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NPA : le bluff libertaire de la LCR
Y'a pas mal de débats aujourd'hui sur le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), notamment la volonté de la LCR de s'ouvrir à certains courants anarchistes, je pense au groupe Alternatives libertaires (issu des thèses du "communisme libertaire" théorisé par D. Guérin), ainsi qu'à différents intellectuels libertaires comme Michael Lowy, M. Gaetano ou Miguel Abensour. Ces anarchistes là avaient participé à un numéro de la revue théorique de la LCR, Contre Temps en 2003, portant pour dossier " Changer le monde sans prendre le pouvoir : nouveaux libertaires, nouveaux communistes ".
Ce numéro est en quelque sorte la première marche qui a été construite entre ces anarchistes là et la LCR, et l'éditorial appelait carrément à recréer une " Nouvelle Première Internationale " (édito écrit en commun par Corcuff et Löwy), où se côtoieraient certains anarchistes et certains communistes. Mais ce numéro était déjà caractéristique des divisions qu'il y a aujourd'hui dans la LCR vis-à-vis des libertaires, et de leur jeu actuel de séduction.
En vieux loup de la LCR, Daniel Bensaïd, intangible, s'opposait déjà dans ce numéro (et récemment dans la Revue internationale des idées) aux thèses de John Holloway dans son livre Changer le monde sans prendre le pouvoir dont un article ouvrait le n°. Bensaïd descendait le mouvement zapatiste et tenait la position traditionnellement impuissante, dans une vision de prise du pouvoir de l'Etat. Dans le vieux débat libertaires/communistes, on pouvait déjà se demander en quoi Bensaïd était-il un « nouveau communiste » ?
Ce numéro également rodait déjà bien l'argumentation pour séduire les anarchistes syndicalistes. On mettait en avant les présences côté à côté depuis 10 ans de certains anarchistes et des communistes dans les manifs et les luttes de terrain (certaines organisations anarchistes cherchant systématiquement à être présentes dans toutes les manifs contre la réduction des services publics, des retraites, etc.), et donc finalement un point commun entre les frères ennemis. Ainsi on voyait dans Sud-PTT « des thématiques marxistes et un esprit libertaire », et dans cette veine on mettait en avant tous les mouvements où le marxisme et l'esprit libertaire s'étaient fondus pour ne devenir plus qu'un. L'entreprise était légitimée par exemple, avec une étude historique sur les « Industrial Workers of the world » américain qui est un cas d’école en la matière, etc.
Que demander de plus pour fonder le NPA ? Déjà AL en 2001 avait appelé à voter Chirac dans un contexte peut-être compréhensible même si très largement exagéré. Et pour le referendum de 2005 également, certaines organisations ont poussé à aller voter. En 2007 déjà, la tentative unitaire de la candidature J. Bové essaye de se rallier des " libertaires ", vraiment pas reconnu d'ailleurs dans le milieu (le couac de Onfray, le poète Youlountas et autres). En janvier 2008 devant la roue du Paon que leur fait la LCR avec le NPA, G. Davranche et T. Renard publient dans AL un article " Multiplication des nouveaux partis " où ils disent toutes leurs réticences devant la création du NPA. En février dans AL, 3 personnes de la même organisation leur répondent et commencent eux à loucher drôlement sur le NPA. Une condition est posée par ces auteurs pour leur rapprochement : l’acceptation par la LCR de l'idée de « fronts anticapitalistes » différents et complémentaires, et notamment une auto-organisation des luttes à la base, c’est-à-dire l'idée que « le parti n'est pas la seule construction possible » (la seule...).
Banco pour la LCR ! Une aile de la LCR est en effet intéressée depuis quelques années par des thématiques libertaires, notamment la nouvelle génération qu’incarne Besancenot qui dit-on va jusqu’à refuser à choisir entre son héritage communiste et « libertaire ». Ce serait eux dit-on les « nouveaux communistes »… Devant cet affichage « libertaire » de certains courants de la LCR, et voyant que décidément certains jeunes communistes quittent leur formatage vis-à-vis des anarchistes bien exprimé naguère par Jacques Duclos dans, Anarchistes d’hier et d’aujourd’hui, comment le gauchisme fait le jeu de la réaction, C. Bourseiller (de tradition conseilliste/situationniste on dira « confusionniste »), met la pression sur la LCR, en sortant Extrêmes gauches : la tentation de la réforme, Textuel, 2006. Dans son livre, entend s'adresser aux militants d'extrême-gauche, et cet auteur (hormis qu'il dresse un tableau de l'extrême-gauche et du mouvement anarchiste en France) attaque la tentative de séduction trotskiste et dénonce déjà le contenu du fameux virage « libertaire » de certains courants, qui lui apparaît très contradictoire.
Il montre bien par exemple que les luttes de la LCR (essentiellement composée de militants des services publics) portent toujours sur un renforcement de l’Etat, et le fameux « antilibéralisme » n’a été que cela depuis plus de 10 ans : la revendication d’un Etat fort contre le secteur privé (l’Etat selon eux, étant du côté du « travail » et non du « capital », si l’on considère la fausse opposition travail-capital qu’ils utilisent, on baigne là dans le marxisme le plus traditionnel), c’est ça qu’ils appellent « l’anticapitalisme »... Bien sûr tous les communistes de la terre et ceci depuis la fossilisation des marxismes depuis un siècle, disent espèr dans 100 000 ans, la fin de l’Etat, mais tout le paradoxe des communistes ou anciens communistes est là : On renforce l’Etat, tout en affirmant la nécessité de le voir dépérir dans 100 000 ans pour passer au socialisme (le refus de la séparation entre les fins et les moyens étant le trait des anarchistes sur cette question). C’est là aussi la position de Paul Ariès, qui lui aussi est bien formaté par sa formation communiste.
Mais il y a plus, Bourseiller montre aussi que la LCR s’est toujours perçue comme complémentaire du PS, dans ce sens où elle considère les partis de la social-démocratie comme des partis ouvriers « dégénérés ». Ainsi pour Bensaïd, il n’y a pas de rupture, de coupure entre le camp révolutionnaire et la social-démocratie, mais continuité et consubstantialité, c’est simplement une question de dégénérescence. C’est là une autre forme de la très vieille interprétation de Trotski de la bureaucratisation de l’URSS stalinienne. Il l’expliquait par le contexte particulier de la révolution russe (Castoriadis avec Lefort quand ils étaient dans la section française de la IVe internationale, se sont justement opposés théoriquement à cette interprétation et ont développé leur propre thèse). La LCR s’est donc depuis toujours considérée comme en quelque sorte le pôle du « retour aux fondamentaux », la « vraie gauche », la « gauche de gauche », le « 100% à gauche », quoi ! Et dans cette vision simplement « dégénérée » de la social-démocratie, la LCR a toujours appelé aux seconds tours à voter à gauche, c’est-à-dire PS. Cette stratégie qu’était en train de roder la LCR, la stratégie de « Plus à gauche que moi, tu meurs ! » et surfant sur un électorat « gauche plurielle » qui se sentait trahi par le libéral-socialisme et la gestionnarisation du PS, Jean-Claude Michéa dans Brèves remarques sur l’impossibilité de dépasser le capitalisme sur sa gauche. Impasse Adam Smith le dénonçait dès 2003, non pas pour lorgner sur la droite ou la nouvelle droite et l’extrême-droite, mais pour retrouver le positionnement de surplomb d’un certain anarchisme qui ne s’est jamais retrouvé dans le spectre politique, c’est-à-dire le spectre de tous ceux qui participent encore à la religion politique, à cette croyance illusionnée dans les capacités d’un parti de changer le cours de la vie.
Avec AL, le débat sur le NPA s’est cristallisé sur la participation aux élections et sur la forme parti. Certains anarchistes n’ont que soulevé ces questions. Facile pour la LCR ! Pour les élections, la LCR propose « une totale indépendance vis-à-vis du PS » et que « nous ne croyons pas pour autant changer la société par un jeu d’alliances entre partis dans le cadre de combinaisons parlementaires majoritaires dans ces institutions, c’est-à-dire celles d’un Etat et d’une société où ce sont les multinationales qui font la loi ». Tous les mots comptent dans cette phrase (AL de février, réponse de Besancenot, et cie, p. 4), on noie magnifiquement le poisson : au lieu de dire que nous ne croyons pas changer la société par les urnes, on nous pond une phrase qui met tellement de conditions qu’on en rigole encore. Deuxièmement, la LCR dit que bien sûr à côté des élections il faut « créer une défiance majoritaire vis-à-vis du système », c’est-à-dire qu’il faut des luttes sociales sur le terrain.
Cette double argumentation de séduction est encore plus évidente dans le texte de Corcuff et cie le 7 juin dans Le Monde :
| Citation: | | « C’est un constat historiquement assez banal que ceux qui ont conquis le pouvoir gouvernemental pour changer la société ont souvent été pris par lui, oubliant la transformation sociale. On ne peut donc plus faire aujourd’hui l’économie d’une critique libertaire dans le rapport au pouvoir d’Etat ». |
Là, M. Corcuff et cie, se moquent de nous, ou alors Trotski est un libertaire et il fallait le dire avant, on avait pas vraiment compris comment il avait organisé l’Armée rouge… Ce « constat historiquement banal », il faut avouer que l’expression venant d’un trotskiste peut-être pleine de sens. Est-ce que M. Corcuff et le bureau politique renient finalement l’interprétation selon laquelle l’apparition de la bureaucratie eu URSS ne résultait que d’un accident historique s’expliquant à la fois par le caractère arriéré de l’économie russe et l’isolement de la révolution prolétarienne sur la scène mondiale ? C’est ça que l’on voudrait savoir.
Est-ce qu’ils adhérent à cette interprétation qui fonde le trotskisme, et alors en effet il vaut mieux dissoudre la LCR… ou alors, de manière claire, est-ce qu’ils adhèrent à une « critique libertaire dans le rapport au pouvoir d’Etat » (là-aussi tous les mots comptent) ? Les auteurs organisent la confusion en disant finalement que l'interprétation de Trotski de la " dégénerescence " de la révolution russe équivaut à la critique libertaire du pouvoir. On se moque de qui ? La critique libertaire a justement pour principe de dire que c'est pas du tout une explication par les circonstances qui peut expliquer le dévoiement de la révolution.
L’impression que nous donne aujourd’hui la LCR, n'est donc pas du tout celle d'un virage vers la critique libertaire du pouvoir séparé. Aujourd’hui, pour feinter leur « tournant libertaire », Besancenot, ses amis et plus encore Corcuff et le bureau politique de la LCR (qui viennent de publier une tribune « Gauche radicale ! Chiche », dans Le Monde, 7 juin), utilisent toujours la même argumentation pour cacher leur attachement à l’Etat : c’est ça qu’ils appellent les « nouveaux communistes »... En réalité avec les arguments que lancent Bensaïd, Corcuff, le bureau politique ou Besancenot, on se demande où ils sont les « nouveaux communistes », tellement les arguments sont traditionnels. Le « nouveau communiste » Bensaïd est-il là quand il s’accroche au matérialisme historique annonçant toujours que l’histoire est déterministe et qu’elle va du « communisme primitif » au socialisme, en passant par le capitalisme, et donc que l’Etat est a accepter avant de le dissoudre dans 100 000 ans ? Mince on croyait que c’était là la position classique ! Où est donc le changement ? En réalité, la LCR tient à être d'accord avec l'idée de l'auto-organisation des luttes (bien sûr elle ne dit mot sur ce que sont les syndicats...), mais son accpetation de l'idée de " fronts anticapitalistes ", est là pour conserver toujours les mêmes positions.
Pas besoin d'aller très loin pour avoir de gros doutes sur la tentative de séduction, il suffit de lire M. Besancenot ! oui..oui.. « je suis un libertaire », mais je suis pas d’accord avec le « rythme du dépérissement de l’Etat » (sic ! AL, p. 4), ce qui montre très bien que lui aussi et encore, il se place dans l’argumentation marxiste traditionnelle des étapes dialectiques nécessaires (déterministes), dans leur déploiement méthodique et obligé et vogue la marche royale du progrès . Après que la LCR est rejetté récemment la sainte " dictature du prolétariat " du marxiste Engels, comme " phase de transition " entre le capitalisme et le socialisme, voilà qu'on nous la refourgue avec la formule laconique de " rythme du déperissement de l'Etat " : où est le changement sur le fond ?
Ou alors le changement des « nouveaux communistes » est-il dans l'argumentation de M. Corcuff qui écrit que « toutefois, il ne s’agit pas pour nous d’évacuer la question du pouvoir. La LCR a d’ailleurs déjà dit depuis plusieurs années qu’elle était prête à soutenir [admirons le mot « soutenir »… quand on affirme la « totale indépendance vis-à-vis du PS] une expérience gouvernementale qui inverserait le cours néolibéral des politiques dans la perspective d’une sortie du capitalisme ».
Mis en ligne par Diggers, le Mercredi 18 Juin 2008, 22:00 dans la rubrique "Actualité".
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Commentaires :
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libertad
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Je suis tout à fait d'accord avec cette analyse du bluff de la LCR. Le problème est aussi pourquoi la LCR peut-elle mener cette opération ? Je crois que la réponse tient à l'incapacité des anarchistes à proposer une stratégie crédible pour aujourd'hui et à se contenter de vivre sur leurs acquis et à préserver leur pré carré. A quand une initiative anarchiste dépassant les clivages organisationnels obsolètes ? Ah nous sommes forts pour organiser des salons du livre ou des colloques sur mai 68 mais quelles initiatives face à l'impasse réformiste pour les mouvements sociaux, par exemple ! Quand à la stratégie politique de changement social, elle ne se renouvelle pas. A ma connaissance il n'y a que Patrick Mignard ( bien qu'il ne se définisse par comme anarchiste ) qui réfléchisse là-dessus et Holloway à niveau international.
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leslibertaires
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bon article Première remarque pourquoi parler de cette publication de 2003 maintenant ? N'est ce pas mettre de l'eau au moulin du futur NPA -NPAC ? Pourquoi les trotskistes changent ils (elles) de nom si souvent (ces temps-ci , le PT deviendrait: le POI et il y aurait un projet de changement de nom à LO ) ? Qualifier ces gens d'intellectuels libertaires est exagéré ( sauf erreur m . Lowy est membre de la quatrieme international co-auteur avec Besancenot d ' un livre sur le Che ) par exemple > http://fr.wikipedia.org/wiki/Michael_Lowy. Gaetano Manfredonia peut écrire sur l'anarchisme sans être libertaire. A ce sujet il est éclairant de constater que des profs de fac plutôt LCR (publié-e-s chez textuel par exemple ) conseillent à leurs élèves des sujets sur l ' anarchisme . AL apelle à voter chirac en 2002 (et non pas en 2001) comme divers individu-e-s ou groupes d ' E.G (dont la ligue à léon) ,anars , autonomes , ultra-gauches , socialiste-révolutionnaires, libertaires... Idem pour la consultation sur le traité européen de 2005, même disparité constatée. Peut on en même temps dénier une qualité de libertaire à Onfray (vaste débat alimenté par CQFD , acrimed et le plan B qu'on ne peut pas qualifier de libertaire ) avec un argument d'une reconnaissance d'un "milieu " libertaire ? des archives > Ariane Miéville + réponse de Corcuff (et les sources) sur : http://1libertaire.free.fr/AMievillePCorcuff01.html fort intéressant -> (mais site nostalgique de la vieille taupe) http://www.ainfos.ca/04/jan/ainfos00450.htmlsur les "révolutionnaires" maoïstes et les différences avec les anarchistes canadiens/québecois : http://www.nefac.net/en/node/2384L'E.G de john holloway à tony négri vu par le think tank de droite (extrême ) : http://www.clubdelhorloge.fr/extreme_gauche_02_holloway.php de john holloway sur l'en dehors le même chez les stal' de bellaciao (voir les différents commentaires ) : http://bellaciao.org/fr/spip.php?article60961sur Onfray et l'élection présidentielle de 2007 : http://www.politis.fr/De-Bove-A-Besancenot-Lettre,824.html http://www.politis.fr/Peut-on-etre-libertaire-et,166.html http://www.autogestion.coop/spip.php?article35 enfin chez textuel
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Alcide
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Je suis assez d‘accord aussi. On pourrait ajouter que les trotskistes ont adapté leurs méthodes à la société du spectacle, pensant qu’un passage de Besançenot chez Drucker vaut mieux pour la cause que tracter à la sortie des usines. Dans un système politique totalement indexé sur le médiatique, nul doute que cette tactique est la meilleure pour gagner des bulletins dans l’urne à la prochaine élection. Mais les anarchistes eux refusent l’abstraction électorale, étatique, gouvernementale et médiatique etc. Or une méfiance de plus en plus grande se fait sentir à l’égard des représentations, que celles-ci soient politiques ou médiatiques. C’est une chance qui ne semble malheureusement pas profiter aux anars, peut-être aussi par ce que cette méfiance se double d’une fascination voire d’une peur du vide. Car défier les élites est une chose, proposer une alternative cohérente et exemplaire loin de toute pulsion auto-destructrice, sectariste et nihiliste en est une autre…
Ceci dit je ne pense pas que le problème soit uniquement stratégique mais peut-être aussi au fond théorique. Hormis l’anti-électoralisme - ce qui est déjà beaucoup, il faut bien le reconnaître - on a du mal aujourd’hui à distinguer la différence fondamentale entre les anarchistes et les trotskistes voire les écologistes. Le recul de l’État providence et des politiques keynésiennes de relance par la consommation depuis les années 80 pousse la gauche à vouloir défendre ce modèle. Ce combat là, n’est pas, à mon sens, celui des anarchistes. C’est celui de la social-démocratie, de l'ex-gauche plurielle aux trotskistes en passant par les centristes voire ce qui reste du gaullisme social. Car ce qui fonde l’anarchisme, c’est le refus viscéral du pouvoir. Partant de là, le but est l’autonomie et le respect des êtres, à l’écart de tout contrôle que celui-ci soit coercitif ou bien qu’il s’exerce au nom d’une bienveillance, du bien-être ou de la survie des individus.
Il semble aujourd’hui que l’anarchisme se soit réfugié dans la défense (et non même plus la conquête) de droits. De fait, il rentre dans une stratégie de rapport de force, il n’est qu’un lobby de plus sur le marché. Les combats actuels sont les reliquats du gauchisme des années 60-70 qui s’est éparpillé dans une constellation de luttes parcellaires, le plus souvent en faveur des minorités et des exclus. Les anarchistes ont oublié que c’est le peuple qui fait les révolutions et que celui-ci est composé de gens ordinaires dont les valeurs et les idées sont empreintes de bon sens et non pas du libéralisme politique et culturel qui sert pour l’essentiel désormais de doctrine à l’anarchisme.
Aussi sur le plan philosophique, je pense que ce qu’il y a de plus intéressant aujourd’hui dans la réflexion et le débat - notamment celui autour des relations avec les trotskistes - se situe - comme l’article ci-dessus y fait référence - dans les analyses de Jean-Claude Michéa et notamment celles développées dans son dernier bouquin « L’empire du moindre mal, essai sur la civilisation libérale ».
