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![]() La Constitution européenne ou l’art d’occuper le vide
L’organisation d’un référendum concernant la Constitution européenne est envisagé en France à l’automne 2005 et, depuis quelques mois déjà, soit plus d’un an avant que cette « possiblement probable » consultation devienne une réalité électorale, le débat quant à l’opportunité de voter oui ou non occupe tout le champ du discours politique.
Pourquoi tant de passion, à droite, mais surtout à gauche, à propos d’un texte de compromis rédigé par une collégiale bourgeoise, nouvelle structure juridique qui, de toute façon, ne changera pas grand-chose pour le citoyen lambda par rapport à l’actuel traité de Nice en vigueur ? Et pourquoi tant de précipitation ? quelle urgence y a-t-il pour Messieurs Hollande, Strauss-Khan, Fabius et combien d’autres encore, à se déclarer pour ou contre la validation de cette constitution ? quel électeur s’en soucie ? lequel a décidé ce qu’il votera dans six mois, dans un an ? d’ici là, la profession de foi de tel ou tel responsable du PS ou des Verts ne peut-elle elle-même être sujette à révision ? la palinodie est pourtant l’un des ressorts fondamentaux du langage politique ! La vérité, c’est que la question de la « future éventuelle » Constitution européenne n’intéresse personne pour l’instant, à commencer par le citoyen ordinaire qui, entre boulot, impôts et chômage, a d’autres chats à fouetter, d'autant qu'il pige tout de même un peu qu'on cherche à lui bourrer le crâne avec le cadet de ses soucis. Et on peut douter qu’elle passionne réellement des politiciens pas concernés par l’élaboration du projet et bien trop engagés dans l’action plutôt que dans la réflexion pour se préoccuper longtemps d’un futur d’autant plus hypothétique qu’il est conditionné par l’attitude de nos partenaires européens quant à cette question. Alors ? Alors, comme souvent, hélas, il s’agit d’occuper le vide. Le terrain du débat d’idées déserté, la gauche de gouvernement, depuis belle lurette convertie aux vertus réelles ou supposées du libéralisme économique, n’a rien de bien convaincant à opposer à l’entreprise de privatisation des sociétés et services publics et au programme de déconstruction sociale diligentés par l’actuel pouvoir Raffarin. Et pour cause : la gauche plurielle, aux affaires, agissait de même que la droite, en y mettant simplement moins de rudesse. Dans ces conditions, aucun programme social ambitieux ne s’impose aujourd’hui pour que cette gauche retourne à terme à Matignon : il lui suffira de remettre en cause les dispositions les plus contraires aux intérêts des travailleurs initiées par la droite, et le tour sera joué. Aucun avenir à inventer, aucune raison de faire fumer les cervelles, pas de grand soir à l’horizon, rien que des petits matins blêmes : réaffirmer une loi d’ailleurs « assouplie » sur les 35 heures et restaurer deux ou trois dispositions légales sur la protection des salariés et le peuple sera, sinon content, du moins soulagé, car, faute d’être meilleure, sa situation sera simplement moins pire.
Que reste-t-il donc au politicien professionnel pour faire parler de lui, se donner de l’importance, passer pour indispensable en attendant de reprendre en 2007, dans un tranquille balancement dialectique, les rênes du pouvoir, sinon grossir un événement secondaire et lointain dans le temps à la dimension d’un enjeu aussi imminent que capital ?
Le projet de Constitution dirigé par l’éminent géronte humaniste collectiviste Giscard d’Estaing est-il assez social ? pas assez social ? faut-il en rajouter un peu ? beaucoup ? pas du tout ? Dilemme d’autant plus superflu que la Constitution ne se substituera en rien à celles qui servent déjà de cadre juridico-politique à chaque Etat membre. Et, comme de juste, la plupart des médias, plutôt que de démonter le mécanisme de la machine à endormir les masses en s’inquiétant de l’absence d’ambition comme de pugnacité de l’opposition, ne laissent pas d’épiloguer docilement sur le non-événement. En d’autres termes, remplissent le vide avec du vent. Tout un art. Mis en ligne par MathiasDelfe, le Mercredi 15 Septembre 2004, 13:34 dans la rubrique "Actualité".
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à 14:16