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![]() La conjugalité : source de la prostitution
Si la question de la prostitution refait régulièrement surface dans le débat politique et social, c’est au même titre que la crise de la famille, les drames de la violence conjugale, la pédophilie ou la pornographie, c’est-à-dire en tant que question sexuelle toujours en problème, et apparemment à jamais insoluble.
Le débat immémorial sur la prostitution porte le plus souvent sur des notions indécidables : l’être prostitué est-il libre ou non ? son activité est-elle professionnelle ou non ? la prostitution est-elle un comportement légitime ? immoral ? délictueux ? nuisible ? bénéfique ? indispensable à la société ? Doit-on considérer que la sexualité est une activité humaine hors commerce, à l’instar de la mise au monde, de l’allaitement, de l’éducation des enfants, de la maladie et de la mort ? Ou doit-on la considérer comme une activité parmi d’autres, qui peut s’exercer gratuitement ou vénalement, comme tout autre ? A ces questions ontologiques, on se doit d’ajouter les questions sociologiques posées par le développement exponentiel du marché prostitutionnel, l’augmentation spectaculaire du trafic de femmes, le niveau exceptionnel des bénéfices qui en sont tirés, désormais sans comparaison avec les bénéfices de la drogue. C’est toutefois en amont de ces considérations, là où naît le désir sexuel, et là où se déterminent les modalités proposées à son assouvissement, c’est à ce point précis de la socialisation de la sexualité que se pose - ou non - le “problème” de la prostitution. Depuis le temps qu’elles sont posées, on s’étonne que ces questions n’aient toujours pas trouvé de réponse. Pour “le plus vieux métier du monde”, la chose est paradoxale, sinon cocasse. En fait, les réponses sont si nombreuses et si contradictoires qu’elles ne permettent aucune compréhension réelle du problème, et par conséquent, aucune mesure sociale ou politique concrète satisfaisante. Les convictions des uns, la religion des autres posent des valeurs qui se heurtent les unes aux autres; s’opposent ainsi aujourd’hui les abolitionnistes - qui veulent supprimer la prostitution en pénalisant proxénètes et clients - aux règlementaristes - qui, la considérant comme une activité banale ou comme un mal inévitable, souhaitent l’encadrer et protéger celles et ceux qui l’exercent. Il n’est cependant pas impossible de considérer la question sous un angle différent : mettre la prostitution en relation avec les autres formes socialisées de la sexualité ouvre une perspective très riche. La prostitution touche en effet à une activité humaine essentielle, voire fondamentale, à savoir la sexualité, qui connaît plusieurs modalités d’exercice. Des divers statuts accordés par les sociétés à la sexualité, dépendent l’apparition de diverses formes d’exercice de celle-ci, données pour licites ou non, ainsi que les comportements alors mis en œuvre par les gens. Ainsi, la prostitution, comme modalité d’exercice de la sexualité, n’existe-t-elle pas partout et en tous temps; certaines sociétés l’ignorent, d’autres l’encouragent, la sacralisent, d’autres encore la prohibent, la sanctionnent, la réglementent, la tolèrent, l’exploitent. La première réalité à mettre en lumière, c’est que la prostitution comme activité vénale, n’apparaît pas dans toutes les sociétés : seules les sociétés conjugalisées semblent la connaître; les sociétés qui ne pratiquent pas le couple institué ou le mariage, et perdurent alors sans notre modèle féodal d’“échange des femmes”, ne pratiquent pas la prostitution. Certes, dans toutes les sociétés, la sexualité est réglementée par des interdits (le Tabou ou la Loi); mais dans les sociétés conjugalisées, d’autres interdits sont imposés en sus, du fait du mariage : interdits (durs ou softs) de sexualité préconjugale et/ou extra-conjugale; si ces interdits semblent s’alléger dans les sociétés dites “avancées”, ce n’est pas le cas pour tous : si la sexualité pré-conjugale semble aujourd’hui bien acceptée, en revanche, la sexualité extra-conjugale demeure sinon interdite, du moins problématique, et souvent considérée comme une “trahison”, génératrice de représailles, de violences, de malheur, de rupture, de divorce. Qu’elle soit frustrée ou libérée, la sexualité conjugale engendre nécessairement un désordre qui semble exiger, pour être conjuré, une forme de prohibition sexuelle, terreau évidemment propice à l’épanouissement de la prostitution. Là où cette prohibition est inexistante (faute de mariage et/ou de couple), la prostitution semble également inexistante. Si certains comportements des membres de ces sociétés non-conjugales peuvent faire penser à une forme de prostitution, l’analyse révèle qu’il n’en est rien. La méprise du voyageur naïf se conçoit d’autant mieux que les femmes comme les hommes de ces sociétés, ont une sexualité libre qui dispense de toute relations sexuelles autres qu’amoureuses; ils ignorent tout de la relation conjugale, comme de la relation vénale. Il en va tout autrement des voyageurs qui, eux, sont pour la plupart conjugalisés, et profitent volontiers d’une libre sexualité exotique qu’ils assimilent à la prostitution. Ces variations géographiques autour de la conjugalité se retrouvent dans l’histoire. Il n’est en effet pas certain que les sociétés anciennes de notre Europe aient été conjugalisées. Nos premiers textes manifestent une évidente imprécision à ce propos, et la liberté de mœurs qui caractérise nos premiers lais et nos premiers romans, semble peu compatible avec le mariage; en outre, la prostitution n’y apparaît point. |
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céline |
merci merci merci pour ce texte intelligent et clair, avez vous des pistes pour répondre à la question soulevée en dernier ?