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leslibertaires
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L'analyse d'Alcide du "gauchisme" et de la défense de L'Etat (providence et de droit) des mouvements anarchistes internationaux sonne juste . Le "bon sens " du "peuple" sonne moins......comment dire...... Qu'entends tu par : " libéralisme politique et culturel " ?
pour penser une alternative faisons confiance au dogmatique -autoritaire
pour penser DES alternativeS au système (unique?) pensons en libertaireS !
C'est donc une éloge au(x) multiple(s) que nous cherchons .
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Kamajor
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Au delà de toutes ces élucubrations et en plus simple , j'ajouterais : Si il y a une dont il faut bien se rendre compte aujourd'hui c'est que la démocratie a vécu . A l'heure même ou je vous parle ce mot a perdu tout son sens. Peut être même ce mot n'en a jamais eut , c'est une possibilité à envisager , mais je ne suis sur de rien vu que j'y étais pas à ses débuts . En tout cas , tous ces politiciens sont des pantins de bois à la solde des gentils mécènes qui financent leurs ascensions jusqu'en haut de l'affiche. Une fois leurs visages placardés dans toutes les villes de France et d'Europe, une fois que leurs tronches de nazes et celles de leurs poufs sont à la une de TF1 : il faut bien se rendre à l'évidence que ces guignols n'ont absolument plus aucune marge de manoeuvre . Une fois en haut , la seule obligation qu'il leur reste est de renvoyer l'ascenseur à ceux qui l'ont mit dedans. Alors que le candidat soit rouge ou bleu ou même vert menthe , ça n'a plus aucune importance. Peu importe , ceux qui les ont mit dans l'ascenseur sont arrivés à leurs fins . Et la souveraineté du peuple ils s'en balacent à un point que vous n'imaginez pas ! Les pauvres cons qui , par exemple , ont laisser tomber une promenade buccolique pour aller faire la file dans un bureau de vote lors du référendum en 2005 s'en sont j'espère rendu compte. Tout ça c'est du pain pour les canards. Les Sarko , les Ségo les bobos... C'est de la peinture pour faire joli , absolument superficielle et en très , très fine couche. Même si la couleur , ça quand même , c'est le peuple qui la choisi. La démocratie c'est une belle merde peinte d'une jolie façon . At all. Alors le petit facteur en mal de soutiens , il peut venir faire du tape à l'oeil dans les rangs de l'anarchie , qu'est ce qu'on n'en a à battre ? Ce gamin est bien con si il croit qu'un jour il aura sa place dans l'ascenseur ! Ou alors il faudra qu'il change : Un peu comme ceux qui , il y quarante ans d'ici , faisait le malin avec des paquerettes dans les narines devant les CRS et qui aujourd'hui ont leurs fions bien collés sur un siège à Strasbourg ou à Bruxelles. Besancenot est nécessaire au système démocratique, il lui donne un minimum de crédibilité (face au vulgus pecum). L'illusoire illusion que l'opposition existe. Son rôle s'arrête là. Il suffit d'allumer sa télé un dimanche après midi pour s'en rendre compte. Le postier guevariste chez Drucker... De qui se moque t'on ?
Pour conclure , loin de moi l'idée de sombrer dans un conspirationisme primaire , et encore moins de terminer par le raccourci facile du "tous pourris ". Mais il faudrais pas nous prendre pour des cons non plus . Quand bien même l'anarchisme n'aurait rien a proposer de neuf , quand bien même nos idées sont vieilles de plusieurs siècles....
Croyez moi les gars la seule bonne chose à faire c'est de s'abstenir et de faire pousser ses carottes loin du tumulte stérile de Babylone. Il n'y a rien de nouveau sous le soleil.
Et que vive l'anarchie .
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revolte
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Kamajor: Tout a fait d'accord avec ton analyse lucide sur la politique politicienne et le parlementarisme. Et dire que certains font compliqués pour expliqué les choses,alors qu'en fait tous cela est simple a comprendre. Vive l'Anarchie!
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libertad
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Et j'ajouterai pour ma part qu'il n'y a rien de moins dangereux pour l'état et le sytème oligarchique qu'un mouvement anarchiste qui ne répète que les vieilles recettes. Depuis la période de la propagande par le fait l'Etat sait gérer le mouvement anar, pour ceux qui en doute je conseille la lecture des archives de police. Il y a plus d'un siècle que le pouvoir sait gérer ça ! Il ne faut pas les prendre pour des idiots. Regardons plutôt du côté de ce qui se passe en Corée du sud actuellement.
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satya
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Regardons plutôt du côté de ce qui se passe en Corée du sud actuellement.
oui, j'ai trouvé cela vraiment intéressant, d'ailleurs j'étais étonnée de ne rien voir sur ce site, mais bon moi aussi j'ai pas vraiment "participé" ;)
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revolte
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Sans tomber dans les vieilles(pourquoi vieilles?)recettes,attention de ne pas tomber dans le tout intellectuel ,au détriment de la pratique sur le terrain. Il serait temps que le mouvement anarchiste sorte de sa frilositée ou il semble se complaire, qu'il sorte du politiquement correcte et redecouvre la " révolte " base essentielle de l'anarchisme.
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leslibertaires
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frilosité , pas révolté , politiquement correct , intellectualiste ? ? le(s) mouvement(s) anarchiste(s) ? ? ? http://www.mouvements.info/spip.php?article304
À quoi sert le NPA ?
Noël Mamère, député-maire Verts de Bègles, nous donne son point de vue
sur le Nouveau Parti Anticapitaliste. 22 juin 2008.
Depuis
quelques années, je participe à nombre de combats avec les militants et
responsables de la LCR. J’ai le plus grand respect pour leurs
convictions, la continuité de leur action, leur droiture et leur
honnêteté. Je ne croise pas les militants de la LCR dans les salons
mais au cœur des combats des sans papiers, de la jeunesse, des
antinucléaires, des luttes sociales. Ils tranchent de ce point de vue
avec tous les petits marquis de la social-démocratie qui ne voient la
gauche que comme une antichambre de leur ego, souvent démesuré, et de
leur arrivisme.
Pour autant, mes divergences avec la Ligue sont bien
connues et ne disparaîtront pas, bien au contraire, avec la création de
ce nouveau parti qui devrait surgir au mois de janvier 2008 sur les
cendres de la LCR. Je n’en serai pas. Cela n’étonnera personne mais, il
me semble important de préciser ici la nature des divergences qui
fondent ce refus. Au-delà du tintamarre médiatique qui l’entoure, on
aurait tort de railler la constitution du Nouveau Parti
Anticapitaliste. Ce n’est pas une simple opération de ravalement de la
LCR mais bien un vrai projet politique dont la gauche toute entière
doit examiner les fondements. Son succès d’estime dans la mouvance de
la gauche de la gauche, révèle plus l’incapacité de la gauche de
gouvernement à proposer une vision, un programme et un leadership qui
réponde aux nécessités de l’époque, que l’émergence d’un nouvel espace
politique se réclamant d’une rupture révolutionnaire. Dans la mesure où
la gauche est orpheline d’un projet politique, la Ligue lui propose un
projet de substitution dont elle évacue la difficulté principale : la
question de la majorité politique, donc, des alliances. Une manière
habile de contourner la politique par l’idéologie.
Première divergence fondatrice : la question de la
révolution, précisément. La tradition révolutionnaire demande un moment
précis où la question de la prise du pouvoir est posée, à travers un
affrontement entre deux blocs. La prise du Palais d’hiver est le
concentré chimique de ce moment fondateur. Lorsqu’Alain Krivine et
Henri Weber décrivent Mai 68 comme une répétition générale, ils font
référence à une révolution inachevée, celle de 1905 qui prépara et
précéda, sur les plans idéologique, politique et militaire, celle
d’Octobre 1917. Même s’il cherche à donner un coup de jeune au vieil
édifice, Olivier Besancenot ne dit pas comment il rompt avec ce modèle
quasi centenaire, issu de la révolution industrielle où une armée
ouvrière cherche à l’emporter dans une bataille décisive face à une
armée bourgeoise qu’il s’agit de démanteler. Il ne le dit pas parce
que, au fond, il n’a pas de réponse à cette question.
Le NPA est prisonnier du mythe romantique de ses
origines lointaines qui s’apparente souvent à un coup d’État, ou,
formule plus adaptée à la France, à une grève générale désorganisant la
machine de l’État central pour le briser. Outre les dangers de dérives
bureaucratiques bien connues, à travers l’opposition entre "démocratie
bourgeoise formelle" et démocratie directe, cette vaine quête du moment
décisif n’est plus opératoire dans des sociétés développées comme les
nôtres. Comme l’avait bien vu Trotsky lui-même, sans formuler de
réponse à ce questionnement, la révolution ne peut être faite dans un
seul pays. C’était déjà vrai, en 1917. Ainsi, à l’heure où les
économies sont interdépendantes, toute rupture doit être pensée comme
une séquence dans un moment long : la transformation d’un mode de
développement. La révolution sera lente ou ne sera pas. Elle passe donc
par une combinaison entre le changement des mentalités, la
transformation des politiques publiques, à tous les niveaux et par une
impulsion au niveau de l’appareil d’État, avec une variable qui
consiste à trouver la dimension pertinente.
Le rôle des États - Nation devenant secondaire, c’est à
une échelle régionale, l’Europe, qu’il convient de penser la
transformation sociale et écologique, dans son articulation avec des
mouvements sociaux, voire des ensembles d’États à l’échelle planétaire.
C’est d’ailleurs sur cette question des rythmes et des objectifs que
les camarades d’Olivier Besancenot se sont divisés au Brésil. Certains
décidant de continuer l’expérience entreprise par Lula et le Parti des
Travailleurs, les autres revenant à leurs pré-acquis. C’est à partir de
cette expérience qu’a été initié le grand tournant vers le NPA et que
s’est construit le refus de la stratégie du Front Unique avec les
réformistes. Dès lors, le recours systématique aux mots et au mythe de
la Révolution fonctionne comme une stratégie de l’émotion et de
"l’illusion politique" au sens que lui donne Ellul. Pour la LCR,
confrontée comme l’ensemble de la gauche à une impasse stratégique - la
redéfinition d’une orientation de gauche à l’époque de la globalisation
- la "révolution" devient un produit de consommation comme un autre.
La deuxième divergence, c’est celle de
l’anticapitalisme. On peut être d’accord sur cette idée mais, au-delà
du slogan "anti", que représente-t-elle en terme de proposition "pro" :
Un refus total de l’économie de marché ? Une collectivisation
généralisée, une économie mixte, un projet autogestionnaire ? Il est
vrai qu’il y a là matière à débat, mais le recours au slogan permet
d’éviter le questionnement sur le contenu même du mode de
développement. Même si Olivier Besancenot et ses amis ne reprennent pas
les vieilles antiennes staliniennes sur le nucléaire, le productivisme,
le scientisme, ils sont prisonniers d’un modèle de croissance qui
renvoie à une conception du matérialisme historique qui se définissait
linéairement. Par son avancée inéluctable, le progrès était censé nous
libérer. Je sais que la lecture critique de la Ligue sur cette question
tente des percées vers ce qu’elle nomme "l’éco-socialisme", sorte de
juxtaposition entre l’écologie politique et le socialisme. La question
n’est pas seulement paradigmatique. Dans l’histoire de l’humanité,
l’écologie politique ne succède pas au républicanisme et au socialisme.
Elle a d’autres racines que le travail humain et l’extorsion de la
plus-value par le Capital ; elle s’appuie sur la prise en compte des
éco-systèmes, sur des valeurs comme l’autonomie, la durabilité, la
réconciliation entre la nature et la société… Je ne vois nulle part
dans le NPA, l’émergence de ces préoccupations.
Sur le fond, il y a là un problème de culture politique
commune de la gauche. Quelque part, le NPA fait partie de "l’album de
familles" dont parlait Rossana Rossanda, qui rassemble la gauche, des
socialistes aux communistes, autour de la croyance du développement des
forces productives. À l’époque de la globalisation, elles sont devenues
des forces destructrices. La communion dans l’anticapitalisme ne peut
donc suffire à bâtir une alternative globale. Là encore, depuis la
faillite du socialisme réel, le projet de société alternative n’est
plus évident à gauche. Cacher cette impasse sous un "label de qualité",
fut – il anticapitaliste, est un peu court.
Il y a donc bien deux gauches, comme le dit la LCR,
mais pas au sens où elle l’entend. La gauche écologiste est en rupture
totale avec la gauche productiviste. Les "décroissants", intéressés par
le discours radical de la Ligue, seront confrontés à cette
contradiction.
Troisième divergence : La LCR relookée construit le NPA
comme le parti des oxymores. C’est un parti libertaire et Guévariste.
Comme il faut plaire aux milliers de jeunes qui se sont reconnus dans
la campagne présidentielle d’Olivier, le nouveau Parti tente une
impossible synthèse entre la culture libertaire, issue de
l’anarcho-syndicalisme, du proudhonisme et des mouvements issus de Mai
68, et la conception foquiste de l’icône du Che. Guevara était
certainement un militant courageux qui défendit ses idées jusqu’à en
mourir. Il n’en avait pas moins une vision autoritaire et quasiment
mystique du rôle de l’avant-garde armée libérant le peuple. Où sont la
cohérence et le lien avec la situation de l’Europe du XXIème siècle
prise dans les tourments de la mondialisation libérale ? À part une
référence quelque peu démagogique à une figure christique, nous sommes
loin des nécessités de la construction d’une formation politique
confrontée aux défis de notre temps. Cette contradiction n’est pas
mineure. Je suis pour l’existence des partis mais ils doivent rompre
avec le centralisme démocratique qui a fait les beaux jours du
léninisme et du stalinisme. Le peuple est représenté par le parti qui
est lui-même représenté par le comité central, le bureau politique et,
en haut, son secrétaire général. À l’heure d’Internet, des réseaux
d’échange de savoir et du téléphone mobile, cette manière est non
seulement obsolète mais révèle autre chose : Une croyance dans
l’illusion de la vérité de la part d’une élite dirigeante qui, par
consensus en son sein, propose une « ligne » qui doit rallier la
majorité du parti. Elle est antagonique avec la face libertaire de la
pièce jouée par le NPA.
L’autre oxymore se niche dans la théorie du parti des
"héros anonymes", tiré par la notoriété du facteur de Neuilly. Ici, la
Ligue est prise dans ses propres contradictions après avoir construit
un personnage médiatique qui dépasse l’organisation. Cette organisation
a une histoire et des militants qui l’ont construite. Mais cette
histoire et ces militants ne correspondent plus au format exigé non par
"la nouvelle phase politique", comme voudraient nous le faire croire
les dirigeants de la LCR, mais aux nécessités de la société médiatique.
Un peu comme Ségolène et le nouveau PS des fans à vingt euros, la LCR
se soumet à des lois que je connais intimement, pour les avoir subies
et pratiquées dans mon métier de journaliste de l’audiovisuel.
La télévision a des règles exigeantes. Il faut fournir
le casting, le contenu et le mode d’emploi, pour être le premier servi.
Il faut donc faire correspondre la sociologie militante du nouveau
parti à ces exigences. Les nouveaux militants doivent être jeunes,
relativement dépolitisés, révoltés, faire "authentiques". Il se trouve
que cela sert les intérêts de la LCR. Dans son cavalier seul face au PS
renvoyé à la gauche libérale, elle cherche à faire disparaître toute
référence à des cultures politiques issues de traditions différentes
(PCF, alternatifs, altermondialistes, Verts…) et à ces milliers de
"vieux" cadres politiques engoncés dans leur histoire respective. La
Quatrième Internationale construit ce type de parti au Brésil, avec le
PSOL, autour de la figure d’Eloisa Helena, en Italie autour de Franco
Turraglio, le parlementaire qui a refusé de voter les crédits de guerre
en Afghanistan, ou encore au Portugal.
Cette stratégie est en fait profondément pessimiste.
Elle est l’expression du repli sur soi d’un courant politique qui
estime qu’on ne peut rien changer aux politiques publiques locales,
nationales, internationales sans tomber dans la gestion sans fard du
capitalisme. Le temps ne serait plus à la transformation sociale ou
écologique. Puisque la société dérive à droite, il faut tenir, en
organisant son pré carré en attendant des jours meilleurs. Comme si,
quarante ans après mai 68, il s’agissait de construire des partis de
témoignage qui gèleront un capital de voix de 5 à 10% de l’électorat,
en attendant un hypothétique "Grand Soir". Est cela que les chômeurs,
les salariés, les paysans, les jeunes attendent de la gauche ?
J’estime pour ma part qu’il existe un espace à gauche,
très important, c’est l’espace de ceux qui veulent à la fois une gauche
majoritaire, une gauche de gouvernement et une gauche alternative qui
ne succombe pas au social libéralisme et à la tentation gestionnaire ;
une gauche qui refuse de s’asseoir sur le démantèlement du code du
travail, sur les discriminations et sur les aspirations écologiques ;
une gauche qui s’assume comme telle et ne cède ni aux sirènes de la
globalisation ni à celle du repli sur les certitudes d’antan. Cette
gauche ne se réduit pas aux Verts, évidemment. Mais l’écologie, au-delà
de l’anticapitalisme, en est la matrice, tout simplement parce qu’elle
répond à l’urgence du temps, marqué par la convergence des crises
climatique, alimentaire et des ressources naturelles. La LCR, comme le
PCF ou le PS, ne pourront en constituer l’ossature s’ils refusent de
changer de paradigme.
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leslibertaires
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" comprendre que la vie comme la politique n'est pas une science " "http://www.mouvements.info/spip.php?article300
Une autre gauche est-elle possible ? L’espace électoral du NPA Vincent Tiberj, du CEVIPOF, analyse pour Mouvements l’électorat du Nouveau Parti Anticapitaliste. 22 juin 2008.
Entendre les voix de 2007
La dernière présidentielle a été interprétée très
souvent avec 2002 en tête. Le contraste est en effet saisissant :
mobilisation exceptionnelle quand 2002 marquait un record d’abstention
et la crise de défiance politique dans l’électorat, retour en grâce des
partis de gouvernement contre les votes aux extrêmes de 2002,
bipolarisation des voix face à l’extrême dispersion des suffrages cinq
ans auparavant, come-back des monopoles PS et UMP sur leur camp
respectif. Autant d’éléments qui convergent vers une dynamique de bipartisme à la Française [1] et, conséquemment, on voit de nouveau poindre au PS la tentation blairiste d’une « troisième voie ».
Ainsi brossée, la scène politique ne laisserait guère
de place à la création d’un « nouveau parti anticapitaliste » initiée
par la LCR. L’essentiel des regards et des stratégies présidentielles
entre les deux tours se sont portés sur l’électorat centriste. Pourtant
un candidat est sorti indemne du vote utile, Olivier Besancenot.
