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![]() Des happenings... autour de Jean-Jacques LEBEL*
--> Les origines de mai 1968
Lu sur Ressources sur l'utopie : "Le Happening ou communauté éphémère d’agitation culturelle et politique, réunissant un groupe pluraliste d’artistes, de militants, de provocateurs... a été théorisé par Allan KAPROW notamment dans son Assemblage, environnements and happenings publié à New York en 1966, et même avant lui, en 1965, par Wolf VOSTEL dans Happenings. Il renoue avec les performances artistiques provocatrices de toutes les avant-gardes de la fin du XIX° et du début du XX° siècle. Différentes formes artistiques vont s’en inspirer, comme le Concept Art (c’est aussi le titre d’un livre de Klaus HONNEF en 1971). Ces ouvrages des sixties sont contemporains de la vague beat et hippie, et ce n’est guère étonnant tant les Parades (celle des Diggers surtout), les festivals rocks, les La notion de happening est très proche de celle de performance qui est utilisée surtout dans le milieu anglo-saxon des années 1960-1970. La performance définit une action artistique en liaison ou contre le public. Elle use volontiers du dialogue dérangeant, de la provocation et mise sur interactivité, spontanéité des échanges, règne de l’improvisation… Le terme aujourd’hui désigne la plupart des actions face au public, quel que soit le lieu, des divers mouvements d’Avant-gardes. Il semble que le groupe GutaÏ au Japon a (re)lancé le mouvement du happening proprement dit depuis 1955. Si on remonte encore
plus en avant dans le temps, un premier happening serait l’œuvre
dès 1952 de John Mais l’origine du
happening semble encore plus ancienne, si on se réfère
aux poèmes criés lors des manifestations littéraires
dans des cafés (le fameux Voltaire à Zurich),
véritables pré-happenings, des dadaïstes, comme
les décrit Tristan TZARA lui-même en 1916 dans Chronique
zurichoise. C’est Hugo BALL qui le premier leur donne une
constance forte. À Paris le dadaïsme poursuit ces
actions décapantes, notamment en janvier 1920 avec le fameux Les dadaïstes eux-mêmes s’inspiraient évidemment (via Hugo BALL notamment) des soirées expressionnistes, dont la plus marquante date du 12/05/1915 au Harmoniumsaal de Berlin. Ils renouaient également avec les premiers happenings futuristes italiens d’avant la guerre de 1914, notamment dans l’avant-garde romaine4 qui fait irruption dans l’université sous des formes provocatrices et volontairement théâtrales. Depuis 1914, ils avaient organisé le peut être premier « teatro comportemento » provocateur en interrompant des cours dans l’université romaine, avec des militants déguisés selon les dessins de Giacomo BALLA5. Et toujours plus avant, il est possible de parler de « premiers happenings »6 en évoquant les actions de « théâtre permanent » en divers lieux, surtout les cabarets, qu’en fin du XIXè siècle met en œuvre l’ancien communard Maxime LISBONNE. Dès l’amnistie du début des années 1880 il cherche à promouvoir les « tableaux vivants », aux visées didactiques, notamment contre les rigueurs du bagne, de l’enfermement… tableaux vivants que réutiliseront près de ¾ de siècle plus tard les surréalistes.
Cette action collective, ponctuelle, mouvante dans le temps et l’espace peut très bien utiliser la notion d’hétérotopie chère à FOUCAULT pour être mieux cernée. Elle se veut festive, sensuelle, sans limite, imaginative, cherchant à stimuler tous les sens des acteurs comme des spectateurs vis à vis de qui la frontière est désormais ténue. C’est une micro-utopie libertaire au sens propre du terme. En France, mais aussi aux États-Unis, en Italie surtout, et dans de nombreux autres pays, cette pratique est assumée surtout par le polyvalent et omniprésent Jean-Jacques LEBEL7. Cet anarchiste né en 1936, lié par sa famille au milieu surréaliste et dadaïste (son père est biographe de DUCHAMP, lui-même très jeune entretient une relation compliquée avec André BRETON) se lie aux milieux d’extrême gauche anti-autoritaires dès les années 1950 : aux « lettristes », aux situationnistes (il rencontre DEBORD dès 1952 et connaît le peintre et architecte CONSTANT qui justement peint en 1973 Happening), aux marxistes critiques de Socialisme ou Barbarie, aux anarchistes ou conseillistes de Noir et Rouge et d’ICO - Correspondance Internationale Ouvrière... Il reste cependant inclassable, autonome, se brouille avec les situationnistes, est rejeté par son père spirituel BRETON en 1960...
