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![]() Sous-Traitance : Un monde bien compliqué
Donc, promis, juré, les industriels qui vont être aidés ne délocaliseront plus... Ils l’ont juré la main sur le coeur. Et ils vont certainement tenir leur promesse. Car ça veut dire quoi, délocaliser, et surtout ne pas délocaliser ??? Quand Renault rachète Dacia, une entreprise roumaine, ce n’est pas de la délocalisation, c’est un investissement à l’étranger. Et s’il rachète cette usine, ce n’est pas pour la fermer, ni pour y envoyer ses propres salariés avec des salaires d’expatriés évidemment. Mais si Renault possède des usines en Roumanie qui emploient des ouvriers roumains, il est normal qu’il y produise des bagnoles. Renault ne rachète pas Dacia seulement pour produire des Dacia, il rachète Dacia aussi pour produire des Renault en Roumanie. Donc, des ouvriers roumains en Roumanie produisent des Renault qui seront achetés par ceux qui ne sont pas encore licenciés en France, mais ce n’est pas de la délocalisation. Vous me suivez ?
Entreprise, où es-tu ?
"La vie, la santé, l’amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait-il à cette loi ?" Ce n’est pas l’amour de la complexité qui a mené à tout ce bazar, mais le rejet de l’incertitude par les entreprises, la précarité et les aleas, c’est très bien, mais pour les salariés seulement... Pendant les « 30 Glorieuses », la période de croissance qui s’étend de la fin de la reconstruction à la fin des années 60, le niveau de vie s’élevait, du moins dans les pays développés, et la consommation de masse avec. C’est la grande époque de la première voiture, de la première télé, de la première chaîne hi-fi, etc. Sauf qu’aujourd’hui, ces éléments font partie de l’équipement de base, et le marché est saturé. Il ne s’agit plus de proposer un frigo, mais un frigo "plus mieux", ou en tous les cas légèrement différent de celui du voisin. La demande est devenue incertaine. Or, la production à grande échelle était basée sur la standardisation des produits et la prévision de la demande. Depuis le début des années 80, les grandes entreprises se sont lancées dans une course à la flexibilité. Autrement dit, elles ont cherché des moyens d’avoir une production plus souple, plus variée, sans pour autant diminuer leurs profits. Cette recherche est passée par une modification de l’organisation du travail à grande échelle, mais aussi par le rejet des risques sur les salariés et sur l’extérieur. Le rejet des risques sur les salariés porte un nom, c’est la précarisation : multiplication de l’interim, des C.D.D. Cette précarisation concerne aussi les salaires par le biais des horaires variables, flexibles, décalés, du calcul annuel du temps de travail, tous éléments qui rendent les salaires de plus en plus variables, et pas vraiment vers la hausse. Cette précarisation a pris aussi une forme plus insidieuse : l’externalisation. Les groupes se sont mis à faire sous-traiter une partie de leur activité, et d’abord les activités connexes. Par exemple, plus aucune entreprise n’emploie de personnel de ménage, elles font toutes appel à des sociétés de nettoyage. L’informatique est souvent sous-traitée à des sociétés spécialisées. En quoi ceci induit-il une précarisation des salariés ? De trois façons. D’une part, aujourd’hui, sur un lieu de travail, il est devenu fréquent que les salariés qui se cotoient ne dépendent pas du même employeur, de la même convention collective, du même syndicat... Ceci contribue à diviser les salariés. Ensuite, les salariés des sociétés sous-traitantes sont là pour des « missions », ils sont donc en quelque sorte en C.D.D. dans l’entreprise où ils travaillent même lorsqu’ils sont en C.D.I., et ils ont d’ailleurs couramment des C.D.D. de leur employeur pour la durée de chaque mission. Enfin, ceci permet de faire pression sur l’entreprise (sous-traitante) et ses salariés. Les missions ne sont pas renouvelées automatiquement, les sous-traitants doivent obéir à un cahier des charges précis, sont remis en concurrence avec d’autres entreprises à chaque renégociation de contrat et doivent accepter des délais de paiement importants. Cette pression sur les sociétés prestataires se reporte naturellement sur leurs salariés, rendus responsables de la poursuite des relations entre le donneur d’ordres et les prestataires, poursuite du contrat dont leur avenir dépend. La flexibilité est passée aussi par ce que d’aucuns
qualifient d’entreprises-réseaux. Le P.D.G. d’Alcatel l’avait très bien
résumé d’une phrase devenue célèbre : « Nous souhaitons être très
bientôt une entreprise sans usine. » Il faut prendre cette boutade au
pied de la lettre. Lorsqu’on parle délocalisation, on pense
installation d’une usine dans un pays étranger, où la main d’oeuvre est
bon marché, pour assurer une production jusque là assurée en métropole.