Premièrement, face une offre politique saturée à la gauche de la
gauche, ses suffrages équivalent quasiment aux électorats Laguiller,
Buffet et Bové additionnés. Deuxièmement, il est le seul dans la gauche
non-socialiste à avoir progressé en nombre de voix. 2002 n’aurait pu
être qu’un accident, dans la logique des partis-flash [2]
qui apparaissent et disparaissent régulièrement dans les démocraties
modernes, sa reproduction en 2007 plaide au contraire pour une
installation durable dans le champ politique.
Enfin, la dernière présidentielle a renforcé l’image du
porte-parole de la LCR. La cote d’avenir d’Olivier Besancenot mesurée
par TNS-Sofres depuis octobre 2004 fait apparaître une rupture en
2007 : avant, en moyenne 24.5% des Français voulaient lui voir jouer un
rôle important à l’avenir ; après, ils sont désormais 37.5% en moyenne.
En juin 2008, il intègre le top 10 des personnalités politiques
« d’avenir » faisant jeu égal (43%) avec Ségolène Royal (41%) ou
Dominique Strauss-Kahn (45%). Les résultats des municipales et
cantonales de 2008 masquent de fait un renforcement au plan local de la
LCR. 110 listes sur 200 présentées ou soutenues par la LCR ont dépassé
la barre des 5% ; dès le 1er tour, la Ligue compte 72 élus et, même si
ces résultats [3]
s’expliquent souvent par la présence d’une liste de la gauche plurielle
unie, ce parti continue dans cette phase de construction locale initiée
dès le début des années 2000.
2007 ne sanctuarise donc pas le bipartisme hexagonal.
Il existe bien un espace pour une autre gauche dans lequel, pour
l’heure, Olivier Besancenot fait figure de premier leader potentiel. Il
s’agira ici de déterminer les raisons de ce « succès d’estime » qui
amène le porte-parole de la LCR à s’imposer face à des partis et
leaders pourtant installés durablement dans les gauches électorales,
d’en identifier le potentiel de progression mais également d’en cerner
les limites.
Olivier Besancenot, la synthèse des gauches non-socialistes
L’ascension d’Olivier Besancenot se comprend dans
l’évolution des peuples de gauche. Schématiquement elle s’ancre dans
une double « nouvelle donne » : l’une sociale, avec une assise qui
s’appuie de moins en moins sur l’usine et les cols bleus et de plus en
plus sur les classes moyennes et diplômées ; l’autre normative, avec
l’apparition en sus de la gauche économique d’une gauche sociétale
portée par la montée de valeurs culturelles [4] (écologie, ouverture culturelle, tolérance sexuelle, etc…), prégnante particulièrement dans les générations [5]
d’après 1968. Cette nouvelle donne n’est pas si nouvelle et travaille
la relation électorat / offre politique, depuis deux décennies [6],
avec, du côté de l’offre, un recentrage des partis sociaux-démocrates
sur des enjeux sociétaux au détriment des enjeux sociaux, l’émergence
de nouvelles organisations politiques dont les Verts qui s’ancrent sur
ces nouvelles valeurs, et du côté de l’électorat, l’érosion du vote
populaire en faveur de la gauche, la montée d’un électorat
sociocritique qui ne se reconnaît pas dans la course au centre des
partis de gauche et le fait savoir, soit par l’abstention, soit par le
rejet des grands partis, en France et ailleurs.
Pourquoi Besancenot en réponse ? Après tout des
alternatives à gauche, il en existe d’autres, certaines anciennes comme
le PCF ou LO, d’autres plus récentes comme les Verts ou la candidature
Bové. Si on analyse non les votes mais les potentiels électoraux [7]
en 2007, Olivier Besancenot est cité par 34% des électeurs de gauche
comme choix possible, certes moins que Ségolène Royal (72.5%), mais
presque deux fois plus que ses autres concurrents – Arlette Laguiller,
Marie-George Buffet et José Bové n’étant cités que par 17 à 19% des
électeurs de gauche. Surtout à la différence de ses concurrents
non-socialistes, le porte-parole de la LCR est un candidat de synthèse
à même de capitaliser à la fois sur l’antilibéralisme économique et le
libéralisme culturel, de réconcilier les gauches en quelque sorte.
Deux cas typiques se distinguent, Voynet et Laguiller :
la première progresse essentiellement avec la montée du libéralisme
culturel (entre +17 et+29 selon l’attitude à l’égard du libéralisme
économique), quand la seconde progresse sur l’antilibéralisme
économique (entre +20 et +14 selon l’attitude autoritaire ou
libertaire). Olivier Besancenot fait aussi bien que ses deux
concurrentes dans les groupes qui leurs sont les plus défavorables mais
profite mieux qu’elles du libéralisme culturel et de l’antilibéralisme
économique. Il devance la candidate verte sur ses terres électorales de
22 points et sa concurrente trotskyste de 12 points. Il obtient ainsi
une « double mention », ouverture sociétale et résistance sociale,
fruit probable du positionnement idéologique spécifique de la LCR, à la
fois à la pointe des combats matérialistes pour la sauvegarde des
emplois (terrain partagé avec LO) et des combats postmatérialistes
(sociétaux et environnementaux, partagés aussi avec les Verts).

Reste le cas Buffet, dont le potentiel électoral
réplique la structure d’Olivier Besancenot, avec un succès bien
moindre. Ici se dessine une autre ligne de force pour la LCR, celle du
renouvellement générationnel. Le PCF aurait pu incarner la gauche
sociocritique, ne serait-ce qu’à travers une organisation partisane
encore incomparablement plus structurée que tous ses concurrents
non-socialistes. Mais sa mue inachevée et son alliance avec le PS
l’handicapent. Surtout, d’un point de vue électoral, le communisme
c’est du « passé en devenir ». Ses réserves à gauche sont celles
socialisées lors de son ancienne grandeur : les générations nées entre
1933 et 1961, entrées en politique quand le PCF incarnait encore la
lutte des classes, sont les seules à lui donner 23% de potentiel
électoral ; dans les cohortes nées après 1967, il n’est plus que de 15%
et se situe derrière Arlette Laguiller ou Dominique Voynet. Les
soutiens d’Olivier Besancenot présentent le cas de figure inverse : ils
sont minimaux (19%) chez les électeurs nés dans les années 30, appelés
à quitter la scène électorale, et maximaux chez les électeurs nés dans
les années 70 et 80, appelés à gagner en importance, avec une pointe de
42% parmi les « nouveaux électeurs » de 2002.
Vers une crise de croissance ?
Une synthèse des antilibéraux, l’avenir pour son
candidat, le Nouveau Parti Anticapitaliste dispose d’un réel potentiel.
S’il avait fait le plein des possibles, Olivier Besancenot aurait
obtenu 15% des suffrages d’avril 2007. Pourtant ses succès ou échecs
futurs dépendent pour beaucoup de la stratégie du PS. En 2007, Ségolène
Royal rassemblait toutes les gauches, devançant même Olivier Besancenot
chez les antilibéraux (59% contre 44% chez les autoritaires, 77% contre
60% chez les libertaires). Si le PS s’engage sur la 3ème voie, alors le
NPA verra son potentiel grandir ; si au contraire le PS tourne à
gauche, c’est l’espace politique qui manquera. N’oublions pas que
l’installation de l’extrême-gauche dans les urnes s’est stabilisée sous
le gouvernement Jospin. La cure d’opposition du PS lui évite la
dialectique entre idées et « réalités » qui lui a tant nui en 2002.
Enfin, va se poser la question de
l’institutionnalisation du NPA, sa capacité à exister au-delà de la
figure charismatique qui l’incarne. Pour l’heure, seuls 2% des
électeurs se disent proches de la LCR. Cette phase passe par un
maillage territorial mais aussi par la création d’un réseau d’élus. Or,
le système électoral français s’avère particulièrement conservateur
face aux nouveaux venus. Le FN et les Verts en ont fait déjà
l’expérience et pourtant ceux-ci bénéficiaient d’une structure
d’opportunité électorale plus favorable, notamment la représentation
proportionnelle. Aujourd’hui, si on excepte les Européennes, les modes
de scrutin pratiqués obligent quasiment à l’alliance pour exister. Le
NPA ne pourra donc calquer le succès fulgurant de die Linke. Ne
sera-t-il alors qu’un porte-voix pour une autre gauche ?
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leslibertaires
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remarquer svp, le risible graphique ci-dessus . http://oclibertaire.free.fr/spip.php?article273bonne article du courant alternatif de cet hiver 2008 (début) Mais que font les trotskystes ?
lundi 4 février 2008, par Courant Alternatif
Depuis
l’été dernier, les deux grosses organisations trotskystes que sont la
Ligue Communiste Révolutionnaire et Lutte Ouvrière semblent effectuer
un revirement stratégique. D’un côté, L.O. envisage de se présenter sur
des listes communes avec le PS, en vue des Municipales de Mars
prochain. De l’autre, Besancenot, le leader de la L.C.R. lance un
« appel pour constituer un nouveau parti », qui s’appuierait sur des
« discutions locales dans les lycées, les facs, les quartiers », dans
le but de fédérer ceux et celles qui luttent pour constituer une
dynamique anticapitaliste.
Les commentaires valent la lecture ( et dire que certains étaient au salon du livre LIBERTAIRE )
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Kamajor
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J'ai un peu de mal à comprendre le graphique sur les votes potentiels dans la gauche non socialiste , question ouverte à qui pourrait le commenter ?
Un "antilibéral totalitaire" je sais ce que c'est : un stal ou un trot dans toute leurs splendeurs... Mais du reste , à quoi correspond par exemple un "libéral autoritaire " dans la gauche non socialiste ?
De plus je m'étonne qu'il y aie 22% de libéral libertaire qui sont supposés voter pour le petit facteur? Ca représente quelle population 100% de libéral libertaire ? Je m'étonne qu'on puisse les quantifier... Auriez vous accès à des listes noires des RG ?
D'ou viennent ces chiffres , qui les a collectés , quelles sont les sources ???
Dans quel coin placeriez vous les "anars-abtentionistes" sur ce graphe ? Ce serait bien de les rajouter (en dehors du cardre besancenotiste bien sûr) , car apparemment c'est à eux que tout ces petits commentaires s'adressent...
Soyez certains en tous cas qu' il y en restera toujours un dans la marge qui n'ira jamais voter pour qui que ce soit.
Emancipez votre esprit de l'esclavage mental !
Vive l'anarchie.
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Alcide
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Le libéralisme a deux facettes. L’une est économique : elle concerne le marché. Son but est la pacification de la société via le commerce, celui-ci devant apporter « bonheur » et « prospérité » à tous. L’autre est politique ou culturelle : elle concerne le droit. Son but est d’autoriser juridiquement chacun à mener sa vie selon ses désirs à partir du moment où cela ne « nuit pas à autrui », les conflits se réglant (souvent devant les tribunaux) en fonction d’un rapport de force dans l’opinion publique produit par des intermédiaires (lobbies, syndicats, média, partis, assos etc.) Pour faire simple, on peut dire que le libéralisme économique (le capitalisme) est plutôt l’affaire de la droite, tandis que le libéralisme politique concerne plutôt la gauche. Toute l’illusion de cette dernière (et à mon avis les anarchistes d’aujourd’hui inclus) est de penser que ce libéralisme politique, c’est-à-dire la conquête infinie de droits pour telle et telle parcelle de la population, est une façon de lutter contre le capitalisme.
Par exemple, donner plus de droits aux travailleurs clandestins. C’est bien. Mais n’est-ce pas donner une couverture légale à l’exploitation toujours plus grande de la fluidité de la main d’œuvre par les patrons ? Certains d’entre eux n’ont-ils pas soutenu cette lutte ? Est-ce donc vraiment lutter contre le capitalisme ? Qu’en est-il des travailleurs dont le statut est légal ? Ne sont-ils pas eux aussi exploités ? Donner plus de droits en terme écologique, par exemple en favorisant le développement du vélo en ville ou bien en développant les énergies alternatives. C’est bien aussi. Sauf que la plupart du temps, ceci se fait au profit du système marchand : voir les systèmes Decaux de location de vélos ou bien les entreprises privées de production d’énergies renouvelables. D’un côté, le droit en terme d’environnement progresse mais le marché aussi. De même par le passé, le combat pour les radios libres qui aboutit à leur légalisation en 1981. Quelques années plus tard, n’ont survécu que quelques radios associatives emblématiques mais sur le reste de la bande FM, c’est la bêtise marchande qui a finit par agrandir son emprise. On pourrait multiplier les exemples dans tout les domaines. À partir du moment où l’on veut étendre les droits des individus - ce qui est en soi généreux - on doit fatalement à un moment ou un autre faire des concessions au marché. Un peu comme si à l’extension sans fin des droits correspondait l’extension sans fin du marché qui est symbolisée par le mythe de la Sainte Croissance.
Aujourd’hui dès qu’on utilise le mot peuple, on est immédiatement suspect de démagogie ou de populisme. Jamais peut-être dans l’histoire récente le divorce entre le peuple et les élites n’a été à ce point consommé. Le sentiment dominant et totalement justifié est qu’il n’y a aucune différence entre la droite et la gauche. Le fait est qu’une partie importante de ce qu’on appelait autrefois les prolétaires vote à droite. Une autre moins importante vote à gauche. Une dernière partie s’abstient. Si des prolos se rangent à droite, ce n’est pas par acceptation réelle du capitalisme mais par ce qu’ils ont l’impression que la gauche est le fait d’intellectuels ou d’artistes dont les préoccupations sont totalement déconnectées des leurs. On dirait aujourd’hui qu’une partie de ceux qui croient encore une révolution sociale possible veulent la faire sans le peuple dans sa totalité sous prétexte que celui-ci est conditionné par le marché, TF1 etc. Sans doute mais les militants sont-ils eux-mêmes à l’abri de cette propagande capitaliste ? À l’évidence non puisque leurs combats ne gênent en rien le marché. Aucune révolution n’est possible sans le peuple aussi conservateur ou apathique qu’il peut sembler. Vive l’anarchie et l’abstention bla, bla, bla…
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leslibertaires
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sur acrimed (intro ) : http://www.acrimed.org/article2924.html article entier Olivier Besancenot devant ses juges médiatiques Compromis inévitable (qui permet de
s’adresser à des millions de téléspectateurs) ou compromission
inacceptable (qui contribue à dépolitiser la politique) ? Le passage
d’Olivier Besancenot dans l’émission de divertissement du très
sarkozyste Michel Drucker relance le débat sur les rapports entre les
contestataires et l’ordre médiatique existant, auquel nous avons
plusieurs fois contribué ici même [ 1].
Parce qu’elle permet d’éclairer ce débat, la réception médiatique de la
prestation médiatique d’Olivier Besancenot, lors de l’émission
« Vivement Dimanche », animée par Michel Drucker sur France 2, le
samedi 11 mai 2008, mérite qu’on s’y arrête.
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leslibertaires
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Alcide le terme "libéralisme" peut il être entendu dans d'autres acceptations ( valeur du pluriel , du multiple , de la polysémie des mots et des concepts) ?
C'est le sens de notre recherche actuelle.
exemple typique d'article nul
"Le NPA, une gauche radicale comme nulle part ailleurs, promet Besancenot"
http://www.mediapart.fr Article de Stéphane Alliès.
Le dernier discours vient de se terminer à la tribune.
Les gens ont applaudi, puis se lèvent. Moment de flottement. Un coin de
salle lance alors "l’Internationale". Timidement, puis plus franchement
de plus en plus de poings se lèvent. Jusqu’à un refrain final repris
par deux gros tiers de l’assistance.
Si l’hymne révolutionnaire n’apparaît plus comme une
évidence dans les rangs d’une LCR en mutation, il n’a toutefois pas été
sacrifié sur l’autel du Nouveau parti anticapitaliste (NPA). « C’est
vrai qu’on a un peu hésité à la chanter, mais le naturel de ce parti
reste finalement révolutionnaire », sourit François Sabado, l’une des
figures historiques d’une "Ligue" en cours de dissolution.
Ce week-end à la Plaine Saint-Denis, ils étaient huit
cents délégués à s’être réunis pour se rencontrer, débattre en
commissions (féminisme, écologie, processus, etc.) et se donner une
direction de transition jusqu’au congrès de fondation prévu en janvier.
Ou plutôt une « structure de coordination », car le mot "direction" est
presque tabou pour les responsables de la LCR, qui sont persuadés que
la crédibilité de leur entreprise passe par l’ouverture.
« La Ligue était minoritaire dans toutes les
commissions, et c’est ce qu’on voulait. Le contrat est plus que rempli.
Il y a une hétérogénéité politique et générationnelle incroyable. Et il
y a des vocabulaires différents pour souvent dire les mêmes choses,
assure l’ancien leader Alain Krivine. Par exemple, on parle de
travailleurs et certains nous disent qu’ils sont chômeurs. »
Son comparse Sabado ajoute : « Sur la Palestine, on est
tous sur la même ligne, sur l’islamisme il y a des divergences… Ce qui
compte, c’est d’être d’accord sur l’essentiel. On n’en est pas encore à
la synthèse générale des points de vue, mais tout le monde a la volonté
d’arriver à cette synthèse. Et puis on comprend l’aspiration des
"non-Ligue" à contrôler le processus. Il y a forcément un peu de
méfiance vis-à-vis de nous, c’est normal. On lève les malentendus s’il
y en a. Moi, par exemple, je suis intervenu en commission pour
expliquer ce qu’est la IVe Internationale… »
Ces "non-Ligue", ce sont ceux que Libération appelle
les "fans de Besancenot", convaincus par le discours et la présence
militante du dernier candidat à la présidentielle de la LCR. Lui arbore
un grand sourire et aura passé le week-end au milieu des "copains" et
des "camarades", soucieux de ne pas se mettre trop en avant et de la
jouer collectif.
Il aura parlé trois minutes, comme les autres, en se
présentant au micro comme « Olivier, du comité poste-Fedex ». Dimanche,
il tentait de tempérer son optimisme : « C’est un peu tôt pour parler
de réussite. Mais c’est un très bon rapport d’étape. Maintenant, ils
nous reste six mois d’engueulades et d’étincelles pour parvenir à se
mettre d’accord sur tout. Mais c’est quand même plus excitant qu’un
train-train militant à gérer. »
Soucieux « d’avancer par étape », Olivier Besancenot
vise « une dynamique boule de neige » et se dit certain « que bien
d’autres attendent encore de voir et pourraient nous rejoindre après le
congrès ».
Parité hommes-femmes et Ligue-"non-Ligue"
Le NPA aurait d’ores et déjà réunit « 9000 personnes,
de près ou de loin, depuis des anciens de LO jusqu’à des réformistes
radicaux », annonce François Sabado. Les ex-partenaires de la "gauche
de gauche" à l’époque du référendum européen sont toujours frileux face
à l’initiative trotskyste de recrutement par le bas. L’intellectuel
altermondialiste Raoul-Marc Jennar et Clémentine Autain, qui a
récemment signé l’appel de l’hebdomadaire Politis pour un rassemblement
sur le modèle allemand de Die Linke (qui rassemble des anciens du SPD
et des héritiers des communistes du PDS), étaient présents ce week-end.
Le premier est convaincu, et a conclu son intervention
d’un « notre parti » à la tribune. La seconde est intriguée et s’est
dit « frappée par l’enthousiasme et agréablement surprise par le nombre
important de jeunes ».
