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SEPT PRINCIPES DE LA DESOBEISSANCE CIVILE
--> De Howard Zinn (Disobedience and democracy: nine fallacies on law and order- New York : Random House / Vintage, 1968), 119-122
La désobéissance civile est la violation délibérée, spécifique, de la loi, au nom d'un principe social essentiel. Elle devient non seulement justifiable mais nécessaire quand un droit humain fondamental est menacé et quand les moyens légaux pour faire respecter ce droit sont inadaptés. Il peut prendre la forme de violation d'une loi injuste, de protestation contre une situation injuste ou d'application symbolique d'une loi ou d'une situation souhaitable. Qu'elle soit reconnue comme légale, au nom d'un droit constitutionnel ou international, ou non, son but est toujours de combler la brèche qui sépare la loi de la justice, dans un processus infini de développement de la démocratie.
Il
ne faut reconnaître aucune valeur sociale à
l'obéissance absolue comme à la désobéissance
absolue à la loi. Prôner l'obéissance à
des mauvaises lois, comme façon d'inculquer une certaine
servilité abstrait à « l'ordre légal »
ne peut qu'encourager les tendances déjà très
répandues des citoyens de se courber devant le pouvoir de
l'autorité, de refuser tout affrontement avec l'ordre établi.
Exalter l'ordre légal comme quelque chose d'absolu est la
marque du totalitarisme, et il est possible de créer une
atmosphère totalitaire dans une société qui
possède nombre des attributs de la démocratie.
Revendiquer le droit des citoyens à désobéir à
des lois injustes et le devoir de désobéir à
des lois dangereuses, c'est la véritable essence de la
démocratie, qui accepte que le gouvernement et ses lois ne
sont pas sacrés mais qu'ils ne sont que des instruments, au
service de certaines fins : la vie, la liberté, le bonheur.
Les instruments sont accessoires ; pas les fins.
La
désobéissance civile peut demander la violation de
lois qui ne sont pas injustes par elles-mêmes, pour protester
à propos d'une question que l'on estime très
importante. Dans tous les cas, l'importance de la loi transgressée
doit être mesurée en relation à l'importance de
la question. Une règle du code de la route, transgressée
temporairement, n'est pas aussi importante que la vie d'un enfant
renversé par une auto ; l'occupation de bureaux publics l'est
moins que l'homicide de civils au cours d'une guerre ; l'occupation
illégale d'un bâtiment est moins injuste que le racisme
à l'école. Non seulement des lois déterminées,
mais aussi des situations personnelles peuvent être
insupportables et la transgression de lois normalement acceptables
peut agir comme mode de revendication.
Si
un acte déterminé de désobéissance
civile est un acte de revendication moralement justifiable, il
s'ensuit que l'emprisonnement de ceux qui l'ont commis est injuste
et devrait être opposé et contesté jusqu'au
bout. Celui qui revendique doit refuser la condamnation autant qu'il
refusait de respecter la règle transgressée. Il peut
exister des cas où les personnes impliquées dans une
revendication peuvent décider d'aller en prison comme moyen
de continuer leur acte de protestation, pour rappeler à leurs
concitoyens l'injustice qu'elles subissent, ce qui ne veut pas dire
que l'emprisonnement fait nécessairement partie d'une règle
gouvernant la désobéissance civile. L'important est
que l'esprit de la revendication soit conservé dans tous les
cas, que l'on aille en prison ou non. Accepter la prison comme acte
de pénitence en accédant aux « règles »
signifie retomber abruptement dans le même esprit de
servilité, et minimiser la gravité de la
revendication.
Ceux
qui s'engagent dans la voie de la désobéissance civile
devraient choisir des tactiques aussi peu violentes que possible, en
accord avec l'efficacité de la revendication et l'importance
du sujet. Le degré de désordre provoqué doit
être raisonnablement en rapport avec l'importance de la
question traitée. La distinction entre tort infligé
aux personnes et tort infligé aux biens doit être
primordiale. Les tactiques appliquées aux biens peuvent
comprendre (toujours : en considérant l'efficacité et
l'importance de la question) : la dévalorisation (comme dans
le cas des boycotts), la dégradation, l'occupation temporaire
et l'appropriation permanente. Dans tous les cas, la force impliquée
dans tout acte de désobéissance civile devrait agir
clairement et spécifiquement sur l'objet de la revendication.
Le
degré de désordre dans la désobéissance
civile ne devrait pas être mesuré en rapport à
une fausse « paix » supposée exister
dans l'ordre établi, mais face au vrai désordre et à
la violence qui font parties de la vie courante, qui se manifestent
ouvertement au plan international dans des guerres, mais qui se
cachent aussi localement derrière le masque de « l'ordre »
occultant l'injustice de la société actuelle.
