dérives aboutissant à ce qu’il est convenu d’appeler la « mal bouffe ». La confiance aveugle qu’avaient les consommateurs en matière de production et de distribution a été trahie par les lois de fonctionnement du marché. La relative commodité de la distribution : avoir tout, tout de suite et… pas toujours aux coûts les plus bas, a montré ses limites et ses vices cachés. Aujourd’hui on est prêt à consommer moins mais mieux… autrement dit à ne plus « consommer idiot ». Encore faut-il s’en donner les moyens et pour cela changer nos habitudes et nos modes de relations avec les producteurs. Or cela est possible à une échelle individuelle dans un premier temps, plus collective lorsque l’on généralisera le système, mais dans tous les cas il nécessite, pour être efficace, une implication de chacune et chacun.

Changer nos habitudes de consommation signifie ne plus avoir de tout, tout de suite et tout le temps . Il est bien évident que le rythme de la nature n’est pas de fournir en fonction des désirs humains, il y a des rythmes que respectaient nos anciens et qui préservaient la nature et d’ailleurs leur santé. Le progrès technique dans l’alimentation, couplé au fonctionnement du marché, ne nous nourrit plus mais nous gave, pas pour notre bien, mais pour notre fric. De ce fonctionnement nous en constatons aujourd’hui les conséquences : obésité, hypertension, allergies, plus toutes les conséquences de l’agriculture industrielle, au niveau de la santé et de la dégradation de l’environnement,.

Il ne s’agit pas, bien évidemment, de retourner aux modes d’alimentation d’autrefois, mais de revenir à un respect des rythmes naturels dans la production agricole et la consommation : par exemple dans le domaine de la viande, s’approvisionner chez un éleveur qui respecte le régime alimentaire des animaux et leur rythme de croissance, autrement dit quelqu’un qui n’a pas recours à des procédés technico-chimico-pharmaceutiques pour accélérer la prise de poids des animaux. Il est bien évident que le respect de ces rythme va ralentir le rythme de la production et qu’il ne pourra fournir les consommateurs qu’au rythme naturel de la production – ceci peut être vécu comme une contrainte, mais aussi comme le respect de rythmes naturels assurant la qualité. Il faut dire que la contrainte n’est pas handicapante, d’abord parce que l’on consommera autre chose que de la viande en permanence (la santé s’y retrouvera), mais aussi parce que les techniques de conservation (les congélateurs individuels) permettent d’étaler la consommation dans le temps. On utilisera enfin le progrès technique intelligemment.


Pour un autre fonctionnement de la distribution.


Il est évident que le système ainsi exposé peut fonctionner sans intermédiaire, autrement dit sans commerçants. Il est non moins évident qu’il peut aussi fonctionner avec des commerçants.

Les commerçants sont-ils condamnés par un tel système ? La réponse est non. Si la vente directe peut s’effectuer directement chez le producteur, voire au niveau de la CUMA, il est évident que l’ensemble des consommateurs ne peut pas procéder de la sorte, il y a donc indubitablement place pour le commerce Cependant, le commerce que nous connaissons aujourd’hui doit subir et subira de fait d’importantes modifications. En effet, le commerce en général a généré les mêmes dérives que la production, autrement dit se sont multipliés les intermédiaires en vue non pas d’améliorer la qualité de la distribution, mais pour faire de l’argent dans l’accomplissement de cette activité, augmentant en cela le prix final du produit. Il est bien évident que ce genre de procédé est à éliminer. La distribution doit être sous le contrôle du producteur et du consommateur La chaîne de distribution doit être la plus courte possible pour assurer un prix bas et une qualité maximum.

La mise en place d’un tel système entre producteurs et consommateurs aura d’ailleurs pour effet de raccourcir, sans le supprimer, le circuit de distribution. En effet, un tel système va réhabiliter économiquement de petites unités de production sur l’ensemble du territoire, va éviter les grandes concentrations de production (qui éliminent les petites) et va donc mettre la production à proximité de la consommation, réduisant en cela la longueur du circuit de distribution.

Les commerçants ne sont pas condamnés mais le commerce tel qu’il existe aujourd’hui l’est. Il y aura toujours place, dans ce système, pour les femmes et les hommes, mais pas pour des fonctions économiques qui ont montré leur faillite en terme de qualité et d’efficacité.


Conclusion provisoire


Il est donc possible, de nombreux cas pourraient être signalés, d’établir des liens plus ou moins directs entre producteurs et consommateurs, liens signifiant , non plus une relation aveugle dans le cadre du marché, mais basé sur la connaissance et la confiance des uns et des autres.

La dépersonnalisation des rapports marchands peut laisser la place à un rapport de confiance entre le producteur et le consommateur. Encore faut-il que l’un comme l’autre veuille établir ce rapport.

Un tel système fonctionne dès aujourd’hui, certes pas à l’échelle de la société dans son ensemble, mais à partir d’initiatives individuelles qui ont tendance, sous la pression des évènements, à se multiplier. Il s’agit maintenant de développer le système et de faire une information en vue de sa généralisation.

Le cadre citoyen pour poser ce problème existe. Un travail d’affinement des propositions est nécessaire ainsi qu’une étude de faisabilité sur le plan économique et juridique. Enfin il paraît indispensable de nouer des contacts avec les autres départements afin de connaître les initiatives prises en ce domaine et d’échanger les informations.


Patrick MIGNARD


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  Rackshasa
29-06-04
à 13:23

Re: Re: pendant ce temps là en France...

La CUMA reste une association de propriétaires terriens, tout comme la conf paysanne, donc des structures mises en place par des patrons, pour des patrons. Les agriculteurs qu'ils soient à la conf ou à la FNSEA sont toujours dans un rapport de capitalistes (le capital là étant la terre et les machines)à exploité. C'est ce rapport social là, d'exploitation de l'homme par l'homme, qu'il est nécessaire de modifier si l'on veut espérer une société plus juste. Alors, que des patrons, même s'ils sont écolos, s'organisent pour réduire leur charges d'investissement de matériel en CUMA, cela n'est pas une pratique de changement. Une pratique réellement différente serait que ces propriétaires terriens de la conf ou autres, mettent en commun leurs terres et associent leurs ouvriers agricoles à l'égal d'eux-mêmes dans l'affaire. Mais il ne faut pas rêver. Pour avoir été ouvrier agricole durant plusieurs années, je peux affirmer qu'il règne dans l'agriculture des conditions d'exploitation infernales et pas seulement dans la production conventionnelle mais aussi dans le bio où j'y ai vu de l'esclavagisme réel. J'ai déjà évoqué ce sujet des filières associatives de main d'oeuvre indienne ou d'afrique à zéro euros dans le bio. Des producteurs font tourner leur petit business écolo en faisant travailler des stagiaires étrangers non-rémunérés seulement logés et nourris. Effectivement ce mode de production utilisant moins de machines, il nécessite plus de main-d'oeuvre, pour désherber par exemple.
Changer les rapport entre patrons ou producteurs et consommateurs ne mênent qu'à un aménagement du capitalisme. Seul l'abolition des rapports d'exploitation de l'homme par l'homme pourraient ouvrir aux humains d'autres possibles. Une pratique s'offre à nous et rien à ce jour ne nous l'interdit, c'est l'autogestion, au nom certes un peu surrané. Le self-management et le self-government seraient-ils plus séduisants, dynamiques?
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  Rackshasa
29-06-04
à 13:44

Re: Re: Re: pendant ce temps là en France...

Ah, j'oubliais... je produisais du bio, respectueux de l'environnement, de la santé et tout et tout, mais mon salaire ne me permettait pas d'en manger...j'allais dans la grande distribution pour me nourrir.
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  Patrick MIGNARD
29-06-04
à 18:16

Re: Re: Re: Re: pendant ce temps là en France...

« Il ne faut pas rêver », je ne te le fais pas dire ! Je ne sais pas si tu t’en rends compte mais toute ta démonstration démontre que ce que tu souhaites est tout à fait irréalisable. Tu es un puriste sur le plan idéologique, j’en conviens… mais c’est un peu court pour construire l’avenir. Trépigner en proclamant haut et fort un certain nombre de principes ne manque pas de noblesse d’esprit , mais si c’est pour se rendre compte qu’il n’y a aucune chance de le concrétiser… Heureusement que tous les libertaires ne raisonnent pas de la sorte et savent faire la différence entre CUMA et grandes exploitations.

Si tu penses que c’est en répétant qu’il faut collectiviser, toute affaire cessante, toutes les terres, tu risques de ne pas faire avancer la construction d’un monde meilleur.

Il faudra quand même que nous explique comment tu t’y prends pour abolir tout de suite le capitalisme : l’insurrection généralisée ? la grève générale ? … Et en particulier comment tu vas convaincre le plus grand nombre d’un tel passage à l’acte ?
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  Rackshasa
29-06-04
à 19:53

Re: Re: Re: Re: Re: pendant ce temps là en France...