L’ancienne adjointe apparentée communiste de Bertrand
Delanoë reconnaît que « cette proposition politique n’existe pas
ailleurs, de la part des autres partis. Mais il reste une série de
questions sur le rapport au pouvoir qui ne me semblent pas tranchées.
Je comprends l’indépendance vis-à-vis du PS, mais il ne faut pas fuir
non plus les possibilités de créer les conditions d’une alternative
politique ».
Clémentine Autain souhaite que « l’ouverture de la
Ligue se fasse aussi vers les responsables des autres courants
politiques, et non pas seulement vers les "simples héros du
quotidien" ». Pour l’instant, l’ex-minorité de Lutte ouvrière (dite "la
fraction étincelle") et le groupe de la Gauche révolutionnaire ont tous
deux des représentants « observateurs » dans la « structure de
coordination ».
Multiplié par trois, l’effectif militant du parti en
gestation se répartit sur quasiment tout le territoire (« environ 400
comités, et seulement deux ou trois départements qui ne connaissent
pour l’instant aucune implantation »). Ces comités ont désigné en fin
de matinée dimanche un « comité d’animation », par consensus. Sur la
soixantaine de membres qui vont « coordonner la transition » jusqu’à
janvier, ils ne seront que 25 issus de la LCR.
Avec l’université d’été prévue en août (dont une bonne
partie du temps sera consacrée au NPA) et une réunion d’étape déjà
fixée à l’automne, le nouveau parti est en cours de structuration. Le
principe d’une carte d’adhésion de "membre fondateur" a été acté, afin
de « permettre de financer un peu nos participations aux luttes »,
explique la direction de la Ligue. Si le montant n’a pas encore été
décidé, « il devrait tourner autour de 10, 20 euros », explique Sabado.
Quant au nom de la nouvelle Ligue, il confie que, pour
l’instant, « ça oscille entre quelque chose autour de la gauche
révolutionnaire et un acronyme sur le modèle du syndicat SUD ». Olivier
Besancenot détaille la procédure : « Chaque comité fera des
propositions en janvier, et on organisera un vote pour trancher au
congrès. » Un congrès dont il assure ne pas vouloir « sortir en n°1. Il
y aura plusieurs porte-parole et une direction collective, paritaire
entre Ligue et "non-Ligue" et entre hommes et femmes. Et avec de
nouvelles têtes ».
De “Peugeot Mulhouse” à “Jeudi noir”
Parmi ces « nouvelles têtes », on retrouve Leïla, jeune
militante dans l’association parisienne Jeudi noir pour le logement, ou
Vincent Duse, quadragénaire responsable CGT chez Peugeot à Mulhouse.
Leïla a rejoint le NPA « en prenant la Ligue au pied de la lettre : ils
nous ont dit : "Le parti sera ce que vous voudrez bien en faire, créez
un comité et vous vous rendrez bien compte." Et on l’a fait. Pourtant,
je vous assure que je n’ai jamais lu Trotsky. Je respecte ces
idéologies, mais elles me dépassent complètement ».
Vincent, lui, est un syndicaliste qui avait déjà fondé
un « petit groupe politique, Union 68, qui regroupait des anciens de
LO, des inorganisés et des anciens anarchistes, et qui diffusait un
journal devant l’usine ».
L’initiative de la LCR et le charisme de Besancenot ont
fait le reste : « On était dans l’attente d’une telle structure et
c’est tombé pile-poil. Désormais, on est 150 "stabilisés" et on a 850
contacts. Beaucoup d’ouvriers, la majorité des cégétistes de "Peugeot
Mulhouse" sont au NPA. Mais aussi beaucoup d’immigrés, car on s’est
beaucoup investis dans les luttes contre les expulsions de
sans-papiers. Comme à l’usine avec le syndicat, on est un peu un parti
de services, qui fait beaucoup d’aide juridique. »
Quand il s’agit de s’exprimer sur le rapport à
entretenir avec le parti socialiste, Leïla et Vincent sont presque plus
critiques et radicaux qu’Olivier Besancenot. Elle « n’en peut plus du
PS qui ne fait rien ». Lui estime que « ceux qui font le jeu de la
droite sont ceux qui ne s’opposent plus à la droite ».
De son côté, Besancenot assure que « le NPA n’est pas
un parti contre le PS, mais contre la droite. Et nous, contrairement à
eux, on n’a pas créé une commission pour surveiller ce qu’ils font.
Nous, nous voulons une autre société et pas une société capitaliste. Ça
fait déjà une grosse différence ». Besancenot prépare un livre pour
faire le point sur l’expérience du NPA. Date de sortie prévue : le 17
novembre. Au lendemain du congrès socialiste.
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mecano
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Réflexions autour du Nouveau parti anticapitaliste
Il y a eu la chute du mur de Berlin et l’évanouissement des régimes communistes, il y a eu les chutes des tours à New York et le début de la guerre en Irak, tout cela sur fond de mondialisation et d’échec du marxisme-léninisme. En même temps, il y a eu l’émergence de manifestations géantes autour des G8, de mouvements sociaux revendicatifs, ouvriers ou étudiants, et même de luttes sociétales. Tous, sous des formes apparemment différentes, ont mis en œuvre des pratiques que l’on peut décrire comme libertaires à un moment ou à un autre, c’est-à-dire privilégiant l’auto-organisation et l’action directe. Si cette évolution réjouit les anarchistes, elle ouvre l’appétit à bien des généraux en mal de troupes. Une place de libre à gauche L’arrivée de Sarkozy au pouvoir a fait éclater une gauche qui ne s’était pas relevée de sa disqualification à la présidentielle de 2002, ni de son désarroi devant le référendum sur le Traité constitutionnel européen. La présidentielle de 2007, avec le « hold-up » de Royal sur le Parti socialiste, a fait éclater les structures politiques encore en place. L’appétit sarkozien assumé pour un pouvoir tous azimuts et le succès de sa tactique de débauchage ont eu pour conséquence de faire apparaître les organisations de gauche pour ce qu’elles étaient : des écuries de prétendants au pouvoir et seulement à cela. Elles sont toutes en faillite. Elles ne sont pas discréditées par leur incapacité de gérer le pays, mais par l’absence totale de différence fondamentale entre leur programme et le tsarkozisme. Le seul message que le PS et le PC comme les Verts sont désormais capables d’émettre est le suivant : « Gardons nos places à défaut d’en conquérir d’autres. » Il n’y a plus de programme politique, si tant est qu’il y en ait eu un. Une place traditionnelle, celle que l’on nomme « tribunicienne », longuement occupée par le PC dans le passé, est donc à prendre. Ce rôle est tenu aujourd’hui par la Ligue communiste révolutionnaire. Jamais elle n’a été aussi importante et avec autant de personnes capables de tenir des débats. Jamais un leader trotskiste n’a été aussi haut dans les sondages : Besancenot est actuellement la principale personnalité de gauche à passer dans les médias bourgeois ; il est dans ce contexte le politicien le plus féroce contre Sarkozy. La caractéristique fondamentale de la Ligue, c’est, à défaut d’être une organisation nouvelle, de rassembler un grand nombre de jeunes gens représentatifs d’une société où la classe ouvrière s’est diluée dans une multitude de sous-divisions sociologiques. Elle est en train de créer une « nouvelle orga » : le Nouveau Parti anticapitaliste pour affirmer cette image « jeune », « récente ». C’est l’une des clés de son succès. Elle devient de fait la référence visible pour tous ceux qui, venant du mouvement contre le CPE ou bien contre le référendum européen ou encore des grèves sans débouchés, cherchent une issue « constructive ». Un nouveau parti ? Le PS n’offrant plus de perspective transformatrice de la société, la LCR pense avoir un créneau dans la recomposition de la gauche : celui délaissé par un PC toujours en crise. Cette vision traditionnelle de la classe politique et une pratique autoritaire au sein de l’organisation sont en fait les seuls restes de sa référence au trotskisme. Pour le reste, elle vise à présenter un visage rénové à un public jeune qui n’a plus les références idéologiques des « anciens ». Les conséquences idéologiques sont la dilution de la contestation dans la référence « 100 % à gauche »; ce faisant, la LCR espère capter ceux et celles qui sont révoltés sans références idéologiques nettes. Dans ce cadre, le mot « libertaire » a la même fonction que « féministe » ou « écologiste » : il vise d’abord à rassembler autour du parti des pratiques qui existent de fait dans la société. Dans ce contexte, nous ne pouvons pas ignorer les appels du pied répétés de Besancenot vers les anarchistes : ils sont évidents, et souvent explicites. La mise en avant de ses propres références libertaires, culturelles ou politiques (Louise Michel, les Béruriers noirs, etc.) s’accompagne de nets clins d’œil idéologiques. Il affirme ainsi la dimension individualiste comme déterminante dans sa propre réflexion ; Philippe Corcuff, qui est un des membres idéologiquement influents de la LCR aujourd’hui, ne cesse de mettre en avant l’héritage de Proudhon. Cela n’empêche pas la LCR de se référer aussi au Che, icône mondiale du modèle révolutionnaire. En oubliant de mentionner ses crimes, commis autant contre le peuple cubain que contre tous les autres révolutionnaires, dont les anarchistes. Pour créer cette nouvelle organisation, les dirigeants de la LCR n’ont pas hésité à solliciter Alternative libertaire qui s’en est tirée par une pirouette : d’accord pour créer un parti anticapitaliste mais non à l’électoralisme. Penser que cela pourrait être une opération sans lendemain serait ne pas voir la réalité. Cette démarche doit nous alerter. L’objectif de créer un « parti révolutionnaire » qui serait un creuset de toutes les sensibilités révolutionnaires, du marxisme à l’anarchisme, n’est pas nouveau. Ces rassemblements ne se sont guère soldés par des réussites jusqu’à maintenant, même si les raisons des échecs sont diverses. En revanche, ils se sont toujours accompagnés de la neutralisation et de l’affaiblissement des forces libertaires au bénéfice des autoritaires. Eux et nous S’il peut sembler exclu de voir ce NPA participer un jour au pouvoir national, rappelons-nous pourtant la participation formelle de la LCR aux pouvoirs régionaux. Malgré cela, on peut s’attendre à ce que le slogan « Autogestion ! » redevienne d’actualité, de la même façon que les revendications écologistes sont devenues des mots d’ordre du capitalisme moderne. En effet, comment le capital ne souhaiterait-il pas avoir des ouvriers, des techniciens et des employés qui assumeraient volontairement sa loi d’airain ? Quand Philippe Corcuff cite Proudhon, il le fait dans le cadre d’un concept politique qu’il baptise du nom de « social-démocratie libertaire ». Quand Daniel Bensaïd, autre mentor de la LCR, critique les positions de John Holloway, il dénonce en fait les conceptions antiétatistes libertaires. Il les qualifie de « fétichisme » ou « d’illusion symétrique » au socialisme étatique et dont « les ultimes conséquence seraient ce paradoxe libertaire de l’individualité absolue dressée contre "la tyrannie de l’entraide" et contre toute forme d’organisation collective ». On touche alors du doigt ce qui fait notre singularité. Nous ne sommes pas anticapitalistes ou antifascistes ou anti quoi que ce soit, nous sommes anarchistes ! Si nous nous élevons contre l’exploitation économique, nous n’oublions pas non plus de dénoncer la domination étatique. Nous ne sommes pas naïfs au point de croire qu’il suffirait de ne plus avoir de patrons pour ne plus avoir d’Etat. Car, au fond, ce que pensent ces nouveaux généraux en quête d’armée, c’est qu’il faut conquérir l’Etat pour se défaire du capitalisme. C’est le retour de la vieille illusion qui, de Lénine à Mitterrand en passant par Castro ou Chavez, n’en finit pas d’accumuler les démentis et, plus grave, de discréditer l’idée même d’un changement social. Nous sommes d’accord avec les dirigeants de ce futur parti : la conquête de l’Etat nécessite une organisation structurée efficace et disciplinée ! Mais ce sera sans nous. Les anarchistes ont payé par le passé un trop lourd tribut à ce genre de conception pour s’y fourvoyer. Les divergences entre la LCR et les anarchistes ne sont donc pas seulement idéologiques ; elles se retrouvent dans les finalités mêmes des combats où nous sommes souvent amenés à côtoyer les militants trotskistes. Notre démarche y est résolument tournée vers l’autonomie des individus et l’autogestion des mouvements sociaux en lutte. Nous ne voulons pas de parti qui parle et agit en notre nom, pour mieux institutionnaliser nos aspirations, dans des mécanismes dont la seule fonction est de gérer l’intolérable capitaliste et étatique. En outre, nous savons le prix des trahisons et des renoncements politiques autant que syndicaux. C’est bien pour cela aussi que les stratégies de prise de pouvoir nous laissent froids, car l’essentiel est ailleurs : il est de réhabiliter l’idée, le projet et les pratiques révolutionnaires, de faire naître et durer les oppositions aux capitalistes et aux gestionnaires de l’Etat et de ses rouages, de fédérer les secteurs de la société qui sont en lutte, à partir de modalités porteuses d’émancipation individuelle et collective, pour aujourd’hui et pour demain. Et, surtout, loin des écuries électorales. En conclusion Nous pensons que la rupture ne peut arriver que par l’auto-organisation des luttes. Pour cela, il faut chercher et construire des alternatives autogestionnaires. Celles-ci doivent être anticapitalistes et tendre à nous émanciper des tutelles institutionnelles qui, sous le manteau de la social-démocratie, participent à la gestion d’un système qui ne profite qu’aux puissants et à leurs complices. Les anarchistes ont été et sont toujours acteurs de ces alternatives dans les champs syndical, culturel, pédagogique, féministe, associatif, écologique. Nous continuerons à rencontrer dans ces diverses luttes des militants du futur NPA – s’il voit le jour – quand ils ne seront pas, malheureusement, accaparés par des tâches politiciennes. Et si nous ne devons pas faire l’économie d’un examen critique de nos cultures, de nos organisations, de nos pratiques, de nos partenariats, etc., il est certain que nous ne gaspillerons pas nos efforts à construire le NPA.
Publié dans l'hebdomadaire de la Fédération anarchiste le Monde libertaire n°1506 du 28 février 2008
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libertad
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Tout à fait d'acord avec ton analyse Mecano mais je crois aussi qu'il ne faut pas faire l'impasse sur nos propres responsabilités en tant que courant anarchiste. Si l'opération politique de la LCR a des chances de réussir c'est en grand partie par notre incapacité comme courant politique à offrir une alternative anarchiste pour aujourd'hui. Je veux dire qu'il n'est plus possible de se contenter de nous référer à nos grands penseurs à notre glorieuse histoire et à tous nos acquis car cette carence ne peut simplement nous amener qu'une vague sympathie ( ce qui est le cas aujourd'hui ) que d'autres tenteront de récupérer et cette sympathie ne fait pas une alterntive. Il faut dresser un constat lucide de la situation du courant anarchiste : - une ossification sur des courants et des orgas qui n'ont plus aucune raison d'être par rapport à la situation politique et économique, basées sur des divergences idéologiques dépassées ne servant qu'à justifier des querelles de boutiques et de petits espaces de pouvoir ( "nous sommes mieux que les autres" ) - une statégie politique remontant à l'échec de 68 ( échec non analysé ce qui fait que nous persistons dans l'erreur ) qui fait des luttes sociales le coeur de l'action politique alors même que la période démontre amplement que les luttes sociales ne sont au mieux que réformistes et n'apportent rien question alternative politique. Il faut en finir avec le suivisme vis à vis de luttes qui seraient censées monter jusque la grève générale et la révolution, ce scénario ayant été démenti à chaque fois par la réalité -construire une alternative économique en théorie déjà, on ne peut ressasser Proudhon sans l'actualiser, faire des alternatives éconmiques le coeur de notre action politique ce qui voudra dire d'accepter de mettre ses mains dans le cambouis, comme Proudhon qui avait tenté de créer sa Banque du peuple. -réfléchir sur notre inacapacité à traduire politiquement certains mouvements sociaux comme celui des banlieues dont nous sommes pourtant logiquement le débouché polique naturel. La LCR ne croît que sur nos faiblesses, elle va prendre la place du PC et laisser aussi un espace libre celui des révolutionnaires qui ne passent pas de compromis avec l'Etat. A nous de nous saisir de cette opportunité. Mais ce n'est pas avec des salons du livre et autres manifestations culturelles que nous obtiendront autre chose que de la sympathie.Et la symathie c'est bon pour l'estime mais ce n'est pas de cette façon qu'on changera la société.
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PatrickMignard
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Tout à fait d'accord avec toi Libertad ! ! ! !
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leslibertaires
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ROUILLAN Y VA
Besoin d’orga ? Envie d’orga ? « Il vaut mieux un mauvais parti que pas de
parti du tout. » C’est en citant Rosa Luxemburg que Jann-Marc Rouillan
assume publiquement son ralliement au NPA. « Vu la décomposition des
forces de résistance, je pense qu’il y a là un espoir pour plein de gens qui
en ont marre de vivre sans instrument de lutte. » L’ex-d’Action directe a vraiment
l’air emballé. D’autant qu’en causant avec le camarade Olivier, il a
été « surpris par ses positions vraiment à gauche, alors qu’on pouvait s’attendre
à un discours un peu béni oui-oui ».Même pas un peu de méfiance
vis-à-vis d’une O.P.A. trostkarde ? « Je pense que la Ligue va exploser et que
ce n’est pas une magouille de leur part. C’est moi qui suis allé vers eux, j’ai
été reçu très simplement. C’est quand même assez courageux de leur part
d’accepter un mec dans ma situation judiciaire, puisque je suis tenu à ne pas
faire de politique. Et puis, je ne suis pas sectaire non plus, la preuve j’ai même
écrit pour CQFD ! » Bon ben tu nous raconteras hein…
Publié dans CQFD n°57, juin 2008. par ? Anatole Istria
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satya
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C’est quand même assez courageux de leur part
d’accepter un mec dans ma situation judiciaire, puisque je suis tenu à ne pas
faire de politique
j'en avais entendu parler et je n'avais pas voulu le croire justement parce qu'il risque le retour direct en prison vu la condition (entre autres) de ne pas faire de politique.... or dans l'une de ses interview il exprimait qu'il resterait volontiers plus dehors et avait fait de l'humour sur les 35 heures. cela me surprend et franchement je ne vois pas en quoi ce serait courageux de la part du parti quui ne risque absolument rien, il serait le seul à trinquer! le futur nous dira ce qu'il en est vraiment.
