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![]() Les rebelles du Figaro
--> « Je puis tout imprimé librement, sous l’inspection de deux ou trois censeurs. »
On ne manquera pas de s’amuser ici de l’émoi provoqué par la reprise en main par son nouveau propriétaire Serge Dassault, dit Fine gazette, de la ligne éditoriale du Figaro, tant cette publication s’est toujours signalée par son respect des puissants –tout spécialement s’ils sont de droite- et sa remarquable absence de liberté de pensée en complète et hilarante contradiction avec la citation de Beaumarchais inscrite au linteau de la Une, « Sans liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur », aussi crédible là que le Liberté, Egalité, Fraternité au fronton des mairies. On s’amusera, mais on s’étonnera : diable ! qu’exige donc le toujours dynamique Dassault junior, 79 printemps, pour tournebouler une Société des rédacteurs pourtant rompue depuis feu Robert Hersant à toutes les reptations ? les journalistes devront-ils poser nus pour le calendrier de l’année ? recrutera-t-on des anciens de l’Huma qui sentent la sueur ? ou pire, va-t-on confier une tribune à Daniel Schneidermann, pourtant parfait en guest star de Libération ? Rien de tout cela ! le fils du père Marcel, au moins aussi réac que son géniteur, mais moins fleur bleue, envisagerait –horreur !- de transformer le Figaro, ce parangon bien connu de la presse autonome, en organe de propagande, ce que tous les lecteurs lucides jureront pourtant qu’il était déjà. Pauvres rédacteurs ! on comprend que leur amour-propre se cabre à l’idée de produire sous la contrainte ce qu’ils faisaient jusqu’alors en toute indépendance d’esprit, la promotion du capitalisme néolibéral (si possible financé par la collectivité, comme le groupe Dassault), de l’UMP et de toutes ces belles figures de la nomenklatura française qui ne doivent le plus souvent qu’à leurs mandats électifs de ne pas fréquenter davantage le bureau d’un juge d’instruction. Mais encore, quelle mouche pique donc le Serge pour traiter avec cette rustre impudence des laquais d’ordinaire d’autant plus complaisants que leur maître affecte de ne pas les considérer comme des domestiques ? on le savait nettement moins créatif que son paternel qui, pour antipathique qu’il fut, avait tout de même inventé l’aviation militaire moderne, le magazine Jours de France et Sophie Marceau, on le savait viandard et condamné pour avoir transformé un bête véhicule tout-terrain en dégommeuse à biches, on le savait décoré de la Légion d’honneur pour ses talents de marchand de canons et surtout tranquille squatteur des pantoufles abandonnées par son vieux, chef d’entreprise multimillionnaire en euros grâce aux contribuables, conseiller général et maire grâce aux ventrus votants, on le savait autoritaire et arrogant comme le sont parfois les gens de stature modeste lorsqu’ils sont riches et célèbres, mais on ne le savait pas assez stupide pour chercher à faire du quotidien de référence des dentistes, des notables de l’immobilier ou de l’assurance et des commis d’études notariales ou d’huissiers une sorte de Rouge de droite promis au même tirage confidentiel. La faute au grand âge, peut-être, ou bien à cette tendance qu’ont tous les tyranneaux à n’en faire qu’à leur tête, quitte à faire n’importe quoi, afin de bien montrer qui est le patron ? Quoi qu’il en soit, on croit comprendre que, plutôt que la remise en question d’une déontologie de toute façon élastique comme de leur objectivité sacrée mais souple, c’est bien cette déchéance de la propagande chic et distanciée à la propagande vulgaire et rentre-dedans qui préoccupe les journalistes du Figaro, ou plus exactement la chute vertigineuse de la diffusion qui s’ensuivra, de laquelle ils seront les seuls à faire les frais, au point d’aller fourguer leur canard à la criée devant les gares- ô funeste sort quand on a fait Sciences-Po-, car après tout Sarkosy n’a pas besoin d’eux pour se vendre, vu que tout le petit monde des médias est preneur. Et là, le nouveau roi de l’édition fait une erreur, car si les portefeuilles bien garnis et les échines caressées dans le sens du poil sont sans conscience, les temps de disette comme les ordres qu’on aboie les rappellent brusquement à plus de pugnace clairvoyance. Du courage, camarades ! le peuple du seizième arrondissement de Paris vous soutient dans votre juste lutte contre la dictature de l’argent et la prétention des philistins ! Mis en ligne par MathiasDelfe, le Lundi 20 Septembre 2004, 23:59 dans la rubrique "Actualité".
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