Quand je dis qu'il ne faut pas rêver, c'est juste qu'il ne faut pas attendre un geste ou compter sur une bonne volonté venue d'en haut, en l'occurence dans la discussion présente les propriétaires terriens. Par contre, une option non révolutionnaire mais qui me semble plus proche d'une démarche d'abolition de l'exploitation de l'homme par l'homme, c'est l'organisation en SCOP (Société Coopérative Ouvrière de Production). Vois-tu, Patrick, il ne s'agit pas, comme pour endosser le costard de puriste que tu me tailles, de collectiviser sur des rêves de grands soirs, mais plutôt de chercher les formes actuellement possibles qui se rapprochent le plus de mes aspirations. Alors bien sûr les SCOPs, c'est loin d'être la panacée mais c'est à mon goût toujours mieux que les CUMA. Pour ceux qui ne savent pas ce qu'est une SCOP, c'est une forme de la SARL, avec un capital exigé moitié moindre qu'une SARL classique, dans laquelle les associés sont salariés et quelque soit leur apport au capital ils ont le même pouvoir, à savoir un individu une voix(systême représentatif) et répartition équitable des bénéfices. Il y a évidemment des limites, puisque la SCOP peut avoir des salariés non-associés, mais ces derniers au bout d'un an peuvent prétendre à devenir associé. La plus grosse SCOP de France est la deuxième entreprise de cablage du pays avec 1100 salariés tous associés. Et pour l'histoire les textes de lois permettant cette forme d'entreprise datent du XIXe et les premières SCOP ont été créées par des ouvriers anarchistes au début du XXe.
Il y a biensûr les expériences communautaristes d'autonomie alimentaire et énergétique, mais cela reste marginal, trop détaché de la société, donc c'est une option que je ne prend pas même si d'un point de vue de l'expérimentation de rapport sociaux, il y a des choses très intéressantes à en tirer.
Aussi quand tu dis:" Heureusement que tous les libertaires ne raisonnent pas de la sorte et savent faire la différence entre CUMA et grandes exploitations." Je n'ai jamais entendu que la CUMA soit la tasse de thé des libertaires mais je vais me renseigner là-dessus.
Enfin, j'aimerais que tu ne me prêtes pas des propos ou des attitudes que je n'ai pas eu et que je n'ai pas:"tu es un puriste" "trépigner en proclamant haut et fort...", "si tu penses que c'est en répétant qu'il faut collectiviser...". Ce genre de procédé visant à jeter le discrédit afin de se hisser en position de force est assez répandu dans les discussions sur forum pour ne pas y perdre de temps et d'énergie, merci. Ou bien au minimum fais le avec humour.
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  Anonyme
29-06-04
à 23:24

Re: Re: Re: Re: Re: Re: pendant ce temps là en France...

Ca sent la friture...
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  Anonym3.
30-06-04
à 08:46

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: ça commence mal !

Fédérer ces initiatives, peut-être, une manière de poser le problème des nouveaux rapports sociaux au niveau global…

oui, mais comme disait "Rackshasa", fédérer quoi et qui?
Car on se fédére déjà sur certaines pratiques ou principes de fonctionnement.
Or j'imagine mal des groupes révolutionnaires s'associer avec des groupes réformistes. Car la relation au monde est complétement différente selon ces deux positions. Pour les deux, la réapropriation du monde est essentielle, mais quant à la perspective à court, moyen et long terme, c'est là que ça divergerait.

alors, mais alors seulement se posera le problème du remplacement, de l’expropriation du système marchand et de son pouvoir.

le probléme c'est aujourd'hui, pas demain. comment s'associer si on ne sait pas vers quoi on veut aller? faut pas réver! (oui oui !) si on ne pose pas le principe de l'abolition de ce systéme dés maintenant, c'est pas demain que l'on y pensera.

De plus, cette pratique sociale, menée collectivement montrera que ce que nous disons est réalisable et rendra obsolète les anciennes pratiques politiques.

pas besoin de nouveaux exemples pour prouver que créer une société avec d'autres pratiques et relations sociales soient possibles. il y a déjà plein d'exemples dans l'histoire ou actuellement. Créer au sein de la société des pratiques sociales nouvelles, oui c'est beau, mais ça a déjà été fait dans les 70's, puis récupéré début 80, en 70's on peut pas dire que c'était mou comme aujourd'hui et qu'il n'y avait pas désir d'association... Mais la société bourgeoise cloisonne avec ces lois afin que rien ne soit possible au niveau collectif. alors une seule solution, la révolution sociale. On a toutes les techniques possibles pour s'émanciper de leur autorité, mais la législation et les intérets économiques nationaux font obstacle. je ne vois qu'une solution, son abolition.
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  libertad
30-06-04
à 09:17

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: ça commence mal !

Une seule solution , la révolution, comme on dit, ça ne mange pas de pain de dire ça et au quotidien ça ne change rien. Le mouvement anar dit ça depuis sa création et on est toujours au même point. Je crois que le discours millénariste peut être une façon aussi d'accepter le quotidien. Il suffit de relire par exemple le Père Peinard de Pouget pour voir que cette stratégie fut un échec. on y décrivait les conditions les plus scadaleuses de l'exploitation capitaliste et le discours anar était de dire : "ah mais tout celà n'aura qu'en temps, le jour de la révolution, on remettra les compteurs à l'heure et on verra ce qu'on verra". Effectivement on a rien vu et l'exploitation continue de plus belle. Méfions-nous aussi du révolutionnarisme qui ne change rien.

La démarche que pose PM me semble plus pertinente car elle ne propose pas d'attendre le matin du grand soir qui ne vient jamais, au contraire, il dit que c'est aujourd'hui que se met en place les conditions du changement à travers un nouveau mode de production et de nouveaux rapports sociaux. C'est ce qui s'est passé dans la transition entre le féodalisme et le capitalisme. PM pense que la transition se fera sur le même shéma.

Je pense que le cadre qu'il popose est une bonne grille d'analyse, le problème non résolu me semble être de savoir si de nouveaux rapports de production mettant en place de nouveaux rapports sociaux sont déjà à l'oeuvre aujourd'hui ou non et quels sont ces nouveaux rapports ? Car avant d'envisager une coordination, il faut déjà savoir ce qu'on veut coordonner. Là il me semble effectivement que ce n'est pas encore clair pour le moment et c'est le point faible de l'argumentation. Soit ces nouveaux rapports ne sont pas encore présents et il n'y a rien à coordonner. Soit ils sont déjà présents mais nous ne les voyons pas. Les bourgeois avaient-ils la conscience de créer de nouveaux rapports sociaux ?

Voilà de mon point de vue le vrai problème. PM propose une méthode mais n'apporte pas encore les solutions mais au moins la méthode peut être fructueuse pour la réflexion.

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  Anonym3.
30-06-04
à 10:38

Re: Re: Re: Re: Re: pendant ce temps là en France...

Tu es un puriste sur le plan idéologique, j’en conviens… mais c’est un peu court pour construire l’avenir.

Si je peux me permettre... "un puriste sur le plan idéologique" ne serait pas une étiquette? un moyen de classifier? un moyen de dénigrer? je croyais que ce n'était pas "qui est quoi" qui était important?!(et en plus là c'est un peu péjoratif/voire insultant, et pourtant il y a pas de quoi) il me semblait que c'était les arguments et le reste des propos qui étaient posés qui devaient etre débattus? ça a changé depuis quand?

Quant à la construction de l'avenir, il faudrait déjà, comme dit libertad, qu'il y ait une force concréte sur le terrain qui ait le désir de changement, hors institutions parlementaires. Mais si il y en a pas, tu pourras faire toutes les longueurs idéologiques, théoriques ou pratiques que le papier te permet, sans que ce ne soit en conséquence plus constructif sur le terrain. À trop chercher la paille dans l'oeil du voisin, on ne regarde pas la poutre qu'on a dans le sien.
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  libertad
30-06-04
à 10:43

Re: Re: Re: Re: Re: Re: pendant ce temps là en France...

Serait-il possible de discuter sur le fond plutôt que sur les piques de l'un ou l'autre ?
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  Yvan Grozny
L'En Dehors
30-06-04
à 12:18

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: pendant ce temps là en France...

D'autant que sur le fond, la discussion entre Rakshasa et Patrick est intéressante. Rakshasa, aurais-tu de la doc à nous indiquer concernant la SCOP?

Parallèlement, à la lecture de tout cela, je me remémore l'entretien de Ronald Creagh, il y a quelques jours sur Radio Libertaire. Contrairement à la très large et disparate mouvance anarcho-marxiste classique d'une part, et à la pensée libérale d'autre part, Creagh ne voit pas les rapports économiques comme la pierre angulaire du changement social. Pour lui, les rapports économiques seraient au contraire conditionné par les valeurs. Autrement dit, la modification des rapports économiques viendrait en conséquence du changement des rapports sociaux.
Alors, qui de la poule ou de l'oeuf?

Autre remarque extraite de cet entretien, à propos cette fois de la dichotomie réforme/révolution: dans l'histoire, certaines réformes ont eu des conséquences révolutionnaires alors que certains actes révolutionnaires n'ont abouti qu'à des réformes, qui ne représentent pas focément un progrès social. Donc au-delà des intentions de chacun et de leurs idéologies, des projets comme ceux-ci méritent qu'on y regarde à deux fois. Avec un oeil critique, bien entendu.

C'était juste une petite parenthèse pour tenter de décloisonner le débat.
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  Patrick MIGNARD
30-06-04
à 13:27

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: pendant ce temps là en France...