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leslibertaires
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Je réécris ton nom, libertaire
Lu sur Indymédia Paris :
"L'analyse de l'OPA (Opération pirate sur les anarchistes) de la LCR,
présentée ici, s'inscrit dans le propos plus large d'un ouvrage paru
aux éditions Paris-Méditerranée (Coll. « Les Pieds dans le plat ») : Je
réécris ton nom, Révolution. Le « petit facteur »
de la LCR n'aura pas eu besoin qu'on le sonne deux fois pour annoncer
la bonne nouvelle : Le libertaire nouveau est arrivé ! Les prospectus
qu'il distribuait, entre les deux tours des présidentielles, au
printemps 2002, semblaient pourtant la contredire : Aux urnes, à
nouveau, citoyens ! Il faut bouter Le Pen hors des murs de la
République ! L'isoloir serait-il devenu un passage obligé pour tout
libertaire qui se respecte ? Tel était, en tout cas, le message urgent
qu'Olivier Besancenot avait à faire passer, avec l'aide empressée de
médias soudainement intéressés, à l'issue d'une tournée des calendriers
électoraux pendant laquelle il lui fut donné de sentir d'où viendrait
le vent pour les prochaines consultations. En
fait de vent, il s'agit tout simplement de revivifier d'un « souffle
libertaire » le marxisme révolutionnaire, comme nous l'apprend le
dernier numéro de Contretemps, revue théorique de la LCR.1 Un
changement de cap idéologique périlleux, si l'on songe au passé - pour
ne rien dire du présent - de cette organisation. Aussi le pilotage du
numéro a-t-il été confié à deux barreurs hors pair : Philippe Corcuff
et Michaël Löwy. Sociologue, politologue et
surtout idéologue tout terrain, le premier nous inflige comme à
l'accoutumée, mais cette fois aux dépens de Rosa Luxemburg, un laïus
sans consistance truffé de falsifications où il donne libre cours à son
penchant pour les mésalliances de mots les plus déconcertantes et prend
assez de libertés avec l'histoire pour nous faire oublier pourquoi Rosa
et ses camarades finirent par ne voir dans la social-démocratie qu'un
« cadavre puant » qu'aucun artifice langagier ne pourrait rendre à la
vie. Ainsi en profite-t-il pour nous resservir l'une de ses trouvailles
préférées : le « concept » - terme à prendre ici non dans son acception
théorique, mais au sens que lui ont donné les publicitaires - de
« social-démocratie libertaire ». Second pilote à
la manœuvre, Michaël Löwy, directeur de recherche médaillé du CNRS et
directeur de conscience écouté parmi les adeptes du marxisme lénifiant,
se pose en héritier présomptif et surtout présomptueux du mouvement
surréaliste pour nous saouler de sa rhétorique sur l'« ivresse
libertaire » de Walter Benjamin érigé en maître à tout penser. Une
manière comme une autre de montrer que la LCR aurait définitivement
rompu avec l'avant-gardisme, l'autoritarisme et le dogmatisme que des
esprits aussi chagrins que mal informés persistent à lui imputer. Pour
prouver que la page d'un certain trotskisme est définitivement tournée,
nos experts en détournement n'y sont pas allés de main morte. Le numéro
de Contretemps s'ouvre, en effet, sur un scoop de taille : rien moins
que la naissance d'une « première Internationale au xxie siècle », une
fois dépassées les « vieilles querelles » entre marxistes et
libertaires. Exit, donc, la IVe Internationale dont la LCR attestait la
survivance en France. Il est vrai que son nouveau porte-parole avait
déjà révélé au Monde qu'avant de devenir trotskiste, il avait été
« libertaire ». Et qu'il le serait, par la suite, plus ou moins resté.
Libertaire, donc, Alain Krivine qui, au soir des élections européennes
de 1999, s'écriait avec enthousiasme, en apprenant qu'il avait gagné
son ticket d'entrée au parlement de Strasbourg : « On a des élus, c'est
le plus important. »2 L'important, pour les rénovateurs trotskistes, ce
n'est plus le rouge ni même l'orange qui l'a remplacé sur leurs
nouvelles bannières : c'est la couleur des sièges dans lesquels ils
allaient pouvoir enfin se caler, à Strasbourg ou ailleurs. Libertaires,
le sont, d'une façon plus générale, avec Besancenot, Bensaïd et
consorts, toutes les girouettes que leur sensibilité aux trous d'air
électoraux pousse à « coller à l'air du temps contestataire », comme le
dit si bien Libération qui, à défaut de toujours savoir de quoi il
parle, sait à qui il a affaire avec les apparatchiks de la Ligue et ses
penseurs attitrés. « Changer le monde sans
prendre le pouvoir ? » Sous son allure de sentence faussement
interrogative, le titre aguicheur de la revue Contretemps est des plus
trompeurs. Car prendre le pouvoir, c'est avoir le pouvoir de changer le
monde, et y renoncer revient à le laisser à ceux qui le possèdent déjà.
On l'aura pressenti : ce « souffle libertaire » qui émane sans prévenir
de la LCR va surtout permettre à la bourgeoisie mondialisée de
souffler. Le social-opportunisme De
la part de tous ces néo- ou post-trotskistes spécialistes de l'entrisme
à tous crins, le sort - et le tort - qu'ils font maintenant subir au
mot « libertaire » n'a rien qui doive étonner. Encore faut-il, pour
s'en convaincre, rappeler d'où il vient. Déjà connu après la Commune
dans les milieux antiautoritaires, ce néologisme est né à la fin des
années 1850 de la plume acide d'un anarchiste, Joseph Déjacque, qui
n'eut de cesse de clouer au pilori les compromis et les compromissions
de la petite-bourgeoisie républicaine de l'époque.3 Elle avait mené le
mouvement révolutionnaire à une série de défaites et nourrissait un
respect viscéral pour toutes les procédures de la démocratie
parlementaire qui faisait alors ses premières armes en désarmant tous
ceux qui opposaient au culte de la légalité bourgeoise l'aspiration à
une lutte et à des formes d'organisation nées au sein du peuple même.
Au « crétinisme parlementaire », indissociable des pratiques
opportunistes de la social-démocratie, s'est donc tout aussitôt opposée
la pensée libertaire qui dénie aux délégués élus le pouvoir d'user et
d'abuser de l'autorité qui leur est conférée par le vote. Et si le
« libertaire » mettait plutôt l'accent sur la dimension individuelle de
la révolte, l'anarchie, issue parallèlement du mouvement ouvrier,
l'associait à une idée d'organisation collective autonome refusant
toute professionnalisation de la politique et, a fortiori, le rôle et
le règne des révolutionnaires professionnels. Ce sont donc toutes les
formes de la démocratie représentative qui, dès l'origine, seront
implicitement et explicitement prises sous le feu de la critique. Parole
de Besancenot : « Pour nous, l'erreur des bolcheviks, c'est d'avoir
sous-estimé la question démocratique [...]. Nous sommes évidemment pour
le pluralisme. »4 « Nous », c'est évidemment la minibureaucratie de la
Ligue qui, après avoir réussi à se faire une place « à gauche de la
gauche » comme supplétive de la « gauche plurielle », découvre qu'elle
peut damer le pion au PCF et jouer sa partition dans le concert des
grands. Reconnue et réévaluée dans ce contexte, la « question
démocratique » n'est autre que celle que l'on soumet d'ordinaire aux
étudiants de première année de Sciences Po et à laquelle ont déjà
répondu par avance, depuis des décennies, tous les propagateurs de
lieux communs sur les bienfaits de l'ordre politique bourgeois. Une
réponse qui rejette toute idée d'action révolutionnaire des dominés
contre cet ordre, comme non démocratique parce que relevant d'une
conception « totalitaire » et, depuis le 11 septembre 2001,
« terroriste » de la transformation de la société. On
peut, de la sorte, sous couvert de se libérer des « pesanteurs
idéologiques », se débarrasser tranquillement de tous les principes
révolutionnaires gênants, tout en conservant le principe d'autorité du
bolchevisme et de la social-démocratie, inhérent à des appareils dont
la structure et le fonctionnement sont calqués sur le modèle étatique.
On comprend, dès lors, qu'Edwy Plenel, journaliste d'investigation
policière toujours prêt à accueillir ses anciens camarades de promotion
trotskiste dans les colonnes du Monde, ait lui aussi découvert « ce
passage vers une pensée de liberté, vers une idée libertaire de
démocratie ». Pour dissimuler le sens de leur
adhésion au pluripartisme et aux « élections libres », c'est-à-dire à
la démocratie de marché, les néo-trotskistes se doivent de dévoiler ce
qui aurait été oublié par leurs prédécesseurs, à savoir la dimension
subjective de l'individu et son irréductible altérité, de traquer
l'aliénation dans tous les domaines du quotidien, de suggérer que les
combats des féministes et des écologistes transcendent les luttes de
classes - toutes choses qui auraient été mises sous le boisseau par le
marxisme qu'ils professaient la veille, quand ils assénaient leur
pédante leçon de matérialisme aux analphabètes de toutes confessions,
anarchistes, conseillistes et autres « basistes » saisis par le
« spontanéisme ». De même leur faut-il intégrer le possible,
l'aléatoire, l'utopique et, pourquoi pas pendant qu'on y est, le rêve,
la mélancolie et le prophétique dans leur conception de l'histoire, car
ils veulent désormais échapper au déterminisme, voire au fatalisme,
dont ils auraient été victimes bien malgré eux. Dans
ces conditions, le sénateur « socialiste » Henri Weber, ex-dirigeant de
la Ligue devenu bras droit (ou gauche) de Laurent Fabius était en droit
de demander, toujours dans les pages du Monde, à ses anciens camarades
ce que le « révisionniste » Eduard Bernstein réclamait jadis de la
social-démocratie : qu'elle « ose paraître ce qu'elle est », et qu'elle
devait si bien montrer avec son ralliement à « l'union sacrée », en
14-18. Que les soi-disant communistes révolutionnaires de la LCR, donc,
osent enfin paraître à leur tour pour ce qu'ils sont, malgré leurs
dénégations : « des réformistes de gauche, à peine plus radicaux » que
des renégats qui ont simplement poussé plus loin, et plus tôt,
l'abandon de leurs positions d'antan, tels Julien Dray, Jean-Luc
Mélenchon ou l'inspecteur du travail Gérard Filoche. Henri
Weber, en vérité, devrait plutôt prier pour que son souhait reste un
vœu pieux, car afin qu'il puisse sans crainte paraître lui-même pour ce
qu'il est effectivement devenu, un réformateur bon teint, c'est-à-dire
rose pâle, il est préférable que les néo-trotskistes continuent de
passer pour ce qu'ils ne sont plus : des « rouges ». Inviter la LCR à
se dépouiller de son label d'extrême gauche, comme elle l'a d'ailleurs
déjà fait en se revendiquant « 100 % à gauche », n'est-ce pas courir le
risque, pour Henri Weber et les politiciens de son acabit, de se
retrouver, du coup, catalogués à l'extrême centre, tout près du
« libéral-libertaire » Daniel Cohn-Bendit et non loin du libéral tout
court François Bayrou ? C'est pour ne pas avoir à
rendre publique leur propre dérive dans ce glissement général vers la
droite que les fins stratèges de la LCR ont encouragé l'un de leurs
idéologues maison à mixer la social-démocratie avec l'esprit libertaire
afin d'en extraire un « concept » aussitôt mis sur orbite médiatique,
grâce à leurs multiples accointances avec cette presse qu'ils ont cessé
de qualifier de bourgeoise. Sous peine de finir par être confondu avec
le social-libéralisme et d'être ainsi suspecté d'accommodement avec le
néo-libéralisme honni, le social-opportunisme de facture trotskiste se
doit d'apparaître badigeonné d'une couche de « radicalité ». Une touche
de vernis « libertaire » fera donc l'affaire. Les
néo-trotskistes se verraient-ils, dès lors, contraints de défendre
simultanément une chose et son contraire : la tradition
social-démocrate et un engagement libertaire ? Nullement. Les deux
plateaux de la balance sont, en effet, inégalement chargés. Ou, si l'on
préfère, les poids et les mesures ne sont pas les mêmes dans l'un et
l'autre cas. D'une part, des pratiques : légalisme, électoralisme,
étatisme, participation au jeu institutionnel classique de la
démocratie représentative. De l'autre, des discours : sur l'autonomie,
la révolte et l'insoumission, professions de foi sans cesse démenties
par les actes. Bref, d'un côté des positions, de l'autre des postures.
Ainsi s'explique que tout ce que le mot « libertaire » exprime
d'ordinaire, y compris dans les dictionnaires, se voit associé pour ne
pas dire accouplé de la manière la plus obscène à son contraire, la
social-démocratie - l'un des piliers les plus solides de l'État
capitaliste. Une révolution "sociétale" S'il
ne fait pas de doute que la revendication « libertaire » de la LCR
relève de l'usurpation et de l'imposture, il serait toutefois naïf de
n'y déceler qu'un simple cache-sexe « anticonformiste » destiné à
masquer la mise en conformité de l'organisation trotskiste avec les
normes de la démocratie bourgeoise. Dans son cas comme dans bien
d'autres, parler de « récupération » n'a de sens qu'à condition de ne
pas oublier qu'à travers des mots ou des idées, ce sont des gens qu'il
s'agit avant tout de récupérer. Chacun sait, et
les dirigeants de la LCR les premiers, qu'il est devenu difficile, en
politique, d'attraper les mouches avec du vinaigre, à savoir avec
l'image révulsive d'un révolutionnarisme archaïque : références
vieillottes, langue de bois, militantisme ascétique, etc. Certes, il
n'est pas inutile de reprendre quelques-uns des slogans et des mots
d'ordre traditionnels de la lutte anticapitaliste, ne serait-ce que
pour ne pas laisser le terrain libre aux rivaux de Lutte ouvrière. Il
faut bien répondre, en effet, au moins en paroles, aux attentes et aux
intérêts des « déçus de la gauche » dans les milieux populaires. Mais
occuper l'espace abandonné par les partis responsables de cette
déception ne suffit plus. Pourquoi ne pas tenter de capter, en plus,
les voix perdues de cette énorme part de l'électorat potentiel, assez
sceptique sur les vertus démocratiques du suffrage universel pour voter
souvent blanc ou nul, ou même - horreur absolue ! - se réfugier parfois
dans l'abstention ? C'est ce « segment du marché », comme diraient les
experts en marketing, que la LCR cherche à « cibler », en laissant un
« provocateur-né » style Philippe Corcuff se pousser en avant. On y
trouve les lecteurs de Charlie-Hebdo et de Politis, bien sûr, où
celui-ci tient tribune. Ceux, également, de Télérama ou des
Inrockuptibles, magazines qui ont fait de la « différence » une image
de marque d'autant plus soigneusement entretenue qu'elle permet, entre
deux pages glacées de publicité pour des produits de luxe, de rejeter
dans les bas-fonds du « populisme » tout ce qui émane du peuple sans
avoir bénéficié de l'aval sourcilleux du « citoyen » policé. Dans la
presse de marché, les déviants institutionnels sont fort prisés, voire
courtisés. À Libé et au Monde, par exemple, les rubriques « Rebonds »
ou « Débats » ont toujours été généreusement ouvertes aux
contestataires installés. Tout ce lectorat
appartient à une fraction de la petite et moyenne bourgeoisie
intellectuelle qui raffole des personnalités « dérangeantes » pour se
donner l'illusion qu'elle n'est pas elle-même totalement rangée. Une
couche sociale d'autant plus friande de révolutions labélisées
« sociétales » - celles qui touchent aux comportements et aux
sentiments, aux désirs et aux plaisirs, aux modes de vie et aux modes
tout court - qu'elle a cessé de s'intéresser à la révolution sociale.
Il est vrai que celle-ci risquerait de la toucher à son point le plus
vulnérable : le portefeuille. Le succès du
nouveau maire « socialiste » de Paris auprès des « bobos » le
confirme : il existe une « classe moyenne urbaine, jeune et cultivée »
prête à se laisser séduire par les sirènes électorales pour peu que les
prétendants au pouvoir acceptent de remodeler en conséquence leur
idéologie et leur langage. Bertrand Delanoë et sa fine équipe de
« communicants » ont misé avec brio sur le « festif » pour attirer ces
chalands d'un nouveau genre plus soucieux d'épanouissement individuel
que d'émancipation collective. La LCR peut espérer, néanmoins,
récupérer une partie d'entre eux, en particulier les plus jeunes, pas
encore installés et donc plus disponibles et plus désintéressés. Pour
ce faire, elle a trouvé la pierre philosophale susceptible de combiner
le « social » et le « sociétal », c'est-à-dire le progressisme
politique et le modernisme culturel : réactualiser le credo libertaire
selon les canons publicitaires. De ce point de
vue, le jeunisme démagogique d'un Philippe Corcuff s'extasiant devant
les platitudes fredonnées d'Eddy Mitchell, ou les pitreries d'un
Besancenot s'auto-photographiant à la télévision devant une icône du
« Che », peuvent contribuer à élargir l'audience et l'influence de la
LCR. Pour croître, elle doit se montrer à l'écoute non plus des
« masses » ou des « travailleurs », mais du public ou, plus
précisément, d'un certain public. Un public spécifique qui n'entend
pas, d'ailleurs, être considéré dans sa globalité anonyme, mais comme
une nébuleuse d'« individualités » insaisissables et surtout
inclassables, pour reprendre les traits sous lesquels les
néo-petits-bourgeois se perçoivent d'ordinaire. Aussi se
reconnaîtront-ils peut-être dans le miroir complaisant de la « société
de verre » que Philippe Corcuff leur tend, avec toutes leurs
« singularités », leurs « fragilités » et, last but not least, leurs
« ambiguïtés », ce « lot commun des pauvres humains » qui autorise les
rebelles de confort à se dédouaner à bon compte de leur quête
incessante d'avoir ou de pouvoir. Principe
cardinal du nouveau cycle marchand, cette « reconquête par l'individu
de son identité », que l'on ne cesse de célébrer en cette ère du
conformisme généralisé, vient couronner une tendance déjà présente dans
les avant-gardes culturelles et notamment dans le surréalisme
artistique. C'est au tour des pratiques quotidiennes de chacun de
s'affranchir de tous les carcans religieux, politiques et historiques.
La dimension « existentielle » de la critique libertaire donne un
semblant - un faux-semblant - de cohérence politique à toutes les
formes de contestation que l'individualisme exacerbé a fait apparaître
sur le marché de l'anticonformisme estampillé. Agglutinant
l'ensemble des références théoriques ou littéraires disponibles, y
compris les plus saugrenues (les « relectures » désopilantes par Daniel
Bensaïd de Jeanne d'Arc et ses envolées sur Péguy sont, à cet égard,
anthologiques), dans un ersatz de critique radicale qui romprait avec
l'« économisme » et le « sociologisme » des « classiques » du marxisme,
le néo-trotskisme peut ainsi constituer un nouveau pôle d'attraction
auprès de toutes les catégories sociales dont les manières de vivre et
les aspirations se rattachent à ces revendications. C'est au point
d'intersection de toutes ces dérisoires « remises en cause » que le
« libertaire » intervient, à la manière d'un pivot qui, sous le signe
de la « subversion », articule dans un même mouvement l'« autonomie
recouvrée de l'individu » à la « redécouverte de la démocratie ». La
« non-conformité », dès lors, se conçoit dans une perspective inversée.