Ca existe encore, et couramment, mais ce sont là les multinationales de
grand-papa. En effet, quel que soit le lieu où on implante une usine,
il s’agit d’un capital bloqué sur place : il faut payer les machines,
elles ne se déménagent pas comme ça, acquérir des locaux, etc. sans
compter qu’au bout d’un temps la main d’oeuvre peut faire grève (pensez
à Dacia...). C’est tellement plus simple et rapide de prendre une
participation financière dans une société qui existe déjà localement.
Si ça ne marche pas comme on veut, hop !, on revend ses participations
pour partir ailleurs. Ce sont les fusions-acquisitions dont le nombre
et les montants ont explosé ces dernières décennies à l’échelle
mondiale. En plus, faire partie du capital local peut faire échapper à
certaines barrières mises en place par des pays qui souhaiteraient
trouver une certaine indépendance. Evidemment, pour faire ça, il faut
qu’il existe déjà des sociétés et des usines. C’est pourquoi
l’essentiel des investissements se concentrent dans les pays développés
et les pays dits émergents, et donc pas forcément là où la main
d’oeuvre est la moins chère. Mais on n’arrête pas le progrès et on a
trouvé encore mieux. En effet, pourquoi investir dans des sociétés à la
rentabilité incertaine ? On peut chercher un fournisseur avec qui on
passera un contrat pour des pièces ou des outillages précis, à charge
pour lui de trouver comment les produire, quitte à sous-traiter
lui-même. Ne vous laissez pas abuser par les images d’enfants
travaillant à la main pour des tapis ou de femmes se tuant la vue sur
des fines coutures. On se trouve ainsi avec un système de sous-traitance en cascade, qui jongle par dessus les frontières,où les grands groupes se réduisent de plus en plus à des concepteurs, des stratèges commerciaux, et des organisateurs, la production elle étant organisée par le biais de sous-traitance en cascade et sous des formes diverses : filiales ou fournisseurs indépendants. Il est donc des entreprises dominantes et des entreprises dominées, comme il est des économies dominantes et des économies dominées. Cette domination se superpose à l’exploitation. Les salariés des grands groupes sont exploités bien sûr, mais au fur et à mesure qu’on s’éloigne du centre, qu’on descend d’un niveau dans la sous-traitance, les salariés sont soumis à une précarité et une pression de plus en plus grandes, qu’ils soient en C.D.I. ou en C.D.D., qualifiés ou non. A leur exploitation en tant que salariés se rajoute les aléas de leurs employeurs eux-mêmes soumis à leurs donneurs d’ordre. En ce qui concerne les délocalisations, elles ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Le choix des lieux de production est complexe, et tient compte de l’ensemble des coûts : salaires, mais aussi productivité de la main d’oeuvre, coûts de transports, normes de qualité, taxes.... Il dépend donc autant des fluctuations des cours du pétrole, des données politiques locales que des salaires. Mais par contre, ce qui est général, c’est une mise en concurrence internationale des fournisseurs entre eux et des salariés entre eux. Ce qui est constant, c’est le chantage à la délocalisation chaque fois que des revendications s’expriment, le chantage au changement de fournisseur chaque fois qu’il y a un litige. Ce chantage est réel : dans la mesure où les maisons mères sont de moins en moins les propriétaires directs des usines, ils peuvent d’’autant plus facilement déménager à moindre frais. Ce que le patronat a réussi, c’est la mise en concurrence généralisée des salariés, des territoires, des Etats... En atteint-on aujourd’hui la limite ??? Sylvie d’autres articles du dernier N° de Courant Alternatif disponible en kiosque CA 188 Mars 2009 Courant Alternatif, le mensuel de l'Organisation communiste libertaire est
Mis en ligne par jean23, le Vendredi 6 Mars 2009, 17:04 dans la rubrique "Economie".
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