Libertad,, tu as exactement exprimé ce que je voulais dire. Je pense que la manière dont la Bourgeoisie commerçante a sonné le glas de l’Ancien régime est riche en enseignement… je ne dirais pas que les changements doivent se faire suivant ce « schéma »… serait trop mécaniste, mais cet exemple montre qu’il y a ce que l’on pourrait appeler un « sens à l’Histoire » et que si l’Homme est acteur, il ne peut pas faire n’importe quoi à n’importe à n’importe quel moment. Il y a des facteurs que je dirais « objectifs » (rapport à la terre, développement des moyens de production,…) qui sont déterminant dans la réussite ou non de projets politiques, de même qu’il y a des facteurs que je dirais « subjectifs » qui jouent également (par exemple la manière comment la conscience intègre un certain nombre de valeurs … concrètement je pense qu’il est absurde de croire que « spontanément » les gens vont avoir un comportement solidaire et collectif). L’intégration des valeurs, des comportement s’apprennent, s’acquièrent dans la pratique sociale.
Un des problèmes aujourd’hui (mais est ce à proprement parler un problème ?) c’est que nous avons conscience de « faire l’Histoire », ce qui n’était pas vrai avant le 19e siècle… On pense l’Histoire en tant que telle dans son développement au point que nous en construisons un schéma mécanique… un peu comme un moteur : « toutes les pièces y sont ? bon, ça doit démarrer ! »… Hélas, ça ne fonctionne pas comme cela… A forcer l’Histoire on trébuche sur elle … je pense que l’expérience de la Révolution Russe est édifiant à cet égard.

Pour répondre à Anonyme3 qui rejoint d’ailleurs les observations de Libertad et qui peuvent se résumer par : « coordonner, Ok, mais coordonner quoi ? »… Libertad précisant : «… avant d'envisager une coordination, il faut déjà savoir ce qu'on veut coordonner. Là il me semble effectivement que ce n'est pas encore clair pour le moment et c'est le point faible de l'argumentation…. ». La remarque des deux est trés juste et l’on est au cœur du problème. Le problème aujourd’hui n’est en effet pas de « dire » mais de « faire ». Si l’on nous empêchait de « dire », on pourrait toujours pourrait « si nous pouvions « dire » … les choses changeraient ! »… or, on peut « dire » et pourtant les choses ne changent pas…(voir remarque de Libertad sur ce point)… le problème est en effet qu’il faut, dans l’Histoire, « faire » pour que ça change. Faire quoi ? Penser et organiser des relations sociales différentes de celles qui existent… mais ça c’est pas nouveau… le mouvement des coopératives deès le 19e siècle en est un exemple. Anonyme3 a raison quand il dit engros « ça a déjà été fait… ça n’a rien donné,… la bourgeoisie s’est toujours démerdé pour cloisonner et faire échouer,… ». C’est tout à fait exact, mais il faut tout de même savoir que c’est une des constantes de l’Histoire que le changement est de longue haleine et ne réussit pas du premier coup. Combien de fois la bourgeoisie des villes s’est opposée au pouvoir féodal sans parvenir à s’imposer entre le 1àes et le 18e s. ? … Je ne veux pas dire que ça durera ou que ça doive durer neuf siècles… ce que je veux dire c’est qu’il ne faut pas en conclure à l’impossibilité dès le premier échec.

Enfin pour répondre à « le problème c'est aujourd'hui, pas demain. comment s'associer si on ne sait pas vers quoi on veut aller? faut pas réver! (oui oui !) si on ne pose pas le principe de l'abolition de ce système dés maintenant, c'est pas demain que l'on… » (Anonyme 3).

Je ne pense pas qu’il soit possible, voire souhaitable de fixer un objectif « clef en main » du genre : « On va faire ceci et cela , de telle et telle manière, avec untel et et untel, mais pas l’autre… »… je caricature exprès… ne le prenez pas mal !. Je suis convaincu que l’on peut établir des relations sociales, des rapports sociaux nouveaux, sur des valeurs de solidarité et de respect de l’autre avec des gens qui ne sont pas aussi déterminés que nous sur le plan politique. La plupart des gens veulent vivre sainement, en étant respectés,… sans pour cela le théoriser… Faisons donc avec eux et le fait de faire ensemble nous enrichira moralement, socialement et politiquement et au fur et à mesure se préciseront les modalités de l’organisation sociale que nous ne pouvons pas prévoir aujourd’hui. Il n’y a rien de pire que d’imposer par la force à une population qui ne peux pas le comprendre un rapport social déclaré bon… on ne fais pas le bonheur des gens contre leur volonté. Je ne pense pas aux libertaires en disant cela mais à toutes les erreurs qui ont été commises dans l’Histoire.

Voilà j’ai été un peu long ! ! ! Excusez… !
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  Anonym3.
30-06-04
à 13:42

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: ça commence mal !

Le mouvement anar dit ça depuis sa création et on est toujours au même point. Je crois que le discours millénariste peut être une façon aussi d'accepter le quotidien.

au sein du mouvement anar, il y a différents point de vue sur la "révolution". j'ai déjà posé mon point de vue antérieurement à ce sujet, il va falloir prendre en compte le fait que le mien n'est pas religieux, et qu'il est évolutionniste.
Je rappelle donc, que je ne pose pas de determinisme ou fatalisme révolutionnariste (tout comme je peux rejeter le fatalisme et le determinisme bourgeois ou celui millénariste), puisque je suis révolutionnaire et non révolutionnariste. Je ne suis pas croyant en un grand soir comme ont pu l'etre des marxisants.

Ma démarche est volontariste et partant du constat qu'il n'y a rien à attendre de ce systéme, et que l'acteur de ce changement est social (l'économie suivra), et qu'il faut s'organiser les moyens politiques adéquat:

* Il y a une réalité d'aujourd'hui avec ses problémes :

- La société capitaliste, ses représentants, ses lois et les conditions moribondes imposées ne permettent pas à chacun de vivre selon ses besoins, malgré les capacités et moyens existants, et de vivre selon ses désirs.
- Il y a des conditions de vie inacceptables pour la grande majorité de la population mondiale.
- Danger pour l'intégrité des individus et de l'espéce humaine et de ses moyens de subsistance.
- etc, etc ...

* Il y a des solutions temporaires permettant de créer un terrain propice à un changement social :

- Créer des lieux poussant vers une autonomie de vie (le projet de colonie en guyane est intéressante à ce sujet).
- Créer une solidartité au sein de la population.
- S'opposer au discours d'impuissance et fataliste des médias.
- Rendre visible les réalisations passées ou actuelles, pour ainsi stimuler l'imagination et les désirs dans la population.
- Dénoncer les organisations co-gestionnaires (syndicats, partis, journaux...).
- Dénoncer les logiques mortiféres de ce systéme.
- Se réapproprier les lieux de production, de distribution, etc...
- Créer divers liens inter-lieux de vies/distributions/productions/etc...
- etc, etc ...

à cette réalité, il y a deux opportunitées qui s'offrent, l'une révolutionnaire qui tend à aller de l'avant en abolissant le systéme qui ne permet pas la généralisation de ses possibilitées libertaires, et l'autre réformiste qui voudrait que ces pratiques s'intégrent au systéme. Je conçois trés bien qu'une pratique révolutionnaire puisse amener le systéme à assimiler par la réforme des désirs révolutionnaires (genre : on considére cela comme indispensable à notre vie, on se bat, et le systéme l'intégre par force), mais je ne peux concevoir qu'un anarchiste en devienne à n'étre plus que réformiste (comme il semble que certains en arrivent à étre).

Pour le reste de ton analyse, c'est de la mauvaise foi, et une prise de position caricaturale de ce qu'est la position anarchiste (du moins la mienne), arrétes de prendre les gens à défaut et de leur attribuer tout ce que tu peux rejeter de l'histoire anarchiste (rejet que j'approuve par ailleurs). Car la question (que je pense importante aussi) reste toujours la même à savoir si on a des forces de changements ou pas. Je pense que non.

L'intéret d'une période révolutionnaire, est qu'elle clarifie tout de suite les positions politiques et qu'elle permet la mise en pratique de ce qui est normalement pas légalement accépté, que la confiscation de nos moyens politiques peuvent etre mis à bas. Aujourd'hui la situation sociale ne me fait pas penser qu'une révolution puisse étre sociale et libertaire, mais au cas où elle le fut, une révolution ne se proclame pas, elle vient lorsque les rapports de forces sociales le permettent. La révolution n'est qu'un moyen, pas un but, mais ce moyen peut mener à l'anarchie. tandis que la réforme ne s'inscrit que dans le systéme et ne tend pas à le dépasser.
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  libertad
30-06-04
à 14:01

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: ça commence mal !

Dont acte Anonyme 3, la critique du révolutionnarisme ne s'adressait donc pas à toi. Mais d'autre part il n'y a pas de réformistes ici, simplement des personnes qui envisagent différemment le processus révolutionnaire et la discussion porte là-dessus.
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  Rackshasa
30-06-04
à 15:13

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: pendant ce temps là en France...

Yvan, pour les SCOP tu peux aller sur http://www.scop.coop/

Quant à la révolution, je ne comprend pas l'idée largement répandue (par qui?) qu'un renversement rapide de l'ordre en place est impossible. On peut désirer cette révolution en étant conscient des réalités, je ne vois pas ce qu'il y a d'indigne à cela. Je préfère être plein de rêves et oeuvrer pour tendre vers leur accomplissement, que désenchanté, et stagner dans l'illusion d'une lucidité sans possibilité de dépassement. Il me semble ainsi qu'il y a une différence entre désir du grand soir et obsession du grand soir. Le désir peut faire partie d'une multitude de désirs, l'obsession évacue toute autre possibilité. Il est courant ainsi que quand un révolutionnaire exprime ses désirs de changement, on le face passer pour un obsédé du grand soir, un peu comme l'image d'épinal du couteau entre les dents. Il serait intéressant, je pense un jour de discuter de l'image que renvoient les anars ou qu'on leur prête.