Elle n'a plus de raisons de s'en prendre aux codes et aux normes
officiels puisque leur « transgression », institutionnalisée,
subventionnée et même sponsorisée, fait dorénavant partie intégrante
des formes de la domination. Sera taxée de conformisme, en revanche,
l'attitude des « sectaires », des « retardataires », des « primaires »
qui s'entêtent à refuser d'être les dupes de pareilles simagrées. Que
l'on ne s'avise donc pas de détecter dans l'infléchissement en cours de
la ligne de la LCR quelque effet en retour des fréquentations mondaines
de ses leaders. Rendre de temps à autre, par exemple, des services
grassement rétribués aux « ennemis de la classe ouvrière » d'hier, sous
forme d'« animation » de séances de « formation » en entreprise, ne
saurait, chez un intellectuel aguerri comme Corcuff, amollir sa volonté
d'en découdre avec eux aujourd'hui. Croire le contraire serait verser
dans le travers détestable de ces « anarchistes satisfaits de leur pose
face au monde » qui ignorent « la tension productive », donc positive,
que ne peut manquer d'engendrer, y compris « en nous-mêmes », le fait
d'avoir à la fois un pied dans « des institutions de lutte » et un
autre dans des « institutions de gestion ».5 Ignorer le « choc fécond »
qui peut en résulter reviendrait, finalement, à se priver de ce
« dialogue du réel et de l'utopie » qui fait tout le sel - et le suc !
- de la « social-démocratie libertaire ».6 On l'aura deviné, à l'heure
où l'entreprise se préoccupe de changer d'image, la petite entreprise
révolutionnaire qu'est la LCR se doit de ne pas être en reste. Sur
ses fanions, significativement passés du rouge à l'orange - sans doute,
parce que le rose était déjà pris -, comme sur la une de son
hebdomadaire, dont l'intitulé devrait, soit dit en passant, changer de
couleur lui aussi pour être en harmonie, on chercherait en vain trace
de la faucille et du marteau qui les ornaient naguère. Au lieu et place
de ces outils d'un autre âge, ondoie triomphalement le « 100 % à
gauche », symbole éloquent du ralliement des néo- ou des
post-trotskistes à la logique du quantifiable, avec ses chiffres, ses
statistiques et ses taux, économiques ou électoraux. À voir le racolage
tous azimuts auquel se livre une organisation toujours prête à attirer
dans ses filets tout ce qui bouge - et qui n'est pas forcément rouge -
pour améliorer ses scores, on peut suggérer à ses dirigeants un nouveau
logo : le râteau. Jean-Pierre Garnier et Louis Janover Texte issu du Monde Libertaire n°1319, hebdomadaire de la Fédération Anarchiste archives sur le net : www.cybertaria.net/ml 1. Contretemps, n° 6, février 2003. 2. Alain Krivine, cité in Libération, 14 juin 1999. 3.
Valentin Pelosse, « Joseph Déjacque et la création du néologisme
"libertaire" (1857) », Cahiers de l'ISEA, série S, n° 15, décembre
1972. 4. Olivier Besancenot, Le Monde, 3 février 2003. 5. Philippe Corcuff, « Pour une social-démocratie libertaire », Libération, 18 octobre 2000. 6. Ibid.
Mis en ligne par libertad, le Dimanche 25 Janvier 2004, 22:08 dans la rubrique "Pour comprendre".
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revolte
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Exellent article,tout est dit avec luciditée. Les anarchistes ne sont pas dupes des magouilles et autres manipulations politiciennes et leurs flots de charlatants(es) avident de pouvoirs. Au pays des aveugles,les borgnes sont rois! * Vive l'Anarchie *
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leslibertaires
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Olivier Besancenot devant ses juges médiatiques
Compromis inévitable (qui permet de
s’adresser à des millions de téléspectateurs) ou compromission
inacceptable (qui contribue à dépolitiser la politique) ? Le passage
d’Olivier Besancenot dans l’émission de divertissement du très
sarkozyste Michel Drucker relance le débat sur les rapports entre les
contestataires et l’ordre médiatique existant, auquel nous avons
plusieurs fois contribué ici même [ 1].
Parce qu’elle permet d’éclairer ce débat, la réception médiatique de la
prestation médiatique d’Olivier Besancenot, lors de l’émission
« Vivement Dimanche », animée par Michel Drucker sur France 2, le
samedi 11 mai 2008, mérite qu’on s’y arrête.
I. Des règlements de comptes politiques
Sous couvert de critique et de déconstruction du
personnage médiatique d’Olivier Besancenot, de droite à gauche, les
règlements de compte n’ont pas manqué.
Vu de droite : démasquer l’hydre révolutionnaire
Porte-parole d’une communauté invisible protégée par un
« on » anonyme, Catherine Nay – journaliste politique à Europe 1 et
« conseillère spéciale » de Jean-Pierre Elkabbach – ne s’est pas
amusée : « On s’est barbé . C’est que ce garçon là n’a aucune légèreté. Peut-être qu’en privé il a beaucoup d’humour, mais hier nada ». La raison de cette prétendue absence
d’humour et de légèreté ? Besancenot appartient à une épouvantable
engeance que tout distingue des bons serviteurs des opprimés : « Il
est du côté des luttes et des opprimés, d’accord. Mais sœur Emmanuel
elle aussi, qui leur avait consacré sa vie, était de leur côté. Et
elle, qu’est-ce qu’elle était marrante sur les plateaux ! Car ce qui la
guide, elle, c’est sa foi, qui du coup devient contagieuse. Tandis
qu’Olivier Besancenot, attention mesdames et messieurs, c’est la
révolution lui qui le motive ».
… Et qui lui interdirait, selon l’humoriste de la station d’Arnaud Lagardère de partager ses fous rires : « Un révolutionnaire qui se respecte ne s’esclaffe pas .
Par exemple, lorsque Anne Roumanoff débite ses facéties : ’’au PS
dit-elle y a beaucoup de courants mais y a pas de lumière’’. Tout le monde rit, mais pas lui : il sourit à peine. Un révolutionnaire n’avoue pas non plus ses gourmandises :
serait-ce un péché bourgeois ? Pas même pour les crêpes, en souvenir de
celles que sa grand-mère de Levallois devait lui faire le jeudi. Non,
rien ! […] Lui vous dis-je, c’est la révolution ! ».
Mais surtout, on n’est pas sinistre par hasard. Et
Olivier Besancenot l’est pour une raison bien simple ; c’est que si
l’on scrute ses modèles « ça fait froid dans le dos » : « Ce qui l’inspire lui par exemple, c’est la Commune de 1871. Après la révolution de 1789 ce fut la dernière guerre civile en France, qui fit tout de même 20 000 morts [dont la Commune elle-même serait responsable ?] du côté de ceux qu’il défend . Le bilan est effrayant. ’’Mais pour moi la révolution c’est pas une flaque de sang à chaque rue’’, précise-t-il. On se rassure, mais tout de même !
Ses idoles, ses modèles à lui, s’appellent Trotski, fondateur de
l’Armée rouge et grand criminel devant l’éternel, dont son parti la LCR
se prévaut ; et le Che Guevara, dont les discours l’enthousiasment. Il
a même écrit un livre. Mais le Che, au beau visage christique, dont
tous les libertaires romantiques se sont emparés, fut (il faut le
savoir) un stalinien fanatique, insensible, cruel, qui éliminait
lui-même ceux qu’il désignaient comme traîtres d’une balle dans la
nuque ».
Et Catherine Nay, journaliste de la droite « décomplexée » comme c’est son droit, d’opposer, mot pour mot, au « programme aussi sympathique qu’utopique » de Besancenot, l’assertion péremptoire de Sarkozy : « les caisses sont vides . »
Vu de gauche : étaler son mépris du peuple
Vu de gauche – ou d’une gauche incertaine – la critique
de la présence de Besancenot sur le plateau de Michel Drucker est
l’occasion de faire passer le mépris de classe pour de la hauteur de
vue… Comme le montre, par exemple, l’exercice auquel s’est livré le
journaliste du Nouvel Observateur, François
Caviglioli, dont l’ironie (faiblement comique au demeurant) masque
difficilement une condescendance affichée dès le début de l’article : « L’homme
qui fait la révolution à bicyclette était chez Drucker. Et si le vrai
handicap d’Olivier Besancenot était d’être un homme heureux ? […] Il s’essuie les mains sur son pantalon, un reste de timidité prolétarienne . Mais il prend vite de l’assurance et nous raconte l’histoire de sa vie qui lui tient lieu de programme. […] C’est un bon jeune homme ».
Un « brave gars », donc, mais qui, passéiste, parle d’un monde que Le Nouvel Observateur a englouti : « Olivier
Besancenot a inspiré et mis en scène le documentaire qui a été projeté
pendant l’émission sur le 18e arrondissement, le quartier où il vit.[…] . Mais c’est un quartier qui n’existe plus que dans son imagination
et qu’il est le dernier à entendre. Il a tenté une reconstitution
historique. Les personnages et les lieux que Besancenot nous présente
sont les figures classiques de la vieille comédie parigote .
Les copains avec qui on va jouer au foot le dimanche sur un terrain
d’Asnières, la salle de boxe de Clignancourt où on s’entraîne ’’pour
décompresser’’. […] Tout un petit peuple qu’on croyait disparu convoqué pour jouer dans une sorte de Puy-du-Fou révolutionnaire ».
Sans doute le journaliste du Nouvel Observateur
passe-t-il peu de temps dans le 18ème arrondissement de Paris.
Peut-être imagine-t-il la Goutte d’Or ou la Porte de la Chapelle sur le
modèle du quartier de la Défense ou du nouveau Bercy. Mais comment ne
pas voir que François Caviglioli dissimule, derrière une prétendue
analyse de clichés érodés par le temps, ses propres clichés de
journaliste des « classes moyennes », refoulant dans un passé lointain
ce que Paris refoule progressivement à sa périphérie : les classes
populaires elles-mêmes ?
De l’ironie aux sarcasmes et du mépris à la morgue : sur le site d’information Bakchich, Jean-Baptiste Thoret surenchérit [2].
Le dispositif de l’émission « Vivement Dimanche », et l’habileté de son
animateur, ont-ils neutralisé le message politique d’Olivier
Besancenot ? A cette bonne question qu’il ne pose pas explicitement,
Thoret répond… qu’elle est sans objet puisque toute radicalité est une
illusion, et que Besancenot, Drucker et les téléspectateurs – des
populistes et des beaufs – sont d’accord en tout.
Dans un genre journalistique balisé depuis des années par Philippe Val, Thoret (d’ailleurs lui-même chroniqueur dans Charlie-Hebdo ) s’approprie les thèmes de prédilection et le ton du taulier de l’hebdomadaire « satirique » : « Des
’’résistants’’ de tous poils s’enchaînent sur le canapé rouge et
délivrent leurs doléances sociales dans une ambiance feutrée et cool,
entre claquements de mains d’un public forcément acquis aux causes des
opprimés, œil plissé et concerné de Drucker et rires complices : ’’Eh
ben dites donc ! s’exclame une représentante des luttes sociales à qui
Drucker rappelle que les patrons s’en mettent plein les fouilles, on
nous prend pour des blaireaux !’’. Un frisson approbateur parcourt le public qui sent vibrer sa corde populiste . » [La formule magique, qui permet à « l’élite » de se consacrer en désignant son pire adversaire, est lâchée…]
« Vieux routard de la télévision comme machine à dépolitiser [de cela on conviendra sans peine…] ,
Drucker sait combien l’utopie révolutionnaire prêchée par son invité
partage avec la France d’en bas qui regarde son show dominical, c’est à
dire toute la France, une même passion pour le bon sens, les mêmes visions simplistes, les mêmes indignations, les mêmes engagements commodes » [A
quoi il faut évidemment opposer les visions complexes, les originales
révulsions et les engagements incommodes du pamphlétaire].
« Au fond, on réalise combien le discours
révolutionnaire, combien l’alter-attitude est non seulement
parfaitement soluble dans l’eau médiatico-capitaliste mais qu’elle est
symboliquement majoritaire. » [Où l’on comprend que Thoret appartient à une élite symboliquement minoritaire…] « Pour
le Bien, contre l’exploitation, pour les gens qui travaillent dur et
qui n’arrivent pas à boucler les fins de mois et contre les consortiums
financiers iniques, pour les petits pots de terre qui s’opposent aux
cuves de fer, contre le racisme, etc… [Toutes cibles méprisables aux yeux de l’élite éclairée]. Soit la longue litanie de la mauvaise conscience capitaliste » [A laquelle il faudrait sans doute opposer sa bonne conscience…]
« La révolution Besancenot est un
consensus quasi absolu qui s’ignore ou feint de s’ignorer. Pour autant,
il s’agit de maintenir vivace l’illusion du militant engagé […] » [Dont il convient probablement de se débarrasser, au profit de la lucidité iconoclaste du penseur dégagé]. « Au
fond, le spectacle druckerien révèle un malentendu sur lequel se fonde
notre culture de la contestation : les résistants (de gauche,
anti-Sarkozy, anti-racistes, anti-méchants loups) se croient ou font
semblant de se croire minoritaires alors qu’ils sont symboliquement
majoritaires. » [Un malentendu de taille, puisque les « résistants » sont au fond des dominants qui s’ignorent]
« Dans la seconde partie de l’émission, l’impayable Claude Sérillon a ce mot formidable à propos du leader de la LCR :
“Il tient des propos qu’on entend rarement à la télévision !” . C’est
vrai, sauf que ce sont des propos que l’on entend tout le temps,
partout et sur toutes les chaînes [Les médias dominants seront heureux
d’apprendre qu’ils diffusent en continu le message de la LCR] […] « Dur
d’être révolutionnaire lorsque la maréchaussée pense comme vous.
Lorsque l’on est seul à penser comme tout le monde (au moins 55 % pour
le Non à l’Europe), autant devenir franchement populiste » [Rien de plus commode que de s’inventer un ennemi « populiste » pour prétendre au brevet d’ « élite éclairée »].
Et de conclure : « Espérons qu’un jour Besancenot invite Drucker à un congrès de la Ligue. Après tout, ils sont si proches ».
Alors que Thoret, cet aigle solitaire qui plane au-dessus de toutes les
mêlées bassement ordinaires, continuera à nous abreuver de ses
éminentes leçons – à Charlie-Hebdo ou sur France Culture.
On l’a compris : de même que, lors d’une confrontation télévisée entre des candidats à une élection, « l’après-débat
fait encore partie du débat dans la mesure où il s’agit, sous couvert
de commenter la confrontation, d’imposer publiquement une certaine
vision de celle-ci » [3],
une prestation médiatique est l’enjeu d’une confrontation médiatique
qui la prolonge et qui emprunte ici les voies traditionnelles et
brutales du dénigrement.
Mais ce n’est pas tout…
II. Des leçons de critique des médias
A l’occasion de l’émission dédiée à Olivier Besancenot,
on a pu observer l’agitation de quelques pontes du journalisme, se
disputant les délices d’une critique médiatique des médias et le statut
fort convoité de juge de la pureté révolutionnaire. Devenus en un jour
des lecteurs avisés de La société du spectacle, ces « locataires mal logés du territoire de l’approbation »
(selon l’expression de Guy Debord) accablent tout à coup Besancenot et
les médias de leurs accusations. Recettes : personnaliser la critique
de la personnalisation, pipoliser la critique de la pipolisation,
récupérer la critique de la récupération.
Personnaliser la critique de la personnalisation
La couverture du numéro (8 mai 2008, n°2270) annonçait un « mystère », qu’un solide journalisme d’investigation devait permettre de lever.
Mais comme il fallait s’y attendre, l’ « enquête »
promise consiste essentiellement en un assemblage convenu de banalités,
de fausses révélations « pipolisantes » et de témoignages piochés
auprès du Parti Socialiste ou du « vice-président délégué du sondeur
OpinionWay »
« Peut-on être révolutionnaire et aller chez
Drucker ? », se demande gravement Claude Askolovitch pour commencer son
article. Venant d’un journaliste qui s’indigne que l’on puisse se
présenter comme « révolutionnaire », cette interrogation, apparemment
légitime, en dissimule en réalité une autre : « Besancenot est-il
vraiment révolutionnaire ? ». Celui qui passe au Nouvel Observateur pour être un « spécialiste » de la gauche annonce d’emblée : « voici quelques questions qui fâchent , sur cet encore jeune homme en qui se reconnaissent tant de mécontents ».
Quelles questions ? Des questions qui, pour la plupart, tournent autour
de la personnalité de Besancenot, et permettent de matraquer quelques
alternatives binaires, bien faites pour orienter l’attention du
lecteur. Les intertitres de l’ « enquête » parlent d’eux-mêmes :
- « Au service du peuple ou de sa propre gloire ? »
- « Son nouveau parti est-il un bluff ? »
- « Le héros des prolos est-il un petit-bourgeois ? »
- « Est-ce un vrai facteur ? »
- « Son programme économique est-il bidon ? »
- « Est-ce un démagogue ? »
- « Nouvelle gauche ou vieux trotskisme ? »
- « Est-ce un vrai sectaire ? »
Finalement, l’article est entièrement construit autour d’un seul et unique thème : Besancenot n’est pas celui qu’on croit.
- C’est d’abord un petit-bourgeois qui se fait passer pour un prolo : « Il vit dans le 18e arrondissement de Paris, avec sa compagne éditrice et leur fils, comme plein de foyers des classes moyennes intellectuelles .
Mais il accompagne régulièrement des luttes entre Metaleurop ou
Nestlé : il sait, comme aucun autre politique, être le copain des
prolos qui combattent ».
- C’est ensuite un archaïque, qui met sa jeunesse au service du « vieux trotskisme » : « Besancenot a repris des trotskistes vétérans le culte de la longue patience. […] »
- C’est enfin un populiste, car loin de défendre les intérêts du
peuple il ne fait guère que surfer sur une vague démagogique qui le
rapproche de l’extrême-droite : « Depuis 2002, la LCR veut cristalliser à l’extrême-gauche comme le FN avait cristallisé à l’extrême-droite, dans un discours antisystème. […] Il enfourche le cheval populiste privé de cavalier depuis la chute de Le Pen ... au point d’avoir une bonne cote d’amour auprès des sympathisants du FN ! ».
C’est ce qu’on appelle le coup de pied de l’âne…
Cette critique, qui prétend défaire une image pour
mieux réfuter une politique, contribue à la personnalisation qu’elle
affecte de contester. Or – miracle de la concurrence et du pluralisme
hebdomadaires – un pas de plus avait été franchi par L’Express.
Pipoliser la critique de la pipolisation
Le 6 mai 2008, quelques jours avant la diffusion de
l’émission « Vivement Dimanche », on pouvait lire en couverture de ce
vénérable hebdomadaire : « Révélations : Besancenot espionné ! ». Le temps de se rendre page 52 pour y lire l’article en question, le titre a changé et devient : « Besancenot. Le facteur people »
En guise de révélation sur l’espionnage de Besancenot, un simple
encadré de deux colonnes en quatrième page de l’article, reprenant des
informations déjà publiées le 5 mai 2008 sur le site internet de L’Express. Bref, la « Une » recourt
à la technique commerciale couramment employée par la presse à
scandale : un titre choc, puis un article totalement différent.
