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![]() L’école fabrique de l’inégalité.
--> Pour une éducation populaire :
Lettre ouverte aux collégiennes, collégiens, lycéennes, lycéens, étudiantes, étudiants, professeures, professeurs et à bien d’autres encore
C’est cette inégalité que les réformes de Darcos et consorts aggravent encore. Lutter contre l’appauvrissement des moyens, l’arbitraire des programmes et l’étranglement de l’avenir constituent un combat nécessaire. Les réformes actuelles font de l’éducation un vrai enjeu idéologique. En un certain sens, l’école fait de la politique tout comme la marchandise. L’école a toujours été le lieu du pouvoir politique, mais maintenant elle fait visiblement de la politique puisque Sarko fournit sa vision de ce qui doit être inclus dans le programme scolaire.
Bien sur, l’éducation s’avère d’une force incroyable pour nous sortir de la passivité, pour révéler notre planète. Il faut développer des écoles et des universités populaires, étendre l’instruction et l’alphabétisation partout dans le monde qui en est privé, il faut que les idées, la science et l’histoire se répandent du Nord au Sud, sans la damnation des religions et sans la censure des états policiers. L’esprit n’est libre ni à l’ombre d’une église, ni dans les murs d’une caserne…
Mais l’école apprend aussi à obéir à l’autorité des polices et des larbins du pouvoir. L’utilisation permanente du chantage et de la punition n’a qu’une légitimité, apprendre l’art d’être soumis. Cette justification est d’ailleurs annoncée : ce sont les exigences du monde professionnel. L’obéissance n’apprend rien d’autre. En amoindrissant les moyens, en diminuant le nombre de professeurs, l’école profite surtout aux riches. Ensuite, en exigeant une orientation strictement professionnelle, l’école restreint l’homme à n’être qu’un salarié du monde marchand. Que les entreprises et les banques profitent des richesses, c’est déjà contestable, mais qu’il faille se mettre au service de leurs patrons, c’est clairement un but scandaleux. Apprendre, ce n’est pas apprendre à se mettre béatement au service des exploiteurs. Les patrons d’entreprises, qui modestement se nomment eux-mêmes les élites, n’ont ni talent ni savoir, ni diplômes propres autres que le fait de posséder de l’argent. Cet argent qui leur a servi à organiser la structure qui exploite la richesse fabriquée par les salariés, qui opprime les hommes et saccage la nature pour produire leur profit. Et que dire de ces actionnaires frileux qui prennent la richesse de notre travail en dormant ? L’école, le collège, le lycée, l’université construisent l’exercice d’exiger que nous soyons mis à disposition des patrons. Ouvriers, assistants, cadres, qu’importe, puisque l’objectif est de permettre au capitalisme de continuer son oppression. Pourtant, après des siècles d’exploitation assidue, le capitalisme a presque totalement dévasté la vie animale et végétale, le capitalisme est parvenu à la misère.
Et l’école actuelle reste essentiellement la fabrique de l’inégalité. L’inégalité et l’exclusion commencent à l’école. Qu’est ce que la notation sinon inculquer que la concurrence et que l’exclusion sont les seules formes de relation humaine? L’école construit l’idée que l’inégalité est fondamentale, normale, essentielle, indépassable, naturelle…Il y aurait des génies et des benêts ?
Ce n’est pas vrai, nous pouvons apprendre autrement. Nous savons que ce qui est intéressant chez l’autre, c’est sa différence. Ce sont ces différences qu’il faut valoriser et non pas exiger que chacun soit inscrit dans l’échelle inégale et sauvage de la concurrence. Seul l’économie marchande a intérêt à la concurrence des salariés entre eux, pour les traiter comme des marchandises. Qui nous dit qu’il faudrait savoir s’acheter ou se vendre ? La personne n’existerait plus qu’emprisonnée dans un système qui fait d’elle un outil du capital, mais qui peut aussi la réduire au chômage si l’outil technique peut la remplacer. Où est la liberté d’apprendre si nos vies sont déjà décrétées ? Quoi, la liberté n'existerait plus qu’étroitement coincée entre nos vies fichées et les chantages de l'économie, qui font l'économie de nos vies et la politique policière…
Non, ce n’est pas vrai. Lycéennes, lycéens, étudiantes, étudiants, Vous êtes riches de vous-mêmes.
Votre lutte vous a incroyablement enrichi :
Personne n’a le droit d’embrigader vos pensées, ni de vous faire la morale. Vous seuls pouvez décider d’enseigner cette soif de vivre et de générosité, de partager avec tous les autres jeunes, du Nord au Sud, cette liberté de se rebeller contre les injustices du monde marchand… La vie est courte, notre passage sur terre devrait consister à jouer les trouble-fête et non à faire semblant d’être déjà mort. (2009, Th. Lodé Professeur d’Université)
Reproduisez, diffuser librement cette lettre….
Mis en ligne par Thierry Lodé, le Jeudi 19 Février 2009, 20:55 dans la rubrique "Pour comprendre".
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