Pour en revenir aux SCOP. Etant moi-même dans ce genre de projet, je n'idéalise pas du tout la chose ni n'en fais une démarche révolutionnaire, je ne vois là qu'un moyen de m'aménager une place me convenant mieux. Je n'ai pas envie d'être exploité ni dans le privé, ni dans la fonction publique, et je n'ai pas envie d'exploiter quiconque quelque soit la taille de l'entreprise dans laquelle je pourrais être patron ( pour ce qui est de faire la différence entre petite et grande exploitation). Néanmoins, lorsque l'on travaille en SCOP, on échappe pas non plus à l'économie de marché et il faut faire très attention à la limite d'auto-exploitation que l'on se fixe et s'autorise.

Et pour enfoncer le clou, parce que je trouve ça grave et qu'aucune information ne filtre là-dessus parce qu'il n'y a pas de structure syndicale chez les ouvriers agricoles, ce sont bien des petits producteurs qui font les esclavagistes dans le bio en faisant tourner des "stagiaires" étrangers non-rémunérés sur leurs exploitations par le biais de structures associatives. J'espère bien que dans ce cas tout libertaire ne fera pas la différence entre petits producteurs et grandes exploitations.
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  Patrick MIGNARD
30-06-04
à 17:29

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: pendant ce temps là en France...

Rackshasa. Quand tu dis « je ne comprend pas l'idée largement répandue (par qui?) qu'un renversement rapide de l'ordre en place est impossible ». tout est, bien entendu, dépendant de ce que l’on appelle un « renversement rapide ». S’il s’agit de l’éventualité d’un mouvement insurrectionnel, la question est de savoir par qui (personnes, groupes sociaux…) est-il mené ? A-t-il l’appui de la population ? Quelles structures sociales met-il en place en remplacement des anciennes ? Tu reconnaîtras que ce ne sont pas des questions absurdes . La question que je te pose est simple : peut-on imaginer aujourd’hui, disons en Europe, mais même partout ailleurs dans le monde, un tel scénario ?

Tu dis « On peut désirer cette révolution en étant conscient des réalités, je ne vois pas ce qu'il y a d'indigne à cela ». Mais il ne s’agit pas d’une question de dignité ou d’indignité, mais comme tu le dis : de « conscience des réalités ». Franchement, en voyant la réalité sociale, peut-on imaginer un seul instant, un tel scénario ?

D’ailleurs, la phrase suivante en dit long sur la réponse que tu peux faire à la question précédente :« Je préfère être plein de rêves et oeuvrer pour tendre vers leur accomplissement, que désenchanté, et stagner dans l'illusion d'une lucidité sans possibilité de dépassement ».Tu ne nous laisses que le choix entre le rêve et la frustration. Moi aussi si c’est le seul choix qui me reste je choisis comme toi, mais l’alternative historique est-elle justement celle-là ? Je ne le pense pas et d’ailleurs l’Histoire nous montre que l’alternative ne se pose pas en ces termes et heureusement sinon il n’y a plus qu’à se flinger.

Par contre, concernant les SCOP, je partage globalement tes interrogations et tes remarques. Il est vrai que la SCOP en soit, n’échappe finalement pas au système, ne serait ce que par l’intermédiaire du marché. Cela dit la SCOP est une structure de production qui a une éthique différente de l’entreprise classique. C’est un point de départ intéressant. Faisons en non pas simplement un moyen de s’échapper individuellement des contraintes du système marchand, mais au contraire une structure qui puisse se développer socialement sur un plan quantitatif et qualitatif.

Sur les petits producteurs je suis d’accord, ce n’est pas la taille, quoiqu’elle y contribue, qui fait ou non l’exploitation de la force de travail.
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  libertad
30-06-04
à 20:36

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: pendant ce temps là en France...

Je voudrais revenir sur ce qu'a dit Yvan : "Creagh ne voit pas les rapports économiques comme la pierre angulaire du changement social. Pour lui, les rapports économiques seraient au contraire conditionné par les valeurs. Autrement dit, la modification des rapports économiques viendrait en conséquence du changement des rapports sociaux."
Cela me semble un point important, cette question peut paraître une question un peu théorique mais elle mérite je crois qu'on s'y arrête un instant. Qui des rapports sociaux ou des rapports économiques à la primauté?

Pour celà je prendrai un exemple très lointain : la naissance de l'agriculture et l'abandon de la chasse-cuillette au néolithique. D'après ce que l'on sait aujourd'hui les hommes de cette période connaissaient tout ce qui était nécessaire pour passer à l'agriculture : bouturage, semis, ils disposaient de faucilles, de meules mais ils ne franchissaient pas le pas. On peut donc dire qu'économiquement ils étaient prets mais pas "mentalement". Il fallut attendre un bouleversement de la structure sociale et mentale ( l'apparition d'une "religion" de la déesse de la fécondité ) et certainement sa traduction sociale, une société basée sur le matriarcat pour que le pas soit franchi. Imaginons un instant que nous soyons à cette époque, aurions-nous vu clairement ce qui se passait ?

Patrick a donc raison de souligner qu'il n'y a pas de procédé mécaniste pour passer d'un système à un autre. Le passage du féoadalisme au capitalisme s'est construit dans l'économie mais le passage à un nouveau système ne suivra sans doute pas ce schéma. La question se pose donc de savoir si les rapports de production sont déterminants  ou s'ils suivront comme au néolithique ?

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  Rackshasa
01-07-04
à 14:36

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: pendant ce temps là en France...

Libertad, pour le passage de la CPC (Chasse Pêche Cueillette) à l'agriculture, elle est attribuée par certains à l'insuffisance de la CPC à nourrir une population toujours plus importante et pas à l'émergence d'une nouvelle religion. Tu peux trouver un cours d'agronomie traitant du sujet à dev.ulb.ac.be/cgeo/lorrain.pdf
Si tu peux me donner des sources pour la théorie favorisant la piste religieuse, je suis curieux de ceci.
Car dans cet exemple précis de l'apparition de l'agriculture, il y a déjà antagonisme de deux théories, celle du changement culturel et celle de la nécessité économique, l'un ou l'autre modifiant les rapports sociaux.
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  Anonyme
01-07-04
à 15:03

Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re: Re:

Ok, j’ai mangé une pomme avant pour avoir un peu d’énergie (Il en faut ici... ;-)

Sur quelques interrogations lues, leurs parties et presque hors cadre, mais effectivement importantes :

« ... Or cette question n'est à mon avis pas facile à résoudre car il est fort possible que ces nouveaux rapports sociaux, ce nouveau système de production soient déjà là, présents mais que nous ne les voyons pas. Pourquoi ? Parce que toute l'information est monopolisée par un système d'information du « Spectacle » qui rend opaque la vision et l'analyse. Il ne faut quand même pas compter sur le système marchand pour donner des armes pour sa propre destruction ! »

« ... L'Internet me semble être aussi une piste de réflexion sur l'émergence de nouveaux rapports sociaux entre les gens. Tout cela est encore bien insuffisant pour faire basculer le système mais comme je le dis, d'autres choses peuvent et sont peut-être déjà à l’œuvre. »

« ... Car peut-être les choses bougent-elles plus que nous le pensons sans que cela se traduise encore dans la conscience collective, c'est ce que j'espère. »
Pour aborder la réflexion, en ce sens, sur Internet et son particularisme dans la communication individuelle, sur l’estimation d’aujourd’hui qu’il va devancer la puissance des « politiques » et des « marchands », je pense que c’est indubitablement en passe de lentement se faire, de se « fabriquer. »

Pour faire référence à l’« usager », qui l’utilise pour s’autoréguler « pour lui-même » sur des projets, des idées et en fonction de son analyse des valeurs, la constatation ou la critique via le Net, il est clair que la maturité de l’individu et des groupes sociaux dont il fait partie, est suffisante. Il y a bien une (in)conscience collective, ici d’« internautes », débutante, fragile mais existante, biaisant le discours commun des pouvoirs.

Par le média, l’information est devenue active, dynamique, vivante, multidirectionnelle, ce qui n’était pas le cas du texte papier.

La/le « politique » va tenter/tente/tentera évidement, comme toujours, de jouer son rôle de stratège, de médiateur, de catalyseur, d’intervenir sur les activités/idées sociales et économiques qui arrive à grands pas, puisque et comme jusqu’à présent, l’exercice du pouvoir va de pair avec le contrôle, exercé depuis le sommet de la pyramide vers sa base. (La pyramide et le réseau, par J-W Lapierre par exemple, en format PDF sur le Net)

La/les loi(s), la chose publique, l’économie s’applique à des lieux précis ainsi que par des personnes bien identifiées, (« Z’hommes politiques» disait Coluche) même si les mécanismes de flux tendu sont connus et devenus ad hoc-cratique par le système/pouvoir global (La réduction du nombre de ministre par gouvernement ou de sous-directeur par administration et ou de sous-sous-chef de cabinet, par exemple). Cette « architecture » est à l’inverse d’un fonctionnement interindividuel important, devenu, sans effet « pervers » ou de « bruit » du décideur « politique », d’interférence, de distorsion de la vision, de et dans la communication directe...

Le réseau/Net, remets totalement en cause par son existence même, les modèles de gestions du « Politique(s) » et du « Marchand(s), chaque nœud (Moi, toi, lui, l’autre, le mail, le blogs, le chat, le site) devient dur et gordien pour son influence... C’est une des résistances que le « système » devra vaincre, mais qui n’est liée à mon avis, qu’à l’histoire du déploiement de cette nouvelle « société en réseau » effective. Cela je le pense, car il n’y aura pas d’impact dans le temps.

