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![]() LE TROISIEME AGE DU SYNDICALISME
Même si elles remportent encore quelques timides victoires, même si elles peuvent représenter une garantie contre l’arbitraire patronal et donner l’impression de la force, rien n’y fait, la suspicion est de plus en plus importante à l’égard des organisations syndicales. Que ce soit en France ou dans le reste de l’Europe, ces organisations qui ont fait les beaux jours de la contestation sociale, semblent touchées par un mal mystérieux… La condamnation brutale et sans appel du syndicalisme est aussi absurde et inefficace que la défense sectaire et inconditionnelle de ces organisations. Il s’agit de comprendre ce qu’il se passe. Pourquoi les syndicats ne jouent plus leur rôle ? Pourquoi ne leur fait-on plus confiance comme autrefois ? Quel rôle peuvent-ils véritablement jouer aujourd’hui dans les conflits sociaux. Pour bien comprendre où nous en sommes aujourd’hui il faut revenir à des définitions élémentaires. LES TROIS PERIODES DU SYNDICALISME Au cours de l’Histoire du système marchand, le syndicalisme n’est pas demeuré identique à lui-même, il a suivi l’évolution du système, s’y est adapté et a fini par être en décalage avec lui. 1er période - celle de la révolution de industrielle, essentiellement au 19e siècle. La loi Le Chapelier (1791) abolit les corporations pour que l’industrie naissante dispose d’un marché de force de travail « libre ». Le droit d’association des salariés sera un rude combat qui aboutira à sa reconnaissance en 1884 avec la loi de Waldek Rousseau sur la « liberté des syndicats professionnels ». Le syndicat se définit comme l’ outil de défense des intérêts des salariés. « L’abolition du patronat et du salariat » de la Charte d’Amiens (1906) de la CGT restera un vœu pieux… et disparaîtra après 1968. 2e période- globalement, les trois premiers quarts du 20e siècle. Période de la « plénitude » du syndicalisme. Le syndicalisme est installé, institutionnalisé, reconnu. Il est un interlocuteur du patronat et de l’Etat. Il arrive à imposer un rapport de force qui aboutit à des victoires sociales importantes – salaires, protection sociale, retraites, temps de travail, congés payés : le système cède parce qu’économiquement il le peut et qu’il n’a pas le choix (hors des pays développés, point de salut) – il s’achète la paix et la stabilité sociales. 3e période - après 1975. La décolonisation ouvre la voie à la « mondialisation marchande ». La répartition du travail, l’éclatement des lieux de production crée des conditions nouvelles qui auraient du entraîner des révisions de stratégies de luttes… ce qui n’a pas était fait… le syndicalisme fonctionne, comme si de rien n’était, sur le même schéma. Il entre en crise. MONDIALISATION ET SYNDICALISME Si le syndicalisme n’a pas changé de principe et de modalités d’action, l’environnement économique et social s’est lui profondément transformé, modifiant par là même les conditions de l’activité syndicale.
Droit dans ses bottes, ceint de l’auréole, méritée, des conquêtes sociales, le syndicalisme s’est accroché à des pratiques correspondantes à un monde qui a disparu. Convaincu que ce qui était efficace hier l’était forcément aujourd’hui, au nom de la fidélité à son passé, il a peu à peu sombré dans l’impuissance. Il a entretenu le mythe de son efficacité en conservant une capacité démonstrative incontestable. Il n’a pas échappé lui non plus à l’illusion du spectacle de la force qui est l’apanage des grandes organisations qui n’ont pas évolué mais qui savent entretenir le souvenir d’un glorieux passé. L’illusion joue encore aujourd’hui… La mondialisation marchande est entrain de le détruire mais il ne le sait pas encore. SYNDICALISME : LE COMMENCEMENT DE LA FIN ? Titre provocateur trouveront certains… mais il est vrai que l’interrogation en atténue le sens. Le doute subsiste. Il y a, il faut le reconnaître, quelque chose de pathétique dans la défense du syndicalisme. Le syndicat a été l’arme essentielle du salarié contre son employeur. Il a été le moyen d’améliorer pour des générations les conditions de rémunérations, de travail, de protection sociale. Il a été le catalyseur d’une conscience collective contre l’exploitation. Aujourd’hui ses marges de manœuvres sont extrêmement réduites et ses méthodes, héritées du passé, peu convaincantes en terme d’efficacité. Pourtant les responsables syndicaux persistent et signent… Cette attitude tout à fait conservatrice est bien sûr favorisée et entretenue par les bureaucraties syndicales qui jouent sur l’affect pour éviter et empêcher toute réflexion sur leurs pratiques (« Toute attaque du syndicat l’affaibli et fait donc le jeu du patronat… CQFD »). Elle est également, il faut bien le reconnaître, l’expression d’un appauvrissement, de la part des salariés, de l’esprit d’analyse et de critique de ce qu’est la réalité sociale : s’accrocher à des certitudes contre vents et marées donne l’illusion de la force et économise les efforts. Ce comportement a pu, sans trop de dégâts, se maintenir durant les périodes de « vaches grasses » des trente glorieuses et même un peu après. Or, quand cette réalité change cette attitude laisse totalement démuni. La compréhension de la critique laisse vite la place à l’agressivité, surtout si cette critique est, ce qu’elle est aujourd’hui, largement fondée et corroborée par les faits. Le syndicalisme souffre actuellement de deux mots de nature complètement différente mais qui s’ajoutent :
La bureaucratisation consiste en une dérive de l’organisation qui s’installe dans une « contestation officielle », comprenant des professionnels du syndicalisme qui trouvent là matière à stabilité et promotion sociale. L’organisation devient une fin en soi. Quant au décalage, l’exemple le plus significatif nous est fourni par le syndicalisme allemand. Syndicalisme de compromis, de dialogue, voire de cogestion, il ne peut plus assumer aujourd’hui la contradiction entre la défense des intérêts des salariés et les conditions imposées par le système : par exemple l’augmentation de la durée de travail avec blocage des rémunérations (voir l’article : « MARCHANDISE : LE RETOUR AUX FONDAMENTAUX ») laisse le syndicat complètement impuissant et le met même en opposition avec les salariés qui, le couteau sur la gorge, acceptent l’inacceptable. La bureaucratisation n’est pas un phénomène récent, mais elle a pu faire illusion tant qu’elle pouvait arracher des avantages professionnels et sociaux au système. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Le système à de moins en moins de choses à négocier (voir l’article : « NEGOCIER, MAIS NEGOCIER QUOI ? »). cette situation relativise donc considérablement la place et l’existence de la bureaucratie syndicale. Le système ne voit cependant pas d’un très bon œil la disparition des syndicats. En effet, l’existence de telles structures, si elles « jouent le jeu », et elles ne peuvent plus, à terme, ne pas le jouer, permettent de faire passer les mesures impopulaires et maîtrisent la colère des salariés ; elles constituent un cadre à la contestation. Les syndicats aujourd’hui n’organisent-ils pas la réalisation des « plans sociaux », à défaut d’avoir le moindre impact pour défendre les emplois ? Et ils expliquent même « qu’il vaut mieux ça que rien ». Des syndicats « responsables », « réalistes », est une aubaine pour le système qui peut ainsi mener à bien, avec un minimum de dégâts sociaux restructurations et délocalisations. C’est ce que le MEDEF appelle des « syndicats modernes ». Patrick MIGNARD Voir également l’article « ILS NE CEDERONT PLUS RIEN » Mis en ligne par Patrick Mignard, le Vendredi 28 Avril 2006, 12:17 dans la rubrique "Pour comprendre".
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à 17:06