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ogur 30-07-05
à 18:35 |
Re:Texte très intelligent en effet. Mais vous parlez de vénération du couple chez tout un chacun, peut-être convient-il de distinguer ceux qui font un choix absolu de ceux qui le vivent par une sorte de dépit. Les libertaires sont par exemple ultra minoritaires, on peut bien se douter que s'ils veulent une sexualité rendue possible par des affinités electives, leur champ de conquête est considérablement étroit, bien plus que le cadre supérieur, parfaitement intégré au monde où il vit, comme la majorité de ses contemporains qui n'ont rien de bien radical à opposer à ce monde. Ce cadre là, allie avantageusement la puissance de l'argent, voire le prestige de la profession et de surcroît il a un vaste champ de conquêtes qui s'offrent à lui parmi les gens qui n'ont d'autres idées dans leur vie que de faire de l'argent et ce sont de loin les plus nombreux. Ils ne sont pas seulement nombreux, ce qui fait leur force et leur aisance à évoluer en ce monde, ils ont pour eux un environnement qui leur est favorable, ce qui est loin d'être le cas des libertaires. On voit là que la faculté à plaire se retrécit considérablement pour des libertaires qui nécessairement n'afficheront pas la même bonne humeur, la même bonhomie que celui qui est "chez lui". Alors convenez que si ce libertaire trouve une femme, si cette libertaire trouve un homme, ils savent qu'ils auront peu d'opportunités de faire pareille rencontre. Et ne peut-on concevoir que l'extrême solitude du libertaire l'incline à plus d'enthousiasme et de profondeur que quiconque multiplie les aventures. La rareté fait la valeur. Et c'est aussi somme toute dans l'esprit libertaire que de respecter l'autre. C'est en tous les cas ce que j'ai peu observer chez des libertaires qui ne m'ont paru concevoir la conjugalité comme leurs contemporains. La perle du dépit? Ogur Repondre a ce commentaire
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Anonyme 30-07-05
à 23:14 |
Re: Re:La perle du dépit ?… Non, l’angoisse du rôle de l’individu dans la société. Repondre a ce commentaire
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Anonyme 31-07-05
à 09:27 |
Re: Re: Re:ce n'est pas parce qu'on est 2 qu'on est en couple. On est en couple quand on ne forme plus qu'1. Le couple est bien la base de la famille qui est l'institution fondamentale des sociétés quelles qu'elles soient. Pour refuser de participer à cette infamie, pas nécessaire de baiser à plusieurs (ou seul !) : il est possible d'être 2, en prenant garde que ce 2 signifie toujours 1 + 1 (et que l'autre soit souvent/longtemps/toujours le même ou pas n'a alors pas de sens, tant qu'il s'agit bien toujours d'une relation à l'autre).
L'Unique, toujours seul, même parmi les autres (et c'est pas triste...) Repondre a ce commentaire
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ogur 31-07-05
à 09:38 |
Re: Re: Re:Pardonnez-moi je me suis mal exprimé. Quand je mettais un point d'interrogation après la perle du dépit, et puisqu'il s'agissait de conjugalité, je voulais dire que le partenaire ou la partenaire du libertaire sont de ces sortes de perles qu'on met si "longtemps" à trouver, et elles sont de dépit parce que le libertaire n'a pas d'autre choix que de vivre cette conjugalité pour laquelle il n'est philosophiquement pas fait. C'est une sorte d'adaptation, de pragmatisme liée à un environnement hostile qui ne lui facilite pas d'autres voies... Mais ceci est à considérer avec le plus extrême circonspection, j'ai choisi un angle d'attaque subjectif ...