Lorsque
nous réfléchissons sur la désobéissance
civile, nous ne devons jamais oublier que nos intérêts
sont différents de ceux de l'état et que nous ne
devons jamais laisser les agents de l'état nous persuader du
contraire. L'état veut le pouvoir, l'influence, la richesse,
comme des fins en elles-mêmes. Les individus recherche la
santé, la paix, l'activité créatrice, l'amour.
L'état, grâce au pouvoir et aux richesses qu'il
détient, ne manque pas de porte-paroles pour défendre
ses intérêts. Cela signifie que les citoyens doivent
comprendre la nécessité de penser et d'agir par
eux-mêmes ou en accord avec d'autres membres de la
collectivité. Howard Zinn
Traduit par Borogove à partir de l'original en anglais :
Seven
guidelines for civil disobedience
by
Howard Zinn
from
Disobedience and Democracy: Nine Fallacies on Law and Order
(New York: Random House/Vintage, 1968), 119-122
Civil
disobedience is the deliberate, discriminate, violation of law for a
vital social purpose. It becomes not only justifiable but necessary
when a fundamental human right is at stake, and when legal channels
are inadequate for securing that right. It may take the form of
violating an obnoxious law, protesting an unjust condition, or
symbolically enacting a desirable law or condition. It may or may
not eventually be held legal, because of constitutional law or
international law, but its aim is always to close the gap between
law and justice, as an infinite process in the development of
democracy.
There
is no social value to a general obedience to the law, any more than
there is value to a general disobedience to the law. Obedience to
bad laws as a way of inculcating some abstract subservience to “the
rule of law” can only encourage the already strong tendencies of
citizens to bow to the power of authority, to desist from
challenging the status quo. To exalt the rule of law as an absolute
is the mark of totalitarianism, and it is possible to have an
atmosphere of totalitarianism in a society which has many of the
attributes of democracy. To urge the right of citizens to disobey
unjust laws, and the duty of citizens to disobey dangerous laws, is
of the very essence of democracy, which assumes that government and
its laws are not sacred, but are instruments, serving certain ends:
life, liberty, happiness. The instruments are dispensable. The ends
are not.
Civil
disobedience may involve violation of laws which are not in
themselves obnoxious, in order to protest on a very important issue.
In each case, the importance of the law being violated would need to
be measured against the importance of the issue. A traffic law,
temporarily broken, is not nearly as important as the life of a
child run over by a car; illegal trespass into offices is nowhere as
serious as the killing of people in war; the unlawful occupation of
a building is not as sinful as racism in education. Since not only
specific laws, but general conditions may be unbearable, laws not
themselves ordinarily onerous may need to be violated as protest.
If
a specific act of civil disobedience is a morally justifiable act of
protest, then the jailing of those engaged in that act is immoral
and should be opposed, contested to the very end. The protester need
be no more willing to accept the rule of punishment than to accept
the rule he broke. There may be many times when protesters choose to
go to jail, as a way of continuing their protest, as a way of
reminding their countrymen of injustice. But that is different than
the notion that they must go to jail as part of a rule connected
with civil disobedience. The key point is that the spirit of protest
should be maintained all the way, whether it is done by remaining in
jail, or by evading it. To accept jail penitently as an accession to
“the rules” is to switch suddenly to a spirit of subservience,
to demean the seriousness of the protest.
Those
who engage in civil disobedience should choose tactics which are as
nonviolent as possible, consonant with the effectiveness of their
protest and the importance of the issue. There must be a reasonable
relationship between the degree of disorder and the significance of
the issue at stake. The distinction between harm to people and harm
to property should be a paramount consideration. Tactics directed at
property might include (again, depending on efficacy and the issue):
depreciation (as in boycotts), damage, temporary occupation, and
permanent appropriation. In any event, the force of any act of civil
disobedience must be focused clearly, discriminately on the object
of protest.
The
degree of disorder in civil disobedience should not be weighed
against a false “peace” presumed to exist in the status quo, but
against the real disorder and violence that are part of daily life,
overtly expressed internationally in wars, but hidden locally under
that facade of “order” which obscures the injustice of
contemporary society.
In our
reasoning about civil disobedience, we must never forget that we and
the state are separate in our interests, and we must not be lured
into forgetting this by the agents of the state. The state seeks
power, influence, wealth, as ends in themselves. The individual
seeks health, peace, creative activity, love. The state, because of
its power and wealth, has no end of spokesmen for its interests.
This means the citizen must understand the need to think and act on
his own or in concert with fellow citizens.
Mis en ligne par Borogove, le Jeudi 21 Décembre 2006, 23:06 dans la rubrique "Pour comprendre".
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