Maintenant, dire que cette entité percutera les idées reçues normées, cimentées dans les mentalités et inopposable immédiatement, c’est la gageure de ce nouveau rapport entre les gens.

Quant à l’électoralisme, qu’il meurt demain, ce sera parfait.

Mirlibir

Ps : Un bon bouquin, pas très récent, sur « les politiciens et les chefs d’entreprises du monde développé » qui croient que l'avenir du capitalisme réside aussi dans la marchandisation de l'information. « Les nouveaux pouvoirs » de Alvin Toffler.
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  Anonyme
05-07-04
à 15:09

Présentation du livre d’Alvin Toffler, suivi de « L'économie du don High Tech »

http://www.chez.com/bibelec/publications/international/toffler.html (Adresse pour avoir le livre en ligne)

« Les Nouveaux pouvoirs » (Powershift)

- Savoir, richesse et violence à la veille du XXIe siècle -

Les précédents livres d'Alvin Toffler, le Choc du futur (1970) et la Troisième Vague (1980), comptent parmi ceux qui ont le plus influencé notre époque. Vendus à plus de 10 millions d'exemplaires dans une cinquantaine de pays, ils ont modifié considérablement nos idées sur les grands changements de cette fin de siècle, enrichi notre vocabulaire d'expressions neuves et contribué à modeler notre vision de l'avenir.

Alors que ces deux livres traitaient des modalités et des orientations du changement, les Nouveaux Pouvoirs se concentre sur le pouvoir, sur ceux qui le posséderont dans la décennie à venir et à l'aube du XXIe siècle, et sur le rôle déterminant du savoir entant qu'outil de pouvoir. « Ce à quoi nous assistons aujourd'hui, déclare Toffler, est plus qu'un transfert de pouvoir entre individus, sociétés ou gouvernements ; c'est un changement radical dans la façon dont la violence, la richesse et le savoir sont utilisés pour diriger notre vie. Dans les supermarchés et les hôpitaux, les banques et les bureaux, les syndicats et les médias, la nature même du pouvoir est en train de se modifier. Ce changement affectera tous les domaines de notre existence, de notre vie professionnelle et effective à la manière dont nous élisons nos présidents et préparons nos enfants pour l'avenir. »

Selon Alvin Toffler, le moteur de ces convulsions est un « système de création de la richesse » totalement inédit, fondé principalement sur le savoir et la communication, qui établit de véritables forteresses de pouvoir un peu partout dans le monde. Les Nouveaux Pouvoirs montre comment ce système sape l'autorité des patrons, des médecins, de la police, des réseaux actuels de télévision, des géants de l'industrie, des partis politiques, de même qu'il secoue et remet en question les anciennes alliances politiques.

« L'économie du don High Tech » Par Richard Barbrook (mail to) richard@hrc.wmin.ac.uk

Lien : http://www.freescape.eu.org/eclat/2partie/Barbrook/barbrook2txt.html

« [...] quand [Ben Slivka] a évoqué l'idée d'une diffusion gratuite du navigateur de Microsoft, Gates a piqué une crise et l'a traité de 'communiste' (1).»

1. L'héritage du gauchisme

Le Net est hanté par les espoirs déçus des années soixante. Étant donné que cette nouvelle technologie symbolise une nouvelle période de changement rapide, beaucoup de commentateurs contemporains se tournent vers la révolution manquée d'il y a trente ans pour expliquer ce qui se passe aujourd'hui. Le cas le plus visible est celui du magazine Wired, dont les rédacteurs continuent de rendre hommage aux valeurs du gauchisme (liberté individuelle et dissidence culturelle) dans leurs articles sur le Net. Quoi qu'il en soit, selon leur idéologie californienne, leurs idéaux de jeunesse sont désormais en passe d'être réalisés par le biais du déterminisme technologique et de l'économie de marché. La politique de l'extase a été remplacée par l'économie de la cupidité (2).

Ironiquement, le gauchisme a pris naissance en réaction à la « capitulation » de la génération précédente. Vers la fin des années cinquante, les héros de la lutte antifasciste étaient devenus les gardiens des orthodoxies de la Guerre froide. Même dans les arts, l'expérimentation avant-gardiste était devenue une palette de styles à la mode pour la société de consommation. L'adoption de styles novateurs et de nouvelles techniques n'était plus subversive. Irrités par la récupération de la génération de leurs parents, des jeunes gens commencèrent à chercher de nouvelles méthodes d'activisme culturel et social. Les situationnistes, surtout, proclamaient que l'ère des avant-gardes politiques et artistiques était terminée. Au lieu d'être à la remorque de l'élite intellectuelle, chacun devait pouvoir décider de son propre destin.

« La situation est [...] faite pour être vécue par ses constructeurs. Le rôle du "public" sinon passif, du moins figurant doit y diminuer toujours, tandis qu'augmentera la part de ceux qui ne peuvent être appelés des acteurs mais [...] des viveurs (3). »

Ces activistes gauchistes voulaient créer la possibilité, pour chacun, d'exprimer ses propres espoirs, ses propres rêves et ses propres désirs. Le « grand récit » hégélien devait culminer dans le dépassement de toutes les médiations séparant les individus. Mais, nonobstant leur modernisme hégélien, les situationnistes croyaient que le futur utopique était préfiguré dans le passé tribal. Certaines tribus polynésiennes, par exemple, étaient organisées sur le principe du potlatch, c'est-à-dire l'échange des dons. Au sein de ces sociétés, l'économie du don créait des liens entre les individus, formant des tribus, et encourageait la coopération entre les différentes tribus. Contrairement à l'atomisation et à l'aliénation de la société bourgeoise, le potlatch supposait le contact intime et l'authenticité affective (4). D'après les situationnistes, l'économie tribale du don démontrait que les individus pouvaient vivre ensemble de façon satisfaisante sans qu'il soit nécessaire que les circonstances soient idylliques : c'était l'anarcho-communisme (5).

Mais les situationnistes ne parvinrent pas à s'extraire de la tradition élitiste de l'avant-garde. Malgré leurs invocations de Hegel et de Marx, ils restaient hantés par Nietzsche et par Lénine. Comme pour les générations antérieures, la rhétorique de la participation des masses servait aussi à justifier la suprématie de l'élite intellectuelle. L'anarcho-communisme devint ainsi le « signe distinctif » de l'avant-garde du gauchisme. En conséquence, l'économie du don était considérée comme l'antithèse absolue de l'économie de marché. Il ne pouvait exister aucun compromis entre l'authenticité tribale et l'aliénation bourgeoise. Après la révolution sociale, la marchandise serait totalement abolie par le potlatch (6).

Au cours des deux décennies qui ont suivi la « révolution » de mai 1968, cette vision puriste de l'anarcho-communisme a inspiré les activistes des médias communautaires. Par exemple, les « radios libres » radicales créées par des militants gauchistes en France et en Italie refusaient tout financement provenant de l'État et de la publicité ; elles tentaient de survivre grâce aux dons en temps et en argent fournis par leurs sympathisants. Des médias émancipateurs, pensait-on, ne pouvaient être gérés que dans le cadre de l'économie du don (7). À la fin des années soixante-dix, l'attitude « pro-situ » a été popularisée par le mouvement punk. Bien qu'elle ait été rapidement commercialisée (8), cette culture alternative encourageait ses membres à former leurs propres groupes, à définir eux-mêmes leur mode et à publier leurs propres fanzines. Cette éthique de la participation continue d'imprégner la musique innovante et la politique radicale. Des raves à la protestation écologique, l'esprit de mai 68 est toujours vivant au sein de la culture du « faites-le vous-même » des années quatre-vingt-dix. Le don est censé supplanter la marchandise de façon imminente (9).

2. Le Net, ou l'anarcho-communisme réellement existant

Bien qu'inventé, à l'origine, à l'intention des militaires américains, le Net a été construit sur le principe de l'économie du don. Le Pentagone a d'abord essayé de restreindre les usages non officiels de son réseau informatique, mais il devint rapidement évident que le Net ne pouvait être développé avec succès qu'en laissant ses utilisateurs construire le système pour leur propre usage. Au sein de la communauté scientifique, l'économie du don a longtemps constitué la méthode principale de socialisation du travail. Financés par l'État ou par des fondations, les scientifiques n'ont pas à transformer directement leur travail intellectuel en marchandise. Les résultats de la recherche sont rendus publics par des communications dans des colloques de spécialistes et par la publication d'articles dans les revues professionnelles. La collaboration de toutes sortes d'universitaires est rendue possible par la libre diffusion de l'information (10).

Au sein des petites sociétés tribales, l'échange des dons créait des liens personnels étroits entre les individus. L'économie universitaire du don concerne, pour sa part, des intellectuels disséminés sur toute la planète. Malgré le caractère impersonnel de la version moderne de l'économie du don, les chercheurs acquièrent une autorité intellectuelle mutuellement admise grâce à des citations dans des articles et à d'autres formes de reconnaissance publique. Les scientifiques ne peuvent donc obtenir la reconnaissance personnelle de leurs efforts individuels qu'en collaborant ouvertement les uns avec les autres à travers l'économie universitaire du don. Malgré la commercialisation de plus en plus grande de la recherche, la diffusion gratuite des découvertes reste la méthode la plus efficace pour résoudre les problèmes communs à l'intérieur d'une discipline scientifique donnée (11).