Quant à l’article principal, il se flatte d’analyser le
succès médiatique d’Olivier Besancenot et sa consécration en tant que
« people ». Un article qui, en réalité, s’inscrit pleinement dans cette
« pipolisation » de la vie politique, avec la mise en scène d’une
« star » : « le facteur à bicyclette est la nouvelle icône des ouvriers en lutte, si starisé qu’il doit signer des autographes à chacune de ses sorties. »
Le porte-parole de la LCR se voit ainsi réduit à l’image d’un « facteur à bicyclette », d’ailleurs comparé un peu plus loin au personnage de Dany Boon dans son film Bienvenue chez les Ch’tis. Besancenot :
une icône médiatique que l’âge (et non telle ou telle propriété
politique) différencie d’autres figures de la gauche radicale : « il humilie tous les autres ,
coincés sous la barre des 2%, notamment le trio des ’’vieux’’ : José
Bové, 54 ans, Marie-George Buffet, 68 ans, et Arlette Laguiller, 68 ans
». La photo a évidemment toute sa place dans cette mise en scène
people de la « pipolisation » de Besancenot qui apparaît sur une demi
page en compagnie du rappeur Joey Starr,
La majeure partie de
l’article entend retracer le parcours de Besancenot et l’observer dans
sa vie quotidienne. Résultat : un étalage digne des portraits les plus
« people ». On apprend ainsi qu’enfant « c’était un polisson, gai, amusant, avec beaucoup de copains ». Pas moins de deux colonnes sur son enfance et sa scolarité. Conclusion… de premièrr importance : « À part ça, l’élève est parfaitement normal ». Mais Besancenot est-il vraiment un facteur « normal » ? Question cruciale, et pour le savoir, L’Express se livre alors, avec un luxe de détails (que nous vous épargnerons) à la description d’une journée type de ce facteur.
Besancenot n’est pourtant pas seulement facteur et militant, il est aussi un père de famille « avec les deux pieds dans son époque , qui interdit à la politique de bouffer sa famille ou ses loisirs ».
Et voilà donc convoqués sur deux colonnes sa compagne, son fils, ses
voyages, son soutien au PSG, le rap et ses activités les plus banales.
Et, au détour de ce portrait savamment dépolitisé et pleinement people,
cette question faussement naïve : « Mais qui sait qu’il prône
l’augmentation de tous les salaires de 300 euros, la réduction du temps
de travail à 32 heures sans flexibilité, avec embauches obligatoires...
et interdiction des licenciements ? » Probablement pas les lecteurs de L’Express…
Car il ne faut pas se leurrer : toute cette existence
apparemment normale et ordinaire est évidemment un instrument marketing
mis en oeuvre par « le facteur people » annoncé dès le chapeau : « Besancenot a su gagner une vraie popularité, et compte bien s’en servir » : « ’’Je ne suis pas un professionnel de la politique’’. Cette originalité affichée lui sert d’ argument marketing . Facile dès lors d’ apparaître
en boy-scout de la politique, sympathique ’’Monsieur Propre’’, qui sait
parler aux plus modestes et apaiser la mauvaise conscience des autres.
[…] Besancenot refuse d’écorner son image par une participation à un quelconque exécutif ».
Et pour couronner le tout, l’Express nous invite en bas de page à nous
rendre sur le forum de son site internet, avec ce titre : « Besancenot et la ’’dérive people’’ ».
Ainsi, après avoir brossé de bout en bout un portrait
people de Besancenot – dont les pipoleries seront d’ailleurs recyclées
dans l’émission de Drucker –, L’Express affecte de s’étonner (et s’indignerait presque) de ce que l’hebdomadaire a lui-même contribué à construire avec ses confrères [4] : un « personnage médiatique » aux multiples « stratégies marketing ».
Ainsi, les médias dominants font spontanément peser sur
les porte-parole d’organisations politiques ou syndicales la
responsabilité de leurs propres tendances à la personnalisation des
enjeux et à la neutralisation des messages politiques. Manière
confortable, pour une presse qui s’imagine sérieuse, de se dédouaner de
pratiques peu avouables [5].
Reste que ces médias le font d’autant plus aisément que
les informations dont ils disposent ont préalablement été mises en
circulation et en forme par le personnage politique lui-même – en
l’occurrence Olivier Besancenot – et son organisation. Aux risques et
périls d’une récupération… dont se réjouit d’avance Alain Duhamel.
Récupérer la critique de la récupération
Figure d’un journalisme politique prétendument « sérieux » [6] et zélateur imperturbable de l’ordre existant, Alain Duhamel profite de son billet hebdomadaire (Libération, 8 mai 2008) pour procéder préventivement à une critique des illusions médiatiques de Besancenot.
Comme il sied à une sommité du microcosme médiatique,
notre éditorialiste commence par énoncer les hauts faits d’armes qui
ont fait de lui ce qu’il est : « A l’époque mérovingienne, lorsque lui-même avait été l’invité de l’émission politique phare d’alors
- elle s’appelait A armes égales et c’était un duel de deux heures - le
très paranoïaque ministre de l’Intérieur, Raymond Marcellin, avait
apostrophé les jeunes présentateurs [dont Alain Duhamel]
et les avait mis face à leurs responsabilités : s’ils confirmaient leur
invitation, ils porteraient l’entière responsabilité des violences qui
pourraient survenir ». En quoi il se trompait…
… Car il y a loin de la théorie à la pratique : « En théorie, Vivement dimanche offre sans doute l’espace le plus vaste pour une prédication réussie .
[…] Comme Georges Marchais l’avait si bien compris, une belle et bonne
émission télévisée rassemble plus de monde qu’une année de meetings. »
« En théorie », soit. Mais en pratique ? En
pratique, souligne notre chroniqueur politico-mondain pour rassurer
ceux qui redouteraient une contagion de la subversion, le risque est
limité : « Dimanche prochain, Besancenot s’évertuera
naturellement à faire passer un message politique chez Drucker, lequel
ne l’en dissuadera pas. Il est douteux qu’il y trouve l’occasion
d’approfondir le programme et la méthode de la révolution du XXe
siècle. Les triomphes ludiques de la télévision préparent rarement les
changements de société. Le Minotaure Drucker dévorera paisiblement Besancenot, ce Thésée téméraire. »
En dépit de l’emphase et des visées de son auteur, le
pronostic n’est pas dénué de pertinence. Mais cet éloge de la
« récupération » est à l’exact opposé de sa critique : il permet
d’empocher les bénéfices d’une posture contestataire (limitée au strict
minimum puisque l’emprise des médias dominants sur le débat public
n’est pas discutée), tout en continuant d’assurer – avec d’autres et
par des pratiques quotidiennes – la gestion et la conservation du
système médiatique tel qu’il est.
Mais on peut faire encore mieux, ou pire, comme le
montre l’exemple de Francis Brochet. Empruntant un costume
situationniste le temps d’un édito dans le Progrès de Lyon,
il profite de l’émission dédiée à Olivier Besancenot pour mettre au
service d’une défense du statu quo, une crique réduite à des
banalités : « Les révolutions passent, Drucker reste,
résiste, Bastille imprenable. Il a débuté sous De Gaulle, et se
maintiendra sans doute après Sarkozy. Il a tout vu, tout avalé, tout
banalisé, héraut de notre société qui, remarquait Debord, transforme tout en spectacle, même la révolte .
La télévision avait fait d’Arlette une vedette, elle a maintenant le
jeune Olivier dans le rôle du révolutionnaire télégénique. Au fond, la seule révolution de notre époque, c’est la télévision ».
Vacuité et grandiloquence destinées à célébrer la domination d’un
système qui ne célèbre rien tant que les critiques insignifiantes.
***
La réception médiatique d’une prestation médiatique ne
suffit sans doute pas à critiquer celle-ci. Mais elle confirme les
effets délétères d’une communication politique soumise aux conditions
fixées par les grands médias : des effets qui ne sont pas seulement
mesurables à ce qui est dit, ou à ce qui n’est pas dit, lors de telle
ou telle émission.
En effet, la construction et la déconstruction
médiatiques du message d’un « personnage médiatique » s’opèrent, avant
et après l’émission. Dans le cas présent, l’apparition de Besancenot
dans l’émission dominicale de Michel Drucker a notamment fourni à des
médias généralement peu critiques à l’égard de leurs mécanismes
d’imposition et d’éviction, un prétexte commode pour se faire, à peu de
frais, une virginité critique. Les éditorialistes patentés ont ainsi pu
camper un rôle de contestataires de commande, qui ne leur sied jamais
que provisoirement. Si leurs critiques n’engagent à rien et s’ils
peuvent, à ce jeu de la contestation contestée, affirmer « pile je
gagne, face tu perds », c’est dans la mesure où le champ médiatique
continuera demain à fonctionner selon les mêmes lois : celles-là mêmes
qui permettent aux détenteurs d’un quasi-monopole du discours
médiatique de prétendre au monopole du discours sur les médias.
Ugo Palheta
- Avec Ryzard Tepay (pour la lecture de L’Express)
acrimed
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dithielau
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Bonjour,
Je vous propose de jeter un coup d'oeil sur le forum du NPA:
http://forum-anticapitaliste.org/comments.php?DiscussionID=281&page=1#Item_2
sur lequel je viens d'être censuré à propos de la question de l'antisémitisme et de l'extrême-gauche ainsi que la question de l'islamisme. C'est d'autant plus drôle que je par ailleurs sur le site Siné, je m'étonnais de son renvoi après un texte qui ne comporte à mon avis pas de caractère antisémite.
Il me semble que le NPA, malgré des sourires racoleurs envers les anarchistes, ne supporte ni esprit critique ni débat ouvert sans censure. C'est dommage car il me semble qu'il y avait là un rendez-vous avec l'histoire pour créer ensemble une alternative à la domination humiliante d'aujourd'hui.
En accord avec certaines lignes lues sur votre site, à quand une action de rassemblement d'envergure des anarchistes pour contrer ces apparatchiks prêts à pactiser avec n'importe qui ou n'importe quoi pour lutter contre les USA.
bien à vous
salutations libertaires
Jean
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Kamajor
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Quelle était la question au juste ?
Il se pourrait très bien que cette même question posée sur ce site soit aussi censurée. Car de façon récurante il nous est rappelé par la camarade Libertad que ce site ne fait pas dans "l'open publishing". C'est une jolie formule pour nous signifier que nous pourrions très bien être assujeti à la censure si nos propos dépassent "certaines" limites. Quant à la caractéristique de ces limites , elles sont vague et laissées à l'apréciation du modérateur lui même. A travers mes longues années d'errances sur les articles de l'en dehors , je pense avoir cerné plus ou moins les contours de l'interdit : le sexisme , le fascisme , le racisme , le capitalisme , le conspirationisme , le nihilisme extrème et même ... accrochez vous : l'anarchisme à tendance dynamitiste !
Bref comme je le dit plus haut , il se pourrait très bien qu'on te censure ici aussi si tes propos contiennent un poil d'antisémitisme.
Je profite donc de ce commentaire pour m'insurger contre cette pratique liberticide. Je pense qu'a partir du moment ou les participants à ce site sont inscrits ils sont parfaitement identifiable par BB si ils dépassent le cadre légal de la liberté d'expression. Les modérateurs pourraient très bien signaler que le site décline toute responsabilité sur la teneur des commentaires , et de ce fait autoriser à quiquonque de s'exprimer. Quant aux articles , bien évidemment , c'est autre chose , un site qui se dit anarchiste doit le rester sur le fond.
Les raisons qui poussent Libertad à pratiquer de la sorte sont floues , apparemment ce serait pour éviter le trollage intempestif , ... , est une raison suffisante pour baillonner certaines idées ? Pourquoi pas un débat pour discutter de la question ? Je profite pour vous rappeler la célèbre maxime du grand Voltaire. "Je n'aime pas vos idées mais je me ferai tuer pour que ayez le droit de les exprimer."
Vive l'anarchie !
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Kamajor
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Pour ce qui est de l'islamisme , l'antisémitisme , le voile , la Palestine , Bush le méchant et tout le tralala... La NPA me semble rejoindre sur ce point strictement la ligne de conduite de la LCR , comme pour tout le reste d'ailleurs. Je ne vois donc pas vraiment l'intérêt d'en débattre avec eux ? A moins que tu veuilles connaitre certaines présision sur le produit avant de prendre ta carte...
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dithielau
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Bonsoir Kamajor,
Mes commentaires n'étaient pas antisémites mais contre l'antisémitisme, bien sur.
Sinon je ne viendrais pas sur votre site mais sur celui des identitaires ou autres saloperies nationalistes.
Par contre, sous des apparences béni oui oui, les commentaires des intervenants npa n'étaient pas terribles et parfois affligeants, oeillères, surdité, mauvaise foi...
Donc pour la carte Npa, ça part mal...
Même si je pensais qu'« Il vaut mieux un mauvais parti que pas de parti du tout. » « Vu la décomposition des forces de résistance, je pense qu’il y a là un espoir pour plein de gens qui en ont marre de vivre sans instrument de lutte. »
censuré en trois jours... ça refroidit.
Va falloir qui deviennent plus gentils !
à +
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Diggers
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D'accord avec toi Libertad avec toi sur l'impuissance des orgas anarchistes. Cependant quand tu écris : " construire une alternative économique en théorie déjà, on ne peut ressasser Proudhon sans l'actualiser, faire des alternatives éconmiques le coeur de notre action politique ce qui voudra dire d'accepter de mettre ses mains dans le cambouis, comme Proudhon qui avait tenté de créer sa Banque du peuple." Je crois qu'il faut aller beaucoup plus loin que créer une alternatives économiques, prôner une décroissance économique, ou autre. Il faut carrément engager des débats et des pratiques sur la sortie de l'économie ! Voir les deux n° de Sortir de l'économie. Bulletin critique de la machine-travail planétaire. Le débat est grand ouvert on prétend pas du tout que la question se limite à nos analyses, les auteurs que l'on utilise et les pratiques mises en avant. Et on invite à venir s'y exprimer http://sortirdeleconomie.ouvaton.org/ (avec votre adresse postale indiquée à l'adresse mail du bulletin, on peut vous envoyer des numéros gratuits issus d'une perruque, juste peut-être quelques timbres pour les frais d'envois. Adresse postale : Sortir de l'économie, 6-8 rue Armagnac, 11000 Carcassonne) Cependant je crois que des auteurs comme les suivants sont suffisamment stimulants pour désormais critiquer l'économie tout court : - Anselm Jappe, Les aventures de la marchandise. Pour une nouvelle critique de la valeur, Denoel, 2003 - Michel Henry, Du communisme au capitalisme : théorie d'une catastrophe, L'Age d'homme, 2008, ou du même auteur, les Deux tomes de son Marx, Gallimard. - PM, Bolo'Bolo, éditions L'Eclat, 2003 (en ligne sur internet).
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satya
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Voir les deux n° de Sortir de l'économie. Bulletin critique de la machine-travail planétaire.
Le débat est grand ouvert on prétend pas du tout que la question se
limite à nos analyses, les auteurs que l'on utilise et les pratiques
mises en avant. Et on invite à venir s'y exprimer
je connaissais déjà ces articles que je trouve très intéressants, ils sont en copyleft?? par contre, tu dis que le débat est grand ouvert et que tu nous invite à venir nous exprimer: où ça??? sur le site, il y a 3 téléchargements mais aucun lien d'entrée vers quelque discussion que ce soit...
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Diggers
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Salut, oui où ça ? :) Je veux dire que si tu écris toi aussi des textes sur la sortie de l'économie, tu as des témoignages pratiques et bien tu peux évidemment proposer. Je veux dire qu'on est pas du tout un groupe qui pensons avoir la bonne parole, que c'est que nous qui avons raison et tout, et tout... Le mieux si t'es vraiment intéressée c'est de me donner ton adresse mail, comme ça en privé je peux te faire passer les textes qui circulent plus ou moins confidentiellement dans un premier temps, on a l'habitude de se faire des commentaires les uns les autres sur ses textes, quitte parfois par finir par un texte construit collectivement. Sinon, plusieurs d'entre nous sont parfois sur le forum du site decroissance.info (il y a une rubrique " sortie de l'économie "), là aussi on peut discuter. redaction(chez)sortirdeleconomie.ouvaton.org Diggers
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satya
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ah voilà où j'avais déjà lu cela :) écrire moi? pas vraiment, parfois et n'importe comment.. selon mes humeurs et mes désirs je suis de fait "sortie de l'économie" c'est tout simplement à dire que je fais partie des précaires et que ça ne va pas si mal que ça car je fais tout pour pratiquer au maximum une vie en autarcie ;) je suis constemment en réflexion dans la création d'alternatives adaptées qui soient réalisables et réalistes. je suis aussi constemment dans une sorte de démarche de "formation" plutôt autodidacte (d'ailleurs je viens tout juste de me lancer dans la création d'un petit site, parce que j'avais envie de savoir comment faire techniquement alors que je ne suis pas "binaire" ;) ) je suis plus intéressée par le vécu que par l'intellectuel car l'intellect foisonne de toutes parts tandis que la pratique est très rare, en tous les cas dans le département des landes où je suis!
ce qui m'intéresse c'est de vivre... sortie de l'économie :D mais bien sûr les mécanismes sociaux, politiques etc etc m'intéressent aussi car ils me permettent de positionner mon envie de vivre de la façon dont je le fais actuellement. l'intellectuel n'est intéressant que dans son interactivité avec le réel en ce qui me concerne sinon ça m'ennuie à mourir or je me concentre sur le fait de vivre et le plus agréablement possible ;)
c'est vrai qu'il y a des textes et des livres qui m'intéressent mais s'ils ne sont pas gratuits je n'y ai pas accès. mais c'est vrai, j'avais pensé rejoindre le forum sur le site de la décroissance, je vais y retourner faire un tour. merci :)
ps: mon adresse email si ça t'intéresse malgré tout, c'est satyagrahas at gmail.com
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libertad
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Pour répondre à Diggers, tu as raison, j'ai omis l'initiative, heureuse, de la revue "sortir de l'économie". A ce sujet d'ailleurs, je pourrais vous proposer de reprendre sur une page spéciale les liens vers la revue, avec sommaires ainsi que vers les articles que tu as publié sur l'En dehors, si ça vous intéresse. Kamajor tu as raison, le site à ses limites et lorsqu'elles sont dépassées je ne publie pas, même les commentaires. Ta proposition que les commentateurs soient les seuls responsables de leurs écrits ne tient pas juridiquement et je ne tiens pas à endosser des écrits avec lesquels je suis en désaccord. Je renvois à la charte du site qui n'est qu'une reprise de ce que pratiquait Armand à ce sujet et avec lequel je suis d'accord sur cette question. L'En dehors est une "oeuvre" individuelle et non un travail collectif d'édition, on peut toujours en débattre mais je ne suis pas prêt à changer sur cette question après 6 ans d'expérience quotidienne du net. Ca peut ne pas plaire bien sur mais aujourd'hui n'importe qui peut créer son propre site et y exprimer ce qu'il veut, participer à un autre site c'est en accepter les contraintes.
