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![]() Neurologie et anarchie
--> --> Handicap psychomoteur et indivisibilité du travail
Si l’indivisibilité manuel / intellectuel dans le travail (compris comme travail social), l’un des principes anarchistes fondamentaux, peut être adoptée par tout un chacun comme principe théorique porteur de valeurs évidentes, le passage à la pratique devient quoi qu’on en dise une affaire plus délicate et reconnaissons honnêtement qu’il peut faire peur à certaines personnes, les mettre mal à l’aise. Tref de remise en cause, loin de moi cette intention, mais tref également d’assurance héroïque ou fanfaronne. A l’évidence, on ne pourra dans la société anarchiste imposer à chaque individu pour lui-même la mise en pratique de ce principe comme condition non négociable des contrats ou vicieux défit à surmonter, sorte de parcours initiatique conditionnant l’accès au travail. Pour quelle raison ? Il ne s’agit absolument pas là d’un problème de manque de volonté, de paresse, d’esprit bourgeois ou autre grossier défaut de la sorte. C’est pourquoi nous devons absolument nous montrer compréhensifs là-dessus. Mes compagnons me pardonneront de prendre mon exemple personnel pour illustrer cette pensée, faisant justement partie de ceux (ou plutôt celles) se trouvant dans l’incapacité de mettre ceci en pratique bien qu’ayant rejoint l’anarchie. Je ne suis sans doute pas seule atteinte de ce handicap mais actuellement inconnu du grand public (seulement par la médecine), il peut laisser longtemps dans l’ignorance nombre de ceux souffrant de ses symptômes, tel qu’il m’y a laissée moi-même, pendant trente-deux ans (j’en ai actuellement trente-cinq) ! Il s’agit d’un handicap psychomoteur mais sa particularité est, contrairement au cas usuel du handicap lourd (paralysie), de provoquer une infirmité très partielle : et il s’agit dans mon cas justement d’une « imprécision des gestes des membres supérieurs » c'est-à-dire des mains et donc une incapacité au travail manuel. Mais cette déficience n’étant détectable que par les neurologues les plus hautement qualifiés (j’ai vu le plus compétent sur mon département), tant soit peu que les médecins généralistes des handicapés concernés n’aient pas l’idée de les envoyer vers eux (comme ce fut le cas pour moi avec le premier généraliste qui m’a suivie), il en résulte des symptômes inexpliqués pendant plusieurs années et donc incompris du commun des mortels avec les malentendus relationnels que ça entraîne : la personne est « sans volonté », son incapacité est « psychologique » etc…générateurs alors encore en sus d’une souffrance morale. Ces problèmes relationnels existants déjà dans la société actuelle au travail divisé (dans le cercle familial et amical notamment), ils ne peuvent qu’être logiquement amplifiés dans le cadre de la non division. C’est pourquoi pour éviter ce genre de conflits on ne peut plus injustes, il me semble grand temps que la question soit sérieusement évoquée au sein des différents courants anarchistes. Il reste à évoquer la cause de ce mal. C’est bien justement ça qui pose problème, la médecine ne disposant pas encore à l’heure actuelle d’une technologie tout à fait assez puissante pour détecter avec précision d’où provient un handicap psychomoteur partiel. Pour ma part, un scanner n’a rien révélé. C’est cette faiblesse qui est génératrice de l’incrédulité commode de ces étiqueteurs de « mauvaise volonté » : « on ne trouve pas la cause ? C’est donc qu’il n’y en a aucune ! ». Dans ces conditions, les médecins se contentent donc de donner plusieurs hypothèses, aussi plausibles les unes que les autres. Dans mon cas, il peut s’agir de l’un ou l’autre de ces trois évènements : soit un retard de développement intra-utérin, hypothèse émise par mon généraliste (mais il ne s’agit pas du développement physique, alors c’est quoi ?), l’échographie ne donnant à l’heure actuelle aucune vision de ce retard, soit un manque d’oxigène au moment de l’extraction abdominale à la naissance, hypothèse émise par un ostéopathe qui a essayé de me guérir et n’y a pas réussi, soit une toute petite lésion cervicale qui aurait pu se produire soit dans l’utérus soit dans les tous premiers jours de la naissance, hypothèse émise par ce neurologue très compétent et qui est mentionnée sur mon certificat d’incapacité. Ainsi ai-je épuisé la totalité des arguments médicaux quant à mon handicap. Leur imprécision ne change rien aux symptômes : je suis incapable au moindre travail manuel et devrai donc bénéficier dans la société anarchiste, comme tous ceux dans mon cas, d’une dispense d’indivisibilité et d’une rotation des tâches très réduites. Je pense donc, encore une fois, qu’il est temps d’en débattre, tant par rapport à cette question d’indivisibilité que par rapport à celle de l’éducation polytechnique où ce problème se