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Rituel Compulsif ? Ou Libre comme le Vent ?
--> D’après le livre Surrealist Experiences : 1001 Dawns, 221 Nights

Une question se fait pressante à l’heure actuelle : comment nous y prendre pour développer une plus grande proximité dans nos rapports avec le monde naturel ? Le « rituel » ne serait-il pas, au fond, le meilleur moyen de réaliser ce rapprochement – ou à la rigueur, un moyen digne d’être envisagé ?

Par rituel, j’entends des actes formalisés, routiniers, accomplis en un espèce de par cœur, absolument dénués de spontanéité et d’imagination. Par exemple, les rites que mettent en œuvre de par le monde les grandes religions institutionnalisées. De mon point de vue, les cérémonies des peuples premiers de la Terre – ceux d’Afrique, d’Australie, d’Océanie et les cultures indigènes des Amériques – n’appartiennent pas à proprement parler à cette catégorie, car ils tendent à s’ouvrir à toutes sortes de variations. Par exemple, les danses saisonnières des Hopi et des Zuni, en dépit de tout ce qu’elles ont l’air de tenir du rite, et ce dans le sens le plus ecclésiastiquement dogmatique qui puisse être donné à ce mot, abandonnent néanmoins un espace suffisant à l’originalité et l’improvisation collective.

Tout au long de l’histoire, on a abondamment fait travailler le rituel dans le but de séparer les humains des objets de leur adoration. Le rituel est une forme de mystification autoritaire, que l’on peut relier à d’autres éléments appartenant aux structures sociales hiérarchisées et impliquées dans l’exploitation. Répétitif et compulsif, la conduite ritualiste a été élaborée par une caste privilégiée de prêtres dont l’objectif était de soumettre et contrôler leurs fidèles.

Il n’y a rien de naturel dans le rituel, ce dernier relève en fait de la plus artificielle des idéologies humano-centrée. Les arbres, les oiseaux et les loups n’observent ni rituels, ni religions. Pour être plus proche du monde naturel, nous devrions puiser dans la sagesse du sauvage. Le monde naturel s’exprime librement, et c’est là également ce qu’auraient besoin de faire les animaux humains. Nous avons besoin d’exprimer nos désirs créatifs, nos imaginations les plus sauvages, et ceux-ci s’expriment au mieux dans la danse, les jeux, l’humour et dans ce que des rêveurs aussi inspirés que Blake, Emily Dickinson et Lautréamont considéraient comme de la poésie.

Selon un vieux dicton Zen, « Pour montrer la lune un doigt est nécessaire, mais malheur à ceux qui confondent le doigt et la lune ! » « Rituel » est l’un des noms donné à cette confusion.

Spontanée, une danse sauvage dans le soleil du matin est bien plus revigorante, libératrice et naturelle que n’importe quel rituel répété tant et plus qu’inévitablement le voilà devenu simple routine et vidé de son sens.

Nous avons besoin de débrider l’imagination, pas de rituels ; nous avons besoin de célébrer la vie sur Terre dans toute sa diversité, non de la haine des religieux pour la sexualité et de leur mépris patriarcal de la Nature. Nous avons besoin de développer notre communication avec le monde naturel, à travers une réceptivité sereine à ses inspirations, et une participation active à ses merveilles. Nous avons besoin d’inventer de joyeuses et sauvages fêtes de vie terrestre. Nous avons besoin d’apprendre plus des danses nuptiales des Grues Américaines, des hurlements des Loups Gris, et de ce que John Muir [1] a reconnu comme les chants et les gestes des arbres dans la tempête déchaînée.

Penelope Rosemont, Green Anarchy #20, Summer 2005



[1] John Muir (1838-1914) : écrivain et naturaliste américain d’origine écossaise, mystique (il tenait la Sierra Nevada pour terre sacrée), qui fut un précurseur de la défense des droits des animaux. (NdT)


Traduit par mes soins.

Mis en ligne par Cercamon, le Jeudi 20 Avril 2006, 22:51 dans la rubrique "Pour comprendre".
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