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![]() Mollahs, bas les pattes ! Libérez Mitra Farahani
Lu sur Claude Guillon : "Le 17 juin dernier, la cinéaste et peintre Mitra Farahani, 34 ans, Iranienne vivant en France depuis 1998, a été arrêtée à sa descente d’avion, sur l’aéroport de Téhéran. Placée en garde à vue, elle a été conduite deux jours plus tard à la prison d’Evin.
Mitra Farahani a pris le risque de rejoindre son peuple, assassiné par les milices islamistes, alors qu’elle se savait surveillé depuis Téhéran par la police politique. Après avoir vécu en clandestine à Paris, elle venait d’obtenir une carte de séjour. Que sa décision d’aller à Téhéran, où elle se savait menacée depuis 2007, ait été inopportune et le risque démesuré importe peu ; ce qui compte aujourd’hui est de faire savoir au régime islamique admiré de M. Chavez et aux régimes occidentaux empétrés dans leurs « précautions diplomatiques » que nous connaissons Mitra Farahani et que nous n’allons pas la laisser sans réagir aux mains de ses geôliers. « TABOUS »Mitra Farahani est surtout connu en France pour un documentaire ethnographique passionnant sur la vie érotique et sa répression dans l’Iran religieux. Intitulé Tabous, le film est sorti en salle en 2004. Il a bien entendu circulé aussi en Iran, sous le manteau, et attiré l’attention des autorités. Mitra a également réalisé un documentaire intitulé Juste une femme, consacré à un homme transsexuel. En effet, paradoxe de la morale religieuse, la « République islamique » qui punit de mort l’homosexualité, tolère le changement de sexe. Tabous mêles des entretiens - avec des personnes prostituées, avec des religieux, etc. - et des scènes de fiction, qui mettent en images - avec des comédien(ne)s français(e)s - un poème érotique. Le fait de montrer à l’écran une femme nue, surtout filmée en Iran ! est sans doute une transgression aux yeux des mollahs, ça n’est pas à mes yeux l’aspect le plus subversif du film, d’autant que les images « érotiques » sont à la fois gentillettes et très classiques (le monsieur se couche sur la dame). Ici comme souvent, la réalité - socialement niée et ici révélées par les entretiens - dépasse largement la fiction par son potentiel subversif et comique. Je me souviens notamment du passage irrésistible où une personne prostituée raconte l’épisode du retour inopinée de l’épouse du client, son déguisement hâtif en passante trempée par l’orage... qui allait justement repartir ma chérie ! Et son ébahissement lorsque le client qui vient de la sodomiser, rajusté et restauré dans son rôle de donneur de leçons lui fait une remarque aigre sur un point de sa vêture (ses talons hauts ! si ma mémoire est exacte). Je me dois néanmoins de donner la parole à Mitra Farahani elle-même sur les raisons qui l’ont poussée au mélange documentaire/poésie : « Après un an de travail sur les interviews, je me suis rendue compte que l’image qui peu à peu se dégageait de mes entretiens ne correspondait pas totalement à ce que je ressens et ce que je connais de la réalité iranienne. Aujourd’hui en Iran, si l’on demande à quelqu’un de définir l’amour, sa réponse commencera immanquablement par une référence poétique. Il ne parlera ni de son vécu ni de ses expériences, mais choisira une métaphore poétique. La poésie est présente partout en Iran, dans le cinéma, dans la peinture, et plus généralement dans la culture de chacun, même les hommes politiques et les religieux y font sans cesse référence. Pour moi, la partie fiction a un sens profondément documentaire : aucune prise n’a pu et ne pourra être refaite, la vérité de l’instant s’y ressent encore d’avantage que dans les entretiens. [...] J’ai choisi une mise en scène [du poème] très simple et très naïve, pour illustrer la franchise des personnages et la pureté de leurs sentiments. » On trouvera ici l’intégralité d’un entretien avec Mitra. Les spectateurs peu au fait des mœurs islamiques auront découvert dans Tabous la pratique des « mariages temporaires », c’est-à-dire des autorisations de baiser strictement limitées dans le temps, et délivrées... par un fonctionnaire. On comprend qu’un régime religieux capable d’un souci aussi grotesquement bureaucratique de la bienséance... et de la satisfaction des besoins autoproclamés des mâles (l’exotisme a ses limites !) supporte mal qu’on le tourne en ridicule en mettant en perspective les déclarations de ses religieux - pas si éloignés de nos curés des années 1950 - et les témoignages de gens ordinaires. C’est d’ailleurs aux interviews des religieux réalisés par Mitra Farahani que je pensais en regardant les photos de ces derniers jours à Téhéran, où l’on voit les miliciens islamistes, armés de fusils, de poignards et de gourdins venir chasser, la haine au cœur, des jeunes garçons et filles assoifé(e)s de liberté. Dans le film, certains parlent dans une espèce de transe douloureuse dont on déduit qu’ils se considèrent déjà vaincus par l’aspiration de la jeunesse à plus de liberté, érotique notamment, et qu’ils sont prêts à faire payer leur défaite annoncée dans le sang. L’un d’eux, combattant héroïque de la guerre avec l’Irak, explique qu’il a demandé gentiment à un garçon de lâcher la main de la fille qu’il tenait en public, dans la rue ! et que celui-ci a refusé ! De la frustration à la haine, de la haine au meurtre. À ma connaissance, Tabous n’est hélas pas édité en DVD ; j’ai regretté ma paresse du jour où j’avais été voir le film, j’aurais aimé noter un certain nombre de choses que ma mémoire a effacées, notamment concernant le vocabulaire érotique et les expressions euphémistiques pour désigner telle ou telle pratique. Peut-être est-ce à la fois une bonne occasion et un bon moyen d’afficher notre estime et notre solidarité avec Mitra Farahani d’entreprendre aujourd’hui cette édition, qui donnerait une nouvelle vie à ce travail remarquable. Mitra venait d’achever le projet d’un nouveau long métrage, Le Coq. Faisons en sorte par tous moyens qu’elle puisse continuer à vivre et à travailler libre, à Téhéran et à Paris. Profitons-en pour adresser un salut fraternel aux centaines de milliers de jeunes filles et de jeunes gens qui ont bravé les balles des fanatiques. Pour et par la liberté de l’amour, pour et par la poésie, libérons Mitra Farahani ! Ci-après l’article de Rue 89 qui m’a alerté sur l’arrestation de Mitra. Un écho dans le monde arabe. Je publierai toutes les informations utiles sur le soutien à Mitra Farahani que ses ami(e)s voudront me faire parvenir : claude.guillon(at)internetdown.org Mis en ligne par libertad, le Mardi 30 Juin 2009, 23:26 dans la rubrique "International".
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