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![]() C'est mon choix ... ou la fausse liberté
LA PROSTITUTION est un des sujets qui divisent les anarchistes - et le mouvement féministe. En schématisant, deux positions s'opposent: certain.e.s veulent abolir le système prostitutionnel (sans être forcément prohibitionnistes); d'autres défendent un système réglementariste et revendiquent le statut de « travailleur.euses du sexe » pour les personnes prostituées.On ne peut en quelques lignes débattre de ce sujet, qui mériterait des explications et des analyses plus longues. Je voudrais juste ici examiner un des arguments des défenseurs de la prostitution qui consiste à dire: « C'est mon choix » - c'est-à-dire qui fait passer l'acte de se prostituer pour une manifestation de liberté. Cette affirmation ne peut que sonner agréablement à des oreilles anarchistes: chacune a le droit de disposer de son corps! À bas l'ordre moral! Vive l'amour libre, même tarifé! Vraiment? II faut se méfier de cet argument (« au nom de la liberté »), souvent trompeur depuis 1789... De quelle liberté parle-t-on? Dans quel contexte? Avec quel but? Un slogan émancipateur peut parfois cacher une idée réactionnaire et être détourné au profit de la conservation de l'ordre moral. C'est le cas du prétendu « droit à se prostituer librement ». La liberté suppose un choix. C'est très rarement le cas concernant la prostitution - et on l'oublie trop souvent lorsqu'on évoque ce sujet. Prenons, par analogie, d'autres exemples de ces « fausses libertés ». « Il faut travailler plus pour gagner plus », dit Sarkozy « Il a raison! », prétend un ami anarchiste. Et pourquoi pas? Pourquoi l'État devrait-il empêcher-les travailleurs de bosser quand ils le veulent? De quel droit mettre en place des lois qui restreignent notre temps d'activité salariée? Et de quel droit voudraiton nous empêcher de travailler la nuit, le dimanche? Alors crions-le franchement: « À bas le code du travail! » Certes... les anarchistes n'ont jamais empêché qui que ce soit de travailler! On peut pourtant dénoncer un système basé sur (idéologie du travail - et entrevoir, derrière les paroles de Sarkozy, l'immense hypocrisie qui consiste à faire accepter leur sort aux plus exploités (le « travailler plus », évidemment, ne s'adresse ni aux rentiers ni aux actionnaires...). Que répondre, alors, aux salarié.e.s qui nous disent: « C'est mon doit de travailler le dimanche, pour un salaire dérisoire, c'est un choix, etc. », sinon que nous ne nous battons pas contre elles et eux, mais contre le système qui fait que de moins en moins de travailleurs et travailleuses ont réellement le choix. Il faut d'abord abolir le système salarial qui fait de tout homme ou femme des exploités en aliénant leur force de travail - afin qu'ensuite, on puisse réellement parler du choix de travailler (pour soi-même). Autre exemple, concernant les femmes. On se demande parfois si une lutte féministe est encore nécessaire, tant on entend que les femmes choisissent librement leur vie! Telle porte le voile parce que « c'est son choix », telle a choisi - « librement » - de rester à la maison pour élever ses enfants; telle vit en couple et a des enfants parce que cela correspond à « ce qu'elle a toujours souhaité » ; telle autre, enfin, est « libre » de s'épiler, porter des talons hauts et se maquiller parce qu'elle prend plaisir à passer des heures à soigner son apparence physique et qu'elle se sent tellement bien ainsi... Certes. Étrange, tout de même, comme ces choix librement effectués sont largement partagés et confortent l'ordre patriarcal! Clamer que ces choix relèvent de la liberté, c'est un slogan creux, et c'est justement l'arme des dominants. Concernant le prétendu « choix » de la prostitution, parler de liberté revient à évoquer un cas de figure bien abstrait, mais tellement rare... Quand dans la majorité des cas, on est plus proche de l'esclavage que de l'ex ploitation salariale. La liberté, certes... Celle du « renard libre dans le poulailler libre » ! Il est bien évident que nous, anarchistes ne pouvons décider à la place des individus ce qui est bon pour eux. Ce que ne pouvons devons faire, en revanche, c'est mettre à nu un système qui enferme les hommes et le femmes d'autant plus insidieusement qu'il s'appuie sur une propagande idéologique acceptée et intégrée par les dominés. Dans un système où les femmes son considérées comme coupables d'éveiller le désir des hommes, alors oui : se voiler, c'e parfois faire le choix de la tranquillité, de la sécurité. Dans un système où les femmes travaillent dans de moins bonnes conditions et pour un salaire moindre que les hommes et où on ne leur propose pas de mode de garde approprié pour leurs enfants, alors oui : rester à la mai son, c'est parfois faire le choix d'une moindr exploitation. Dans un système où certains ne connaissent que la misère, l'exploitation et le travail gratuit (travail domestique ou garde d'enfants pour le compte d'un mari), alors oui se prostituer, c'est parfois faire le choix d'un certaine liberté et indépendance financière. Mais à quel prix? Peut-on pour autant en conclure qu'en faisant ces choix, nous sommes libres? Dans une société libérée du systèm patriarcal, nous pourrons parler de choix. Et qu'untel ou une telle demande de l'argent ou quoi que ce soit en échange de son corps, s'affuble d'un voile ou de n'importe quels oripeaux, se maquille ou s'épile, oui, cela sera bien égal ! Mais prétendre que nous sommes libres alors que nous ne faisons que conforter le système dominant, c'est de la pure hypocrisie. Ou de la mauvaise foi. Caroline Commission Femmes Le Monde libertaire # 1509 du 20 mars 2008 Mis en ligne par libertad, le Dimanche 20 Avril 2008, 13:15 dans la rubrique "Le privé est politique".
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