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![]() Hommes-femmes : au lit, le sexe ne fait plus la différence
Lu sur Libération : "Cunnilingus, masturbation, bigamie, fidélité, homosexualité, Internet… ils ont tout exploré. Une dizaine de chercheurs sous la houlette de Nathalie Bajos (Inserm) et Michel Bozon (Ined) ont radiographié la sexualité des Français.12 364 personnes de 18 à 64 ans ont été interrogées. Les premières conclusions avaient été présentées en 2007 (Libération du 14 mars). Voici l’ensemble des études, rassemblées aux éditions la Découverte (1), et publiées la semaine prochaine. Où l’on voit que les comportements des hommes et des femmes se rapprochent. Ce qui n’empêche pas les plus jeunes de penser encore que «par nature, les hommes ont plus de besoins sexuels que les femmes». La première fois L’âge de l’entrée dans la sexualité des hommes et des femmes se rapproche. A la fin des années 50, les femmes s’initiaient à 20,6 ans soit deux années après les hommes. Aujourd’hui l’écart n’est plus que de quelques mois (17,6 contre 17,2). Mais au moment du dépucelage, les femmes ont davantage tendance à choisir un partenaire qui a déjà eu des rapports sexuels, et plus âgé d’au moins cinq ans. Cette expérience est de «moins en moins le début d’une histoire conjugale officielle», en particulier pour les femmes. Il y a cinquante ans, deux tiers des femmes, un tiers des hommes découvraient la sexualité avec leur futur conjoint. Aujourd’hui, ce n’est le cas que d’une personne sur 10. De nos jours, cette mise en route inaugure une «période de jeunesse sexuelle, entre l’adolescence et l’âge adulte». Cependant, les femmes sont souvent dans un modèle «préconjugal», stable, amoureux, quand les hommes explorent davantage des expériences personnelles, sans engagement. Chez les plus diplômés les comportements se ressemblent. Les partenaires Là encore les différences s’atténuent. Les femmes déclarent moins de partenaires que les hommes, mais cet écart se tasse. Notamment chez les plus jeunes. Celles qui n’en ont connu qu’un seul sont devenus minoritaires. Elles étaient 68 % en 1970, 34 % en 2006. Les hommes continuent à déclarer 12 partenaires en moyenne. Les femmes en comptent plus qu’avant :1,9 chez les 30 - 49 ans en 1970, 4 en 1992, et 5,1 aujourd’hui. Mais «la mémoire des femmes […] apparaît toujours sélective», notent les auteurs : elles ne retiennent que ceux «qui ont compté». D’autre part, 34 % des hommes et 24 % des femmes déclarent avoir eu des «relations parrallèles». Et 43 % et 34 % respectivement pensent que leur partenaire a un amant (ou une maîtresse). Après une rupture Lors de l’étude, deux tiers des personnes vivaient en couple, 12 % étaient en relation stable sans habiter sous le même toit, et 20 % n’indiquaient pas de petit ou petite ami(e). Un sondé sur 5 a déjà connu une séparation dans les cinq années précédentes. Les nouvelles générations, à la conjugalité moins éternelle, auront probablement plus de partenaires après 30 ans que les précédentes. «Une sorte d’effacement du seuil entre jeunesse et âge adulte se mettrait donc en place en matière de sexualité et de vie affective.» Hommes et femmes attendent sept mois entre la rupture et la rencontre d’un autre partenaire. Le fait d’avoir des enfants ralentit une nouvelle rencontre, mais ne l’empêche pas. Jeux plus diversifiés Plus qu’avant, les jeux amoureux et sexuels se déclinent dans différents registres. Surtout chez les femmes. En 2006, 60 % des femmes déclarent s’être masturbées (90 % des hommes). Elles n’étaient que 16 % en 1970. Elles déclarent davantage d’expériences homosexuelles que par le passé (4 % - comme les hommes - contre 2,6 % en 1992). La fellation et le cunnilingus sont devenus des pratiques courantes (pour deux tiers des hommes et femmes) La sodomie n’est pas entrée «dans le répertoire ordinaire des couples» : 9 % des femmes et 14 % des hommes déclarent la pratiquer régulièrement. Un tiers des 18-24 ans s’est connecté sur des sites de rencontres. En 2006, un homme sur deux regarde régulièrement un film X, et une femme sur cinq. Les femmes le font plus souvent avec un partenaire, les hommes en solitaire. Les rencontres échangistes ne se sont pas développées, et le recours à la prostitution est stable depuis 1992. Les indifférents Il y en a que ça n’intéresse pas, le sexe. 0,8 % des femmes, et 1,4 % des hommes demeurent puceaux toute leur vie. 10,8 % des femmes et 6,6 % des hommes n’ont pas eu de rapport sexuel l’année précédant l’enquête. L’absence de rapports sexuels (temporaire ou durable) se retrouve chez les hommes jeunes, sans partenaire. Entre 18 et 35 ans, on compte deux fois plus d’inactifs que chez les femmes. La tendance s’inverse après 50 ans. Les jeunes déclarent ne pas avoir trouvé de partenaire, quand les plus âgées expliquent qu’elles ne «veulent pas» de rapports sexuels. De nouvelles normes L’hétérosexualité, la monogamie (ou la fidélité) et la pénétration sont les normes d’aujourd’hui. Elles participent «à la construction d’un modèle sexuel qui inscrit toujours prioritairement la sexualité dans la conjugalité, surtout pour les femmes». Par exemple 49 % des hommes considèrent qu’«on peut avoir des rapports sexuels avec quelqu’un sans l’aimer» mais seulement 26 % des femmes. Chez les jeunes, cet écart se creuse encore. Aujourd’hui, l’injonction d’une «sexualité épanouie» ne se mesure pas tant à la performance sexuelle mais «à la capacité de deux partenaires à s’engager dans une relation stable et satisfaisante du point de vue sexuel et affectif». C’est ainsi «le modèle de sexualité au féminin» qui se trouve peu à peu «valorisé». De fait, 44 % des femmes se déclarent très satisfaites de leur vie sexuelle. Les hommes le sont… à 35 %. CHARLOTTE ROTMAN (1) Enquête sur la sexualité en France, 610 p. 27 euros. Mis en ligne par endehors, le Vendredi 7 Mars 2008, 09:17 dans la rubrique "Le privé est politique".
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