Dès le début, le libre échange de l'information a donc été fermement ancré dans les technologies et les usages sociaux du cyberespace (12). Lorsque, dans les années soixante, les militants gauchistes proclamaient que « l'information veut être libre », ils prêchaient à des informaticiens qui vivaient déjà dans l'économie universitaire du don. Et surtout, les fondateurs du Net ne se sont jamais souciés de protéger la propriété intellectuelle dans le cadre de la communication informatisée. Bien au contraire, le développement de ces nouvelles technologies leur permettait de faire carrière au sein de l'économie universitaire du don. Loin de vouloir limiter le droit de reproduction, les pionniers du Net ont essayé de faire sauter toutes les entraves à la diffusion de la recherche scientifique. Techniquement, toute action effectuée au sein du cyberespace implique que quelque chose soit copié d'un ordinateur à l'autre. Dès que la première copie d'un lot d'informations est mise sur le Net, le coût de réalisation de chaque copie supplémentaire devient presque nul. L'architecture du système suppose que des copies multiples de documents peuvent être cachées n'importe où dans le réseau. Comme l'indique Tim Berners-Lee, l'inventeur du Web :

La notion de propriété intellectuelle, essentielle dans notre culture, n'est pas formulée de façon pertinente pour tout ce qui touche à l'espace informationnel abstrait. Dans un espace informationnel, nous pouvons prendre en considération le fait que les productions ont des auteurs et que ces derniers doivent percevoir des droits; mais [...] nous avons besoin d'une infrastructure sous-jacente permettant de réaliser des copies pour de simples raisons d'efficacité et de fiabilité. La notion de « copyright », dans ce contexte, n'a plus guère de sens (13).

Dans les industries créatives commerciales, les avancées dans le domaine de la reproduction numérique sont redoutées parce qu'elles rendent encore plus facile le «piratage» des oeuvres soumises au copyright. Pour les détenteurs de droits de propriété intellectuelle, le Net ne peut qu'aggraver la situation. En revanche, l'économie universitaire du don accueille favorablement les technologies qui améliorent la disponibilité des données. Les utilisateurs devraient toujours être à même d'obtenir et de manipuler l'information avec le minimum de contraintes. La structure du Net rend donc la propriété intellectuelle techniquement et socialement obsolète (14).

En France, le monopole étatique du téléphone a habitué les gens à payer pour obtenir les services en ligne fournis par le Minitel. Le Net, au contraire, reste avant tout une économie du don, même si le système s'étend désormais bien au-delà des universités. Des scientifiques au grand public en passant par les amateurs, le cercle enchanté des utilisateurs s'est lentement élargi grâce à l'adhésion de nombreux réseaux locaux à un ensemble de protocoles universels. Significativement, les normes communes du Net comprennent des conventions sociales aussi bien que des règles techniques. Le fait de donner et de recevoir des informations sans payer n'est presque jamais remis en question. Bien que l'échange des dons ne crée pas nécessairement d'obligations affectives entre individus, les gens restent disposés à donner les informations dont ils disposent à tous ceux qui sont sur le Net. Même des raisons égoïstes encouragent les gens à devenir anarcho-communistes dans le cyberespace. Par sa simple présence, chaque utilisateur apporte sa contribution à la connaissance collective accessible à tous ceux qui sont déjà en ligne. En retour, chaque individu a potentiellement accès à toutes les informations que les autres utilisateurs ont rendues disponibles sur le Net. Chacun retire du Net beaucoup plus que ce qu'il ne pourra jamais donner en tant qu'individu.

« [...] le Net est loin d'être altruiste, sans quoi il ne marcherait pas. [...] Parce qu'il faut autant d'efforts pour diffuser une seule copie d'une création originale que pour en diffuser un million, [...] on n'est jamais perdant en diffusant gratuitement ce que l'on produit, [...] dès lors que l'on reçoit quelque chose en retour. [...] Quel miracle, alors, quand on ne reçoit pas seulement une chose de valeur en échange - en effet, il n'y a aucun acte d'échange explicite -, mais des millions de choses uniques faites par d'autres (15) ! »

En dépit de la commercialisation du cyberespace, l'intérêt personnel des utilisateurs du Net garantit que l'économie du don high tech continuera d'être florissante. Les musiciens, par exemple, utilisent le Net pour s'échanger leurs enregistrements numérisés. En diffusant gratuitement leur propre production dans cette communauté de réseau, les individus obtiennent en retour un libre accès à une quantité de musique bien plus grande. Il n'est pas surprenant que l'industrie musicale soit inquiète de l'accroissement des possibilités de « piratage » des enregistrements soumis au droit d'auteur sur le Net. L'échantillonnage (sampling), les DJs et le mixage ont déjà brouillé les droits de propriété dans le domaine de la musique techno. Mais la plus grande menace envers les grandes firmes de musique commerciale vient de la flexibilité et de la spontanéité de l'économie du don high tech. Dès qu'il est prêt, un nouveau morceau peut rapidement être rendu accessible gratuitement à un public global. Si une personne aime le morceau, elle peut le télécharger sur son ordinateur pour son écoute personnelle, l'échantillonner ou le remixer à sa guise. Le libre échange de l'information peut créer des liens d'amitié entre musiciens, les faire travailler ensemble et stimuler leur inspiration. « En faisant tout ça, on travaille pour soi-même. Mieux que le punk (16) ! »

La plupart des politiciens et des chefs de grandes entreprises du monde développé croient que l'avenir du capitalisme réside dans la marchandisation de l'information (17). Au cours des dernières décennies, les droits de propriété intellectuelle ont été sévèrement étendus par la promulgation de nouvelles lois nationales et de nouveaux accords internationaux. Même le patrimoine génétique humain peut désormais être breveté. Pourtant, dans les «marges» de la société de l'information naissante, les relations marchandes jouent un rôle secondaire par rapport à celles qui résultent de la forme réellement existante d'anarcho-communisme. Pour la plupart de ses utilisateurs, le Net est un endroit où l'on peut travailler, jouer, aimer, apprendre et discuter avec d'autres gens. Sans que l'éloignement physique constitue un obstacle, ils collaborent les uns avec les autres sans la médiation directe de l'argent ou de la politique. Indifférents au droit de reproduction, ils donnent et reçoivent des informations sans même penser à les payer. En l'absence d'États ou de marchés servant de médiateurs des liens sociaux, les communautés de réseau se forment sur la seule base des obligations mutuelles créées par le don que font les personnes de leur temps et de leurs idées.

« Ce contrat social informel et non écrit est soutenu par un mélange de relations fortes et faibles entre des personnes qui ont des motivations variées et des affiliations éphémères. Il exige que l'on donne quelque chose et permet de recevoir quelque chose. [...] Je trouve que l'aide que je reçois excède de loin l'énergie que je consacre à aider les autres ; c'est le mariage de l'altruisme et de l'intérêt personnel (18) . »

Sur le Net, renforcer les droits de reproduction revient à imposer la rareté à un système technique conçu pour maximiser la diffusion de l'information. La protection de la propriété intellectuelle empêche tous les utilisateurs d'accéder à toutes les sources de connaissance. Le secret commercial dissuade les gens de s'entraider pour résoudre leurs problèmes communs. Le caractère intangible des marchandises informationnelles réduit les possibilités de manipuler efficacement les données numériques. Au contraire, la structure sociale et technique du Net a été mise au point pour encourager la coopération ouverte entre ses participants. Dans leur vie de tous les jours, les utilisateurs construisent ensemble le système. Engagés dans la «créativité interactive», ils envoient des e-mails, contribuent à l'élaboration des listes de diffusion, interviennent dans des forums de discussion, participent à des conférences en ligne et conçoivent des sites Web (19). Lorsque le droit d'auteur n'est pas protégé, l'information peut être librement adaptée par les utilisateurs en fonction de leurs besoins. Dans l'économie du don high tech, les gens travaillent ensemble avec succès grâce à «un processus social ouvert incluant évaluation, comparaison et collaboration (20).

L'économie du don high tech est même à la pointe du développement des logiciels. Bill Gates, par exemple, admet que le principal concurrent de Microsoft dans la fourniture de services sur le Web est le programme Apache (www.apache.org). Ce programme n'a pas été mis sur le marché par une compagnie commerciale; il est diffusé gratuitement.

Comme d'autres projets similaires, ce logiciel est développé en continu par ses utilisateurs technophiles. Son code-source étant protégé (sous licence publique GNU) au lieu d'être gelé par le copyright, ce programme peut être modifié, corrigé et amélioré par quiconque possède les capacités de programmation indispensables. Lorsque quelqu'un apporte une contribution à un projet en code-source ouvert, le don qu'il fait de son travail est récompensé par la reconnaissance qu'il reçoit au sein de la communauté des utilisateurs-développeur (21).

Le caractère intangible des logiciels mis sur le marché s'accompagne d'une moindre fiabilité. Même Microsoft est incapable de mobiliser la quantité de travail que les adeptes des bons programmes en code-source ouvert consacrent à ces derniers. Si un programme n'est pas passé au peigne fin par un grand nombre de technophiles, il est impossible d'en déceler toutes les erreurs (22). Par sa plus grande efficacité sociale et technique, l'anarcho-communisme empêche l'invasion du Net par le commerce. Et les programmes en code-source ouvert commencent à menacer le produit central de l'empire Microsoft: le système d'exploitation Windows. À partir du programme original de logiciel conçu par Linus Torvalds, une communauté d'utilisateurs-développeurs construit son propre système d'exploitation, qui n'est la propriété de personne: Linux. Pour la première fois, Windows est confronté à un concurrent sérieux. L'anarcho-communisme est désormais la seule solution alternative à la domination du capitalisme monopolistique.