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Agnès Echène 02-10-05
à 17:29 |
des éléments de réponse ...Peut-être, mais enrobés d'une épaisse couche de pessimisme !!! J'essaie de m'expliquer dans les textes que j'écris. Vous pouvez y aller voir : http://www.la-dive-compagnie.com/rubrique.php3?id_rubrique=25
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Agnès Echène 02-10-05
à 17:35 |
choix par défautC'est vrai qu'à choisir entre la solitude et le couple, c'est comme entre la peste et le choléra. Le choix communautaire des années 60-80 a été une vraie "parenthèse enchantée" - dont je ne me console pas. Mais nous n'avions pas les moyens d'assumer un choix de société qui impliquait bien plus que nous-même, remettant en cause bien des prinicpes de base que nous ne soupçonnions pas. Et nous n'avons trouvé ni chez Marx, ni chez Mao ni chez Marcuse ni chez Reich ni chez Illich etc etc, les lumières qui auraient éclairé nos lanternes, les outils qui auraient aidé au changement. Hélas ... mais il fut peut-être des auteurs qui ne purent jamais publier parce qu'ils avaient découvert ces outils ?
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ogur 30-10-05
à 18:55 |
Re: choix par défautJ'ai toujours supposé que c'était une parentèse enchantée. Je ne me console pas d'être né trop tard. J'ai toujours supposé sans parler nécessairement d'auteurs, qu'il y avait dans l'histoire des voix qui ont été enjoint de se taire. les premières voix anonymes, baillonnées ou tout bonnement exécutées, celles qui nous obligeraient à remonter si loin dans l'histoire des hommes, ont sans doute été les plus "justes". Après quoi il y a toujours eu des milliers de bouches à travers les temps qui reprenaient à leur compte une parcelle de ce qui avait été dit de plus "juste" à l'origine. Nécessairement ils ne disaient qu'une parcelle, nécessairement la parcelle s'amenuisait au fil du temps à mesure que changeait le monde, à mesure que les premiers hommes responsables de la chute de la civilisation de la cueillette s'était transformé en chef de tribus, en seigneurs, en chefs d'entreprises. Nous ne reviendrons jamais à ces sociétés épargnées par la main mise d'un minorité d'hommes dont la perversion originelle s'est habilement muée par le discours en cupidité, en ambition ou en goût de pouvoir d'ailleurs érigés en valeur suprême, comme s'il s'était agi de maquiller par une habile figure de style des traits pourtant dangereux pour la société des Hommes. Ce sont des putains maquillées qui mettent sur le trottoir ceux et celles qui auraient eu le véritable "pouvoir" de donner un autre cours aux nuits où le ciel se farde pudiquement d'ombres propices aux regains des étoiles. La nuit où Strindberg a conçu "Inferno", serait-il allé chercher si loin les hurlements des voix originelles anonymes pour que ce cri remonte en lui? "Le mariage du ciel et de l'enfer" n'est pas une affaire de conjugalité, sinon Blake eut été marié à tous les Hommes depuis la nuit des temps. J'entends le son de la télévision au loin, voilà qui m'est réellement insupportable, et pourtant
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ogur 30-10-05
à 19:00 |
Re: Re: choix par défaut(je ne voulais pas nécessairement envoyer ce message, mais une fausse manoeuvre en aura décidé autrement...) Le dernier mot que j'ai écrit c'est "pourtant" et j'ai depuis perdu le fil. Disons donc que pourtant bien des Hommes sont mariés à leur télévision. Voilà qui nous éloigne à jamais des anonymes des origines. L'envoi inopiné de mon message sur votre site ne me donne à coeur de poursuivre. Bien à vous. Repondre a ce commentaire
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ogur 11-11-05
à 10:56 |
Re: choix par défaut"Pour qui assortit de violence l'humour de Marcel Havrenne écrivant si joliment "Il ne s'agit pas de gouverner et encore moins de l'être", il n'y a ni salut ni damnation, pas de place dans la compréhension universelle des choses, ni chez Satan, le grand récupérateur de croyants, ni dans le mythe quel qu'il soit, puisqu'il en est la vivante inutilité. Ceux-là sont nés pour une vie qui reste à inventer; dans la mesure où ils ont vécu, c'est sur cet espoir qu'ils ont fini par se tuer" (Raoul Vaneigem, banalités de base) Repondre a ce commentaire
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à 17:55