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Kamajor
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Je comprends ton point de vue , bien que selon moi l'ouverture d'esprit est une des clefs de voûte de l'anarchisme . Mais je ne suis pas le modérateur. Cela dit je consulte l'en dehors quotidiennement depuis des années et je reconnais que ton site est remarquable . Tu fais du très bon boulot;
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soclliure
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après avoir lu avec intérêt une bonne partie des commentaires, je me disais que toutes les petites luttes éternelles entre gens soucieux d'humanisme, de liberté etc ("les gens de gauche ?") étaient sûrement bien néfastes aux combats des un-e-s et des autres * je pense que c'est pour çà en partie que la LCR veut créer un nouveau parti, dans un but d'unité, même si personnellement et pour reprendre un peu les propos de certain-e-s des commentateurs-trices, vouloir lutter contre le capitalisme mais défendre l'état ou pour les anars, lutter contre l'état et défendre le salariat ou les services publics ou que sais-je, c'est finalement contradictoire / il s'agit donc je crois quand on se revendique de l'anarchie et qu'on refuse les compromis et qu'on se dit que putain le monde va bien mal et qu'en plus la planète devient de plus en plus un tombeau qui va ptêt bien faire disparaître ses pires parasites, de se dire : bon qu'est qu'on fait maintenant ? l'anarchie est réellement à propager / peut-être en créant des milliers de structures libertaires... utopie ? en tous cas; une chose est sûre : il faut agir / le tout serait peut-être de chercher plus d'unité, sans toutefois tomber dans les éternels pièges autoritaires et d'organisations qui nous étouffent... sinon, je pense qu'il serait bon aux anars aussi de savoir s'ouvrir, de respecter les autres, même s'iles ne sont pas anars, car sinon, on n'avancera jamais (respecter je dis bien pas adhérer... =) si on n'est pas ouvert-e-s (de coeur), même aux gens les plus conservateurs, je pense qu'on rentre un ^peu dans le piège de la haine / après c'est peut-être un autre débat, mais je pense quand même qu'il est toujours bon de se remettre en question / de voir comment arranger les choses, faire qu'on soit plus heureux-ses et de construire vraiment l'anarchie / j'espère là ne pas faire la morale à qui que ce soit / c'est juste le regard que j'ai sur la chose / salutations libertaires / vive l'amour et vive l'anarchie !!
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TOLKIEN
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concernant la LCR comme tout autre parti dit "d'opposition" officielement reconnue et intégré par l'état, je me rappelle toujours de cette reflexion issu du "dialogue aux enfers entre machiavel et montesquieu" qui démontre trés bien ce qu'est un Etat dit démocratique :
"une dictature ayant la capacité d'intégrer et de financer elle même une certaine forme d'opposition ne remettant jamais en question les principes même de la dictature"
Sur un autre base de reflexion et d'analyse concernant la société dans son ensemble, je retiens aussi cette phrase d'aldous huxley :
"un état totalitaire vraiment efficient serait celui dans lequel les chefs politiques et leurs armées de directeurs auraient la haute main sur une population d'esclaves qu'il serait inutile de contraindre parce qu'ils auraient l'amour de leur servitude"
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Monde-Meilleur
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C'est fou comme sur avignon des amis du Npa tentent et retentent de me faire rejoindre leurs rangs en argumentant du fait que oui le Npa est un parti mais que non il ne veut pas le pouvoir. Je leur rétorque que le concept même d'un parti est l'opposition d'un groupe de gens face à d'autres gens et que ce concept a prouvé par lui-même combien il est désuet.
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leslibertaires
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Texte de l’intervention de Raoul M. Jennar au meeting NPA de Clamart, 27 juin 2008 Pour un éco-socialisme du XXIe siècle
C’est
la première fois, depuis très, très longtemps, que j’interviens à une
tribune pour parler d’un parti politique. Et tout compte fait, c’était
peut-être plus facile de parler de la proposition Bolkestein, du TCE ou
des accords de l’OMC. Mais bon, les années passent et j’appartiens à
cette génération qui rêve depuis trop longtemps d’un parti de gauche
enfin conforme dans les actes à ses valeurs et aux espérances qu’il
porte. Alors, j’ai décidé de ne plus me contenter de rêver.
Je vais expliquer pourquoi je souhaite le succès du
projet NPA. Je n’aime pas ce nom provisoire ; j’espère qu’on va en
trouver un autre, plus positif. Mais là n’est pas l’essentiel. Et, pour
la commodité, je m’en servirai ce soir.
Je le souhaite parce que la LCR est la seule qui
propose de se fondre dans un ensemble plus vaste où se retrouveront
celles et ceux qui partagent les mêmes analyses, les mêmes alternatives
et les mêmes stratégies. Aucun de ces partis ou groupes qui ont flingué
le projet NPA avant même qu’il ait vu le jour n’a proposé d’en faire
autant. Aucun. Même pas les Alternatifs Rouges et Verts dont le
porte-parole distribue régulièrement des bons et des mauvais points aux
uns et aux autres au nom d’une unité pour laquelle, comme les autres,
son organisation ne propose rien d’autre que de répéter les erreurs
passées.
Je souhaite le succès du NPA, parce que ce projet
implique une cohérence qui est la seule garantie contre les dérives et
les déceptions inévitables lorsqu’on met ensemble des contraires. On ne
peut pas construire un rassemblement crédible entre des productivistes
et ceux qui veulent d’autres modes de consommation, entre des
pro-nucléaires et des écolos, entre des cocos et des libertaires, entre
des partisans de l’Europe telle qu’elle se fait et des adversaires de
cette Europe-là. On ne rassemble pas ceux qui veulent adoucir le
capitalisme et ceux qui veulent le dépasser. L’appel de Politis ne tire
aucune leçon de l’échec du rassemblement que nous avons tenté de
construire sur la base de l’appel du 11 mai 2006 en vue d’une
candidature unique à la présidentielle. On ne rassemble pas des
contraires. Croire ou faire croire que le PS puisse redevenir
socialiste, croire ou faire croire que le PCF puisse renoncer à ses
liens avec le PS, c’est refuser de tirer les leçons des 25 dernières
années et c’est entretenir des illusions sans lendemain.
Tout cela doit nous convaincre que la pertinence du
projet NPA repose sur son contenu. Ce contenu doit traduire une
mutation par rapport au message historique véhiculé par la LCR.
Cela ne signifie en rien que les militants de la LCR
doivent se renier. Car la LCR elle-même a déjà intégré de nombreux
thèmes qui sont constitutifs de cette mutation. Cela veut dire qu’il
faut faire ce que la LCR comme telle n’a jamais fait - et François
Chesnais le rappelait très bien dans une récente tribune - il faut
donner à cette mutation une base théorique. Il faut que le projet du
nouveau parti s’appuie sur une analyse globale du monde tel qu’il se
présente à nous, non pas au 19e siècle, ni en 1917, mais aujourd’hui.
Je ne vais pas développer maintenant tous les éléments
de cette analyse. J’en retiens trois qui sont ceux qui m’importent le
plus comme militant altermondialiste :
* la démocratie et les libertés fondamentales
* la mondialisation
* l’égale centralité de la question sociale et de la question écologique.
LA DEMOCRATIE ET LES LIBERTES FONDAMENTALES
Je ne suis pas de ceux qui limitent l’engagement au
terrain institutionnel. Je suis convaincu que vouloir changer la vie,
cela peut se traduire par bien d’autres modes d’action que celui qui
consiste à se faire élire. Et je voudrais au passage regretter à quel
point on néglige encore trop les techniques fournies par la
désobéissance civile qui sont une des formes efficaces de
l’insurrection et qui, trouvaient déjà dans l’article 35 de la plus
belle Constitution que la France se soit jamais donnée, celle de 1793,
un fondement légal, puisque cet article disposait que « Quand le
gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le
peuple et chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus
indispensable des devoirs ».
C’est manifeste, le champ institutionnel ne peut être
le seul sur lequel l’action du NPA doit s’engager. Mais cela ne
signifie pas pour autant qu’il faille le négliger. Car il apporte un
élément hors duquel rien n’est acceptable à mes yeux : la garantie que
les transformations indispensables sont le résultat de la volonté
populaire majoritaire et non pas celui de la contrainte imposée par une
minorité, fut-elle éclairée.
La démocratie est donc un élément incontournable dans
la construction d’une alternative. Mais force est de constater que la
démocratie n’a jamais réalisé la célèbre formule d’Abraham Lincoln :
« le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. » Et j’ai
envie de dire : moins que jamais. Car, comme jamais, aujourd’hui, les
représentés ne se sentent plus représentés par leurs représentants.
L’usage abusif de la délégation, de la communauté de communes à la
Commission européenne, a complètement dévoyé la démocratie
représentative. La professionnalisation de la représentation la
confisquée. Et ce qui vaut pour les institutions vaut, avec la même
intensité, pour les partis politiques tels qu’ils fonctionnent
aujourd’hui.
De la commune à l’Europe, la démocratie est à refonder.
Il faut reprendre le rêve de Jaurès et faire de la démocratie un outil
révolutionnaire.
De même, je suis convaincu que le parti à créer doit
être à la pointe du combat pour les libertés fondamentales. J’appelle
libertés fondamentales aussi bien les droits individuels que les droits
collectifs.
Depuis une vingtaine d’années, une série de lois qui
portent les noms de Pasqua, de Chevènement, de Vaillant, de Perben, de
Sarkozy, de Dati, d’Hortefeux sont de véritables agressions contre les
libertés fondamentales et de répugnantes atteintes à la dignité
humaine. Les libertés reculent. Et nous oublions cet avertissement du
pasteur antinazi Niemöller :
« Quand ils sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit,
Je n’étais pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit,
Je n’étais pas syndicaliste
…et vous connaissez la suite, une suite à laquelle on pourrait ajouter,
Quand ils sont venus chercher les sans-papiers, je n’ai rien dit,
J’avais mes papiers
Une suite qui se termine par
Puis quand ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester ».
N’oublions pas cet avertissement. Les libertés reculent. Gravement.
Depuis le 11 septembre, au nom de la lutte contre le
terrorisme, au nom de la sécurité, les lois liberticides se sont
multipliées. Au niveau national et aussi au niveau européen, comme on
vient encore de le voir avec la directive de la honte. Bien évidemment
la sécurité est un droit. Et de ce point de vue, je dirai que le droit
de ne plus vivre dans la peur reste à conquérir, dans les usines comme
dans les quartiers. Mais jamais au prix des libertés fondamentales.
Benjamin Franklin, dont on oublie souvent qu’il fut un grand penseur
des Lumières, disait : « Ceux qui sont prêts à sacrifier une liberté essentielle pour acheter une sécurité passagère ne méritent ni l’une, ni l’autre. »
Approfondir la démocratie, défendre et promouvoir les
libertés fondamentales est un impératif. Ce l’est encore plus quand on
prétend à des changements révolutionnaires. La fin est déjà dans les
moyens.
LA MONDIALISATION
Avec la mondialisation, nous sommes en présence de
l’entreprise la plus gigantesque d’asservissement que l’humanité ait
jamais connue. Nous dépassons déjà, ici et là, ce que redoutaient
Huxley et Orwell. Nos gouvernements, assistés par le bureau d’études
dont ils se sont dotés qu’est l’OCDE, l’Organisation de Coopération et
de Développement Economiques, ont fourni la capacité de limiter le
droit des peuples à disposer d’eux-mêmes à des institutions
internationales, - la Banque Mondiale, le Fond Monétaire
Internationale, l’Organisation Mondiale du Commerce - qu’ils ont dotées
de pouvoirs contraignants. Au seul bénéfice des firmes transnationales.
Il faudrait plusieurs soirées pour décoder les textes
et expliquer les mécanismes. Je veux simplement, à travers trois
exemples concrets, indiquer qu’il n’est pas possible d’ignorer la
mondialisation quand on prétend transformer la société. Il n’est pas
possible comme le font encore si souvent les organisations syndicales
d’attendre, pour réagir, les retombées nationales des négociations
internationales ou européennes. Désormais, si on ne veut pas se
résigner à des combats d’arrière-garde perdus d’avance, il faut se
battre avec la même intensité au niveau national, au niveau européen et
au niveau mondial.
Nous sommes confrontés au plus sinistre des jeux de
poupées russes. La plus petite, c’est chacun de nos Etats ; la moyenne
pour nous Européens, c’est l’Union européenne ; la plus grande c’est
une des trois institutions que je citais à l’instant. Bien des réformes
qu’on nous impose aujourd’hui au niveau national ne sont que
l’exécution de décisions prises avec la participation du gouvernement
français au niveau européen et au niveau d’une de ces institutions
mondiales.
Plus concrètement, prenons, par ex. la mise en
concurrence des activités de services, c’est-à-dire la libéralisation
qui n’est bien souvent qu’une étape vers la privatisation. Elle a
d’abord fait l’objet de négociations internationales entre 1986 et
1994. Mais dans le même temps, les gouvernements français de l’époque
et Jacques Delors au nom de l’Union européenne concoctaient l’Acte
unique européen et le Traité de Maastricht. Dans le même temps, au
niveau national, Bérégovoy faisait adopter une loi de déréglementation
financière. Ainsi était créé le cadre pour appliquer en Europe et au
niveau national ce qui allait devenir l’AGCS, l’Accord Général sur le
Commerce des Services, un des accords gérés par l’OMC. Son objectif est
de privatiser à terme toutes les activités de tous les services dans
tous les secteurs, au-travers de négociations successives. Et tout
découle de l’AGCS. Au niveau européen, la stratégie de Lisbonne, les
décisions de Barcelone, le processus de Bologne, la proposition
Bolkestein. Au niveau français, la privatisation totale du secteur
bancaire, les mises en concurrence et les privatisations dans les
secteurs de l’énergie, de l’eau, des transports, de la poste, de la
santé, de l’enseignement.
Un autre exemple, l’Accord de l’OMC sur les droits de
propriété intellectuelle. Sans cet accord, il n’y aurait pas captation
de toute la chaîne du vivant et en particulier de la chaîne alimentaire
par l’agro-business, il n’y aurait pas les OGM, il n’y aurait pas
l’appropriation de la biodiversité par les firmes privées, que nous
appelons la biopiraterie. Sans cet accord, la santé de dépendrait pas
des multinationales de la pharmacie et l’accès aux médicaments
essentiels ne dépendrait pas du niveau de revenus des millions de gens
qui meurent faute de pouvoir se soigner. On touche ici aux limites
indispensables que l’humanité doit imposer au droit de propriété.
Un troisième et dernier exemple, c’est l’Accord de
l’OMC sur l’Agriculture. C’est cet accord qui oblige les pays du Sud à
ouvrir leurs frontières aux exportations de l’Europe et des USA, des
exportations subventionnées dont les prix sont de ce fait moins élevés
que ceux des produits agricoles des autres pays. Les pays riches ont
imposé au monde des règles dont ils se sont exonérés de l’application.
C’est aujourd’hui le principal responsable de la crise alimentaire
mondiale.
Ce ne sont que trois exemples. Il y en a d’autres. Le
NPA ne servira à rien s’il n’intègre pas totalement ce combat contre la
mondialisation. C’est un combat difficile, mais c’est un combat
indispensable.
L’EGALE CENTRALITE DE LA QUESTION ECOLOGIQUE ET DE LA QUESTION SOCIALE
Ce que je viens d’évoquer à propos de la mondialisation
nous montre que l’exploitation des humains et la destruction de la
nature sont indissociablement liés. En effet, questionner les finalités
du profit et de l’accumulation amène automatiquement à questionner les
finalités de la production et de l’échange au regard des effets
produits à la fois sur les hommes et sur leur cadre de vie.
Un projet alternatif ne doit pas seulement remettre en
cause la propriété capitaliste ; il ne doit pas s’inscrire
exclusivement dans une logique de satisfaction des besoins. Il doit
aussi et en même temps préserver les écosystèmes qui pérennisent le
cadre de vie local et global. L’écologie n’est pas seulement une
catégorie qui s’ajoute à d’autres dont il faut aujourd’hui se soucier.
Le rapport à la nature, après des siècles d’efforts pour la dominer,
est devenu une question centrale de la survie de l’humanité. La perte
de la biodiversité et la destruction des écosystèmes ne peuvent être
reléguées au chapitre des profits et pertes du productivisme.
Exploitation des humains et exploitation de la nature
relèvent d’un même système qui ne recule devant rien pour accumuler les
profits.
Pour bon nombre d’altermondialistes dont je suis, il
n’était pas besoin d’avoir lu Marx pour procéder à ce constat. Mais je
voudrais m’adresser à ceux qui s’appuient sur l’œuvre de Marx. Pour ce
faire, n’ayant aucune compétence en la matière, je vais faire appel à
des spécialistes, François Chesnais et Claude Serfati. Dans un ouvrage
collectif intitulé « Capital contre nature », paru il y a cinq ans déjà, ils écrivaient « la
montée de la pensée écologiste n’aurait pas été possible sans le
terrible vide théorique et politique qui s’est formé du côté des
marxistes (…) ; le retard très important de l’analyse marxiste plonge
ses racines dans la lecture uniquement productiviste de Marx et
d’Engels qui a été faite pendant des décennies. » Nos deux auteurs ajoutaient « La crise écologique planétaire a ses origines dans les fondements et les principes de fonctionnement du capitalisme. » Et François Chesnais, dans un article à paraître sous peu, déplore que « concentrée
sur la question de la lutte contre l’exploitation dans le travail (…)
la pensée critique se réclamant du marxisme radical a été terriblement
déficiente sur le plan des rapports à la nature ».
Voilà quelque chose qui me réjouit : il n’y aurait donc
pas de fatalité productiviste du marxisme après une lecture revisitée
de Marx. Et des travaux théoriques comme ceux de Chesnais et Serfati
peuvent beaucoup pour fonder le socle sur lequel nous devons construire
le NPA.
Pour conclure, je voudrais indiquer pourquoi je suis ici ce soir.
Je me réclame de ce qu’on appelle aujourd’hui
l’altermondialisme. Je ne représente que moi-même et je ne m’exprime
qu’en mon nom. Mais je sais que les thèmes que j’ai développés ce soir
sont ceux qui préoccupent beaucoup les altermondialistes. Le NPA ne
répondrait pas à notre attente, s’il ne les intégrait pas dans son
projet, s’ils n’étaient pas partie intégrante, explicite, de sa base
théorique.
J’ajouterai que, oui, absolument, nous devons être
révolutionnaires. Car n’est-il pas de projet plus révolutionnaire que
de vouloir le bonheur pour tous ? C’est sur la fermeté que nous
mettrons à vouloir transformer l’ordre établi que nous serons jugés.
Nous sommes les héritiers de 1871, de 1848, de 1793. Georges Danton,
peu avant de mourir disait : « nous confions au monde le soin de bâtir l’avenir sur l’espérance que nous avons fait naître ». Nous avons du travail. Ne nous contentons pas de faire de la politique. Faisons l’Histoire.
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Rakshasa
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Et l'on comprendra aisément en quoi, cette massification nouvelle de la pensée qu'est le NPA, ne peut intéresser les anarchistes individualistes.
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à 22:09