« Linux est subversif. Qui aurait pu penser, il y a seulement cinq ans, qu'un système d'exploitation de classe mondiale pourrait surgir comme par magie du bidouillage à temps partiel de plusieurs milliers de développeurs disséminés sur toute la planète, n'ayant pour tout lien que les fils ténus d'Internet (23) ? »

3. La « nouvelle économie » est une économie mixte

Après l'implosion de l'Union soviétique, presque personne ne croit encore à l'inéluctable victoire du communisme. Beaucoup de gens sont convaincus, au contraire, que le capitalisme néolibéral américain correspond à la « fin de l'histoire » hégélienne (24). Et pourtant, c'est précisément en ce moment même qu'une forme d'anarcho-communisme réellement existante est en cours d'élaboration au sein du Net, en particulier grâce à des Américains. Presque tous ceux qui se connectent passent le plus clair de leur temps à participer à l'économie du don au lieu de se livrer à la concurrence commerciale. Les utilisateurs recevant d'ores et déjà beaucoup plus d'informations qu'ils ne pourront jamais en donner, il n'y a aucun mouvement populaire réclamant que l'économie de marché soit introduite sur le Net. Une fois de plus, le communisme apparaît comme la « fin de l'histoire » pour le capitalisme.

Car l'économie du don high tech n'est pas une possibilité immanente que l'on retrouve à toutes les époques. Bien au contraire, le Marché et l'État ne pouvaient être dépassés dans ce secteur spécifique qu'en ce moment historique précis. Les gens ont besoin de médias sophistiqués, d'ordinateurs et de technologies de télécommunication pour participer à l'économie du don high tech. La presse à imprimer produisait, à ses débuts, des exemplaires qui étaient relativement chers, en nombre limité et impossibles à modifier sans qu'on les recopie. Après des générations d'améliorations technologiques, la même quantité de texte sur le Net circule en ne coûtant presque rien, on peut la copier quand on en a besoin et on peut la remixer à volonté (25). En outre, les individus ont besoin à la fois de temps et d'argent pour participer à l'économie du don high tech. Tandis qu'une grande partie de la population mondiale vit encore dans la pauvreté, les habitants des pays industrialisés ont drastiquement réduit leur nombre d'heures de travail et se sont enrichis au cours d'une longue période de conflits sociaux et de réorganisations économiques. En travaillant pour de l'argent une partie de la semaine, les gens peuvent désormais jouir, à d'autres moments, du plaisir de donner. Ce n'est qu'en ce moment historique particulier que les conditions techniques et sociales des pays développés ont atteint un niveau de développement suffisant pour que l'anarcho-communisme informatique puisse voir le jour (26).

« Le Capital oeuvre ainsi à sa propre dissolution comme forme qui domine la production (27). »

Le gauchisme a anticipé l'émergence de l'économie du don high tech. Les gens pouvaient collaborer les uns avec les autres sans avoir besoin de marché ou d'État. Mais le gauchisme avait une vision puriste de la culture du «faites-le vous-même»: le don était l'antithèse absolue de la marchandise. Et pourtant, l'anarcho-communisme sur le Net n'existe que sous la forme d'un compromis. Contrairement à la vision éthique et esthétique du gauchisme, l'économie marchande et le don ne sont pas seulement en conflit mutuel: elles coexistent en symbiose.

D'un côté, chaque méthode de travail menace d'en supplanter une autre. L'économie du don high tech annonce la fin de la propriété privée dans les aires « marginales » de l'économie. Le capitalisme numérique veut privatiser les programmes en open source et clôturer les espaces sociaux qui ont été construits par l'effort bénévole d'un grand nombre de personnes. Le potlatch et la marchandise restent irréconciliables (28).

Mais, de l'autre côté, l'économie du don et le secteur commercial ne peuvent se développer qu'en s'associant au sein du cyberespace. Le libre échange de l'information entre les utilisateurs s'appuie sur la production capitaliste d'ordinateurs, de logiciels et de télécommunications. Les bénéfices des firmes commerciales sur le Net dépendent de l'augmentation du nombre de gens qui participent à l'économie du don high tech. Par exemple, Netscape, depuis sa fondation, tente de tirer profit des possibilités ouvertes par cette interdépendance. Menacée par le monopole de Microsoft, cette firme a dû s'allier à la communauté des hackers pour éviter d'être balayée. Elle a commencé par diffuser gratuitement son navigateur Web. Aujourd'hui, le code-source de ce programme est disponible gratuitement et le développement de produits pour Linux est devenu la priorité de Netscape. La survie commerciale de Netscape dépend du succès de sa collaboration avec les hackers qui vivent dans l'économie du don high-tech. L'anarcho-communisme est désormais soutenu par le grand capital (29).

« Bonjour, monsieur le P.D.G. - dites-moi, est-ce que vous avez, là, maintenant, un plus gros problème stratégique que la perspective de voir Microsoft vous écrabouiller ou acheter votre âme dans quelques années ? Non ? C'est sûr ? Bon, alors, écoutez-moi bien. Vous ne pouvez survivre contre Bill Gates en jouant le jeu de Bill Gates. Pour prospérer, et tout simplement pour survivre, vous allez devoir changer les règles du jeu... (30). »

La pureté de la culture numérique du « faites-le vous-même » est également compromise par le système politique. L'État n'est pas seulement le censeur et le régulateur potentiel du Net. Car en même temps, le secteur public apporte un soutien essentiel à l'économie du don high tech. Dans le passé, les fondateurs du Net ne se sont jamais souciés d'intégrer au système la propriété intellectuelle, car leur salaire reposait sur les impôts. À l'avenir, les gouvernements vont devoir imposer aux compagnies commerciales de télécommunication de financer les services universels si l'on veut que tous les secteurs de la société puissent avoir la possibilité d'échanger gratuitement de l'information. De plus, quand l'accès est ouvert, un grand nombre de gens utilisent le Net à des fins politiques, y compris en faisant de la publicité pour leurs représentants politiques favoris. Au sein de l'économie mixte numérique, l'anarcho-communisme vit aussi en symbiose avec l'État.

Ce genre de mariage mixte se produit presque partout dans le cyberespace. Par exemple, un site de conférence en ligne peut être élaboré bénévolement, tout en étant partiellement financé par la publicité et l'argent public. Cette hybridation des méthodes de travail n'est pas réservée à des projets particuliers. Lorsqu'ils sont en ligne, les internautes passent constamment d'une forme d'activité sociale à une autre. Par exemple, au cours d'une session, un utilisateur du Net commencera par chercher des vêtements dans un catalogue de vente en ligne, puis il cherchera des informations concernant les services éducatifs sur le site de l'administration locale, et il fera ensuite connaître ses opinions en intervenant dans une discussion en cours sur un service pour écrivains. Sans même en prendre conscience, cette personne aura été successivement un consommateur dans un marché, un citoyen dans un État et un anarcho-communiste dans une économie du don. Loin de réaliser la théorie dans toute sa pureté, les méthodes de travail sur le Net sont inévitablement des compromis. La «nouvelle économie» est une forme avancée de démocratie sociale (31).

À la fin du XXe siècle, l'anarcho-communisme ne se limite plus aux intellectuels d'avant-garde. Ce qui était autrefois révolutionnaire est aujourd'hui banal. Plus l'accès au Net est répandu, plus les personnes échangent gratuitement des informations sur le Net. Leurs potlatchs ne sont pas des tentatives de retrouver une authenticité affective perdue. Loin de croire aux idéaux révolutionnaires de mai 68, l'immense majorité des gens qui participent à l'économie du don high tech le font pour des raisons entièrement pragmatiques. Il leur arrive d'acheter des marchandises en ligne et de se connecter à des sites de l'administration publique. Mais ils préfèrent habituellement s'échanger des dons. Les utilisateurs du Net obtiendront toujours beaucoup plus qu'ils ne pourront jamais donner en retour. En donnant une chose bien faite, ils gagnent la reconnaissance de ceux qui téléchargent leur travail sur leurs ordinateurs. Pour la plupart des gens, l'économie du don n'est rien d'autre que la meilleure façon de collaborer dans le cyberespace. Dans l'économie mixte du Net, l'anarcho-communisme est devenu une réalité quotidienne.

« Il faut retrouver le plaisir de donner ; donner par excès de richesse ; donner parce que l'on possède en surabondance. Quels beaux potlatchs sans contrepartie la société de bien-être va, bon gré, mal gré, susciter quand l'exubérance des jeunes générations découvrira le don pur (32) »

NOTES

* Cet article [traduit par Jean-Marc Mandosio] est un extrait remixé du livre Holy fools : a critique of the avant-garde in the age of the Net, Verso, Londres, 1999.

1. James Wallace, Overdrive : Bill Gates and the race to control cyberspace, J. Wiley, New York, 1997, p. 266. (R)

2. Pour une critique de la politique néolibérale de Wired, voir Richard Barbrook et Andy Cameron, «The Californian ideology», Science as culture, XXVI (1996), 6, 1, p. 44-72 (également sur http://ma.hrc.wmin.ac.uk /ma.theory.4.2.db ). (R)


3. Guy Debord, «Rapport sur la construction des situations et sur les conditions de l'organisation et de l'action de la tendance situationniste internationale» (1957), dans Documents relatifs à la fondation de l'Internationale situationniste, Allia, Paris, 1985, p. 618. (R)

4. Les situationnistes avaient découvert l'économie tribale du don en lisant l'Essai sur le don (1923) de Marcel Mauss (dans Sociologie et anthropologie, PUF, Paris, 1950).