Il réalise son
premier happening à Ibiza en 1958, et le premier en France à
Paris à La Galerie, en février Lors de la Guerre
d’Algérie, il prône l’insoumission, se rallie au
Manifeste des 121, aide les déserteurs, s’exile
en Italie et à New York et lance ses premières grandes
séries d’activités collectives militantes. Après
l’épisode de Front Unique de 1956-1960, il
lance ses trois Anti-Procès contre la Guerre. Le
troisième à Milan (après Paris et Venise) en
1961, autour de l’oeuvre-manifeste à plusieurs mains (dont
De 1979 à la fin des années 1980, son groupement POLYPHONIX et ses Festivals de Poésie Directe, co-fondés par Julien BLAINE et François DUFRÊNE forment une sorte de communauté utopique internationale, sans frontières, et sont un des rares prolongements libertaires et contestataires fidèles à l’esprit de 1968. Par son talent, sa participation à d’innombrables expositions et happenings9, les multiples mouvements et influences qu’il fait converger, le libertaire Jean-Jacques LEBEL est un des plus impressionnants personnages aptes à incarner l’esprit de révolte, d’agitation culturelle, de dénonciation de la société de consommation... qui culmine dans les années soixante, et bien au-delà. Il permet au groupe Panique de se développer (Cf. ci-dessous) et est proche des spectacles psychédéliques de la vague hippie, qui sont cependant moins engagés politiquement. Le premier qui touche la France semble être « La fenêtre rose » de 1967 au Palais des Sports. Michel Anthony 1 SAINT-JEAN-PAULIN Christiane La contre-culture. États Unis années 60 : la naissance de nouvelles utopies Paris, Autrement, Mémoires n°47, 217p,1997, p.77 2 STOIANOVA Ivanka Pratiques utopiques et recherches artistiques actuelles, -in-Stratégies de l’utopie, 1979 3 DUROZOI Gérard Histoire du mouvement surréaliste, Paris, Hazan, 1997 4 SALARIS Claudia La Roma delle avanguardie – dal futurismo all’undergroud, Roma, Riuniti, 256p, 1999 5 SALARIS Claudia Controcultura e « arte contro » in Italia,-in-RSDA, Pisa, BFS, a.9, n°2(18), luglio-dicembre 2002 6 GRANIER Caroline « Nous sommes tous des briseurs de formule » : les écrivains anarchistes en France à la fin du XIXè siècle, Vincennes-St-Denis, Thèse en Lettres Modernes à Paris VIII, 1400p, décembre 2003, p.337 7 LABELLE-ROJOUX Arnaud/LEBEL Jean Jacques Poésie directe. Happenings, interventions, Paris, Opus International, 1990 8 Collectif Grand tableau antifasciste collectif, Paris, Dagorno, 134p, 2000 9 Centre Culturel Français de Milan Jean-Jacques LEBEL, Milano, 1999 Pour une mise à jour éventuelle, voir (http://missiontice.ac-besancon.fr/hg/grenier/Autres/Utopies/utopies.htm ) ou la page d'origine Microsociétés "artistiques" *titre original : "Hétérotopies des happenings... autour de Jean-Jacques LEBEL" (NDLR) Lire aussi le dossier sur les origines de mai 1968 Mis en ligne par libertad, le Dimanche 10 Février 2008, 11:47 dans la rubrique "Pour comprendre".
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à 01:44