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![]() Sex toys are us
En ce IIIe millénaire balbutiant, les moeurs sont dites libres et les références quelles sont omniprésentes: les corps se voilent (?), le sexe est partout. La femme est dite libérée sexuellement... et, pourtant, il faut encore des parades pour faire reconnaître les droits des gays, lesbiennes, transexuel(le)s, bi..., eh oui, parce qu'en ce me millénaire balbutiant, la sexualité reste enfermée dans l'idéologie patriarcale. Le cul, c'est bien si ça reste dans les normes, mais ça dérange si l'on y prend goût en dehors des schémas imposés. La norme hétérosexuelle On parle encore aujourd'hui de la sexualité. Triste réalité d'une représentation sociale de celle-ci qui se décline sur une seule pratique sexuelle reconnue « normale » : la pénétration pénienne avec éjaculation vaginale. Hors de ce schéma très sexué, point de salut. Ainsi un homme acceptera difficilement d'être pénétré par sa partenaire sous prétexte que : « J'suis pas un pédé moi! » Cette représentation unique de la sexualité est la conséquence d'une vision binaire du monde: on est sexuellement masculin ou féminin. Si l'on est masculin, on a une sexualité active, entreprenante, puissante tandis que si l'on est du côté féminin on porté la douceur, la passivité, la fragilité et l'invitation sexuelle muette. Et c'est cette même bicatégorisation de la sexualité qui génère le culte de la sexualité conquérante chez les hommes et impose aux femmes un rôle de soumission sexuelle. Quelle femme n'a pas été confrontée â la demande de son partenaire sexuel de la sodomiser? Mais, lorsque cette dernière lui renvoie la question, très souvent elle s'entend répondre: « Surtout pas ! J'ai peur d'avoir mal! » Selon quel fonctionnement des rapports hommes-femmes un homme peut-il demander à sa partenaire un acte sexuel dont il pense que ça fait mal? Cette vison binaire du monde entraîne également une autre catégorisation des femmes en deux catégories: la « femme bien », avec qui on a une sexualité « normale i> (telle que définie ci-dessus), et la « putain », avec qui on peut réaliser certaine fantasmes comme celui de la sodomiser par exemple. C'est plus bandant dans l'hypocrisie! L'ère de la sexophobie Cette hétéronormalité révèle aussi la sexophobie ambiante de notre monde. Nous vivons dans une société bien-pensante mais mal baisante. Certes, la sexualité n'a jamais. été autant mise en spectacle, mais il s'agit avant tout de diffuser la- norme et de vendre. Ce qu'il est permis de faire: avoir une sexualité hétéro classique, d'où la stigmatisation des homosexualités; les gays sont renvoyés dans la catégorie inférieure des femmes, les lesbiennes sont invisibilisées comme n'ayant pas de sexualité (c'est le cas de la représentation de la sexualité lesbienne dans les films pornos hétéros par exemple où elles ne baisent pas mais se caressent et souvent sous le regard d'un homme avec qui elles baiseront réellement après puisqu'il y aura pénétration pénienne). Ce qui est valorisé: avoir une sexualité conquérante quand on est un mec d'où la valorisation des valeurs négatives de non-respect de sa partenaire et, comme revers, l'estime de sa partenaire comme synonyme d'apathie sexuelle. La solution n'est pas de réduire au maximum les pratiques sexuelles acceptables. Ainsi, le discours puritain d'un certain féminisme (hétéro ou lesbien) qui prêche le refus de la pénétration comme seule alternative aux rapports de domination relève de la sexophobie et appauvrit la sexualité. Version plus moderne du «politiquement correct » en matière de sexualité: certains hommes proféministes qui affirment (d'ailleurs souvent en parlant à la place des femmes) que la seule façon acceptable de faire l'amour, c'est d'être dans la douceur, la lenteur. Ce sont là des qualités que l'on prête aux femmes comme étant innées, et cela revient à considérer. qu'on ne devrait jamais avoir envie dé baiser « sauvagement » et surtout ne pas s'y autoriser lorsqu'on en a envie. La norme a changé pour une nouvelle... norme. Donc, certaines pratiques seront prohibées, vive la frustration! Fuck les normes! Voilà, la boucle est boudée: la sexophobie ajoutée à la norme hétéro va stigmatiser les femmes qui assument leurs désirs hors normes. Celles qui revendiquent l'utilisation de sex toys (jouets sexuels) font carrément peur et ont bien du mal à trouver un partenaire qui ne sera pas effrayé et à avoir une sexualité épanouie. Pourtant, l'utilisation de sex toys déplace le rôle central de la pénétration pénienne avec éjaculation vaginale. Les sources de plaisir sont multipliées pour l'homme qui apprend que son pénis n'est pas l'unique source &'plaisir, pour la femme qui apprend que le vagin n'est pas le centre de sa sexualité. Les sex toys permettent aussi de dépasser la binarité actif-passif. Si chacune) peut aussi bien être pénétré(e) ou pénétrer, la relation n'en est que plus égalitaire. L'utilisation d'un dildo (godemiché), pour, sodomiser son partenaire par exemple, relativise la représentation fantasmatique que l'on se fait ,de la sexualité de l'autre. Les hommes découvrent qu'être pénétré n'est pas synonyme de soumission, les femmes découvrent le plaisir de certains mouvements liés à l'action de pénétrer. On déconstruit aussi le discours social autour du phallus. Être pénétré par son amie ne fait pas du partenaire un sous-homme. Pénétrer son ami fait comprendre concrètement que la construction sociale du masculin n'a pas grand-chose à voir avec la possibilité de pénétrer mais tient tout entière dans là symbolique du phallus. Il s'agit d'une prise d'autonomie pour les deux. L'utilisation dé sex toys peut faire partie de rapports hétéros, mais ça bouscule le préjugé selon lequel le corps de l'homme est le seul vecteur du plaisir féminin. Les hommes sont rappelés à cette réalité que les femmes peuvent avoir du plaisir sans eux. Les femmes s'autorisent désormais à se donner du plaisir via un objet qui n'a tien à voir avec un phallus (boules de geisha, vibro, plug, etc.). La relation se joue alors entre deux êtres autonomes aux désirs divers qui ne sont plus prisonniers de leur genre masculin ou féminin. Pour autant, il ne s'agit pas d'une inversion des genres où s'intervertiraient les rapports de domination. Il faudrait finalement inventer un autre, mot pour dépasser la caractérisation systématique des pratiques sexuelles entre celles dites pratiques de femmes et celles dites pratiques d'hommes. Gesticulons radicalement, orgasmons gaiement! Muriel Muriel milite dans le groupe Emma Goldman de la Fédération anarchiste à Bordeaux Le Monde libertaire n°1325 du 19 au 25 juin 2003 Mis en ligne par libertad, le Dimanche 4 Avril 2004, 16:04 dans la rubrique "Le privé est politique".
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à 03:23