[N.d.e. La référence au Poltach et à l'économie tribale du don est d'autant plus contestable qu'elle constitue un véritable contresens théorique. Reprennant les travaux de Marcel Mauss, Maurice Godelier signale en effet, dans L'énigme du don (Fayard, Paris 1996, p. 79) que «dans le poltach, on donne pour 'écraser' l'autre par son don. Pour cela, on lui donne plus qu'il ne pourra rendre ou on lui donne beaucoup plus qu'il n'a donné. Comme dans les dons et contre-dons non-agnostiques, le don-poltach endette et oblige celui qui le reçoit, mais le but visé est explicitement de rendre difficile, sinon impossible, le retour d'un don équivalent : il est de mettre l'autre en dette de façon quasi permanente, de lui faire perdre publiquement la face, d'affirmer ainsi le plusz longtemps possible sa supériorité ». (R)

5. Sur les antécédents historiques de l'anarcho-communisme gauchiste, voir Richard Gombin, Les Origines du gauchisme, Seuil, Paris, 1971, pp. 99-151. Sur son influence ultérieure sur les nouveaux mouvements sociaux, voir George Katsiaficas, The Imagination of the New Left : a global analysis of 1968, South End, Boston, 1987, pp. 204-212. (R)

6. Par exemple, dans leur célèbre analyse des émeutes de 1965 à Watts (Los Angeles), les situationnistes faisaient l'éloge du pillage en tant que dépassement révolutionnaire des relations marchandes : «[...] cette abondance est prise au mot, rejointe dans l'immédiat, et non plus indéfiniment poursuivie dans la course du travail aliéné et de l'augmentation des besoins sociaux différés, les vrais désirs s'expriment déjà dans la fête, dans l'affirmation ludique, dans le potlatch de destruction.» («Le déclin et la chute de l'économie marchande», Internationale situationniste, 10 (1966), p. 5). (R)

7. Voir John Downing, Radical media : the political experience of alternative communication, South End, Boston, 1984. (R)

8.N.d.e. Avec un léger décalage par rapport à d'autres pays, cette commercialisation s'est développée en France depuis quelques années avec un succès dépassant toutes les désespérances.On ne compte plus les biographies et albums de souvenirs des situationnistes historiques, qui, pour la plupart, ne font que flatter la collectionnite nostalgiquede la champignonnière pro-situ, accédant enfin, faute de contradicteurs, au statut de garant du patrimoine.L'heure du «modernariat» a sonné. Les Puces de Clignancourt t regorgent déjà de fausses nappes en papier griffonnées par Debord. (R)

8. Le slogan «faites-le vous-même» (do it yourself - DIY) est employé pour mettre l'accent sur le fait que les gens doivent régler les problèmes sociaux par l'action collective directe, sans attendre que quelqu'un d'autre vienne les résoudre à leur place. Voir Elaine Brass, Sophie Poklewski Koziell et Denise Searle, Gathering force : DIY culture - radical action for those tired of waiting, Big Issue, Londres, 1997. (R)

10. Voir Warren O. Hagstrom, «Gift giving as an organisational principle in science», dans Science in context : readings in the sociology of science, The Open University, Milton Keynes, 1982, p. 29. (R)

11. C'est pourquoi le rôle croissant des financements privés peut entraver la recherche au lieu de l'aider. Voir David Noble, «Digital diploma mills : the automation of higher education», First Monday, III, 1(janvier 1998). (R)

12. Voir Mark Geise, «From ARPAnet to the Internet : a cultural clash and its implications in framing the debate on the information superhighway», dans Communications and cyberspace : social interaction in an electronic environment, Hampton, Cresskill (N.J.), 1996, p. 126-132. (R)

13. Tim Berners-Lee, «The World Wide Web : past, present and future» (1996), http://www.w3.org/People /Berners-Lee/1996/ppf.html, p. 11. (R)

14. Voir Neil Kleinman, «Don't fence me in : copyright, property and technology», dans Communications and cyberspace..., cit. (R)

15. Rishab Aiyer Ghosh, «Cooking pot markets : an economic model for the trade in free goods and services on the Internet», First Monday, II (1997) 3, p. 10. (R)

16. Steve Elliot, du groupe Slug Oven, cité par Karlin Lillington, «No ! it's not OK, computer», The Guardian (version en ligne), 6 avril 1998, p. 3. Voir également A.Leonard, «Mutiny on the net», http://www. salonmagazine.com/21st/feature/1998/03/cov_20feature.html (R)

17. Par exemple, l'un des principaux objectifs de l'«Uruguay Round» du GATT (General agreement on tariffs and trade), en 1993, était d'accroître la protection des brevets et des copyrights, notamment dans le domaine de l'agriculture et de la médecine. Voir John Frow, «Information as gift and commodity», New left review, n°219 (septembre 1996). (R)

18. Howard Rheingold, The Virtual community : finding connection in a computerised world, Secker & Warburg, Londres, 1994, et http://www.rheingold.com/vc/book. (R)

19. Tim Berners-Lee, «Realizing the full potential of the Web» (1997), http://www.w3.org/1998/02/Potential.html, p. 5. (R)

20. Bernard Lang, « Des logiciels libres pour tous http://www.monde-diplomatique.fr/md/1998/01/lang/9761.html », Le Monde diplomatique, janvier 1998, p. 26. (R)

21.Voir E.S.Raymond, « A la conquête de la noosphère ../../3partie/Raymond2/raymond2txt.html », §§ 6, 7 9. (R)

22. Voir Andrew Leonard, « Let my software go ! »
http://www.salonmagazine.com/21st/feature/1998/04/cov_14feature.html (R)

23. Eric S. Raymond, «The Cathedral and the Bazaar», First Monday, III (1998), 3, p. 1. (R)

24. Voir Francis Fukuyama, La Fin de l'histoire et le dernier homme, Fayard, Paris, 1992.

[N.d.e.Pour une critique du concept de «fin de l'histoire», voir (entre autres) P.Virno, Le Souvenir du présent, Essai sur le temps historique. tr.fr.M.Valensi, l'éclat, Paris, 1999.] (R)

25.N.d.e. D'où l'absurdité que constitue le principe de l'éditeur «en ligne», qui vend une marchandise ne lui coûtant pratiquement rien (saisie faite par l'auteur, pas de stocks, pas de distribution, etc.) et prétend encore se substituer au livre à moyen terme. Maladie du modernisme qui croit que toujours un clou chasse l'autre.Le livre reste irremplaçable comme tel, et comme tel continuera de se commercialiser pour ce qu'il coûte à l'éditeur.Le livre en ligne doit être gratuit, parce qu'il s'inscrit dans une autre économie, en attendant que la question se repose avec le e-book.De même que la reproduction sur cassette de la musique sur vinyle ou CD renvoie vers des supports «originels», le livre en ligne renverra vers les objets de papier et d'encre, vers cette 'imperfection' technologique qu'est le livre. C'est donc aux éditeurs de livres d'encre et de papier d'entrer simultanément dans l'espace collectif du Net, débarrassés de leur seul appétit du gain, avant que cet espace ne soit saturé d'éditeurs-en-ligne qui commercialisent aussi le domaine public, et qui, à ce jour, ne méritent le nom d'éditeur qu'à la condition de leur accoler le suffixe cher à Zazie : éditeur-mon-cul ! (R)

26. «Les cultures du don ne sont pas des réponses à une pénurie, mais à une abondance. Elles surviennent dans des populations qui ne souffrent pas de carences significatives en biens de première nécessité», Eric S. Raymond, « À la conquête de la noosphère ../../3partie/Raymond2/raymond2txt.html », p.297. (R)

27. Karl Marx, Principes d'une critique de l'économie politique, dans Oeuvres: économie, tr. fr.M.Rubel, Bibliothèque de la Pléiade, Paris, 1968, t. II, p.301. (R)

28.N.d.e. L'Association française des utilisateurs de Linux (Aful), par exemple, s'oppose à la brevetabilité des logiciels et met en garde les gouvernements contre ses effets pervers : http://aful.org/presse/cp-patents.html .Voir aussi Philippe Rivière, « Le piège des brevets informatiques », Le Monde diplomatique, mars 1999, www.monde-diplomatique.fr/1999/03/riviere/11769.html. (R)

29. Voir Netscape Communications Corporation, «Netscape annonce qu'il compte rendre le code-source de la prochaine génération de communicateurs disponible gratuitement sur le Net», communiqué de presse (1998), http://www.netscape.com /newsref/pr/newsrelease558.html. (R)

30. C'est le boniment d'Eric Raymond aux producteurs de logiciels commerciaux en faveur des logiciels libres, tel qu'il le raconte dans Andrew Leonard, «Let my software go !», cit., p. 8. Pour Bill Gates, le communisme ne consiste pas seulement à diffuser gratuitement des logiciels : permettre à d'autres firmes d'avoir accès aux produits Microsoft avant leur date de sortie est déjà du communisme ! Voir James Wallace, Overdrive..., cit., p. 57. (R)

31. Wired utilise l'expression «nouvelle économie» comme un synonyme de ses fantasmes néolibéraux à propos du Net. Voir Kevin Kelly, «New rules for the new economy : twelve dependable principles for thriving in a turbulent world», Wired, V (1997), 9, pp. 140-144, 186-197. (R)

32. Raoul Vaneigem, Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations, Paris, Gallimard, 1967, VIII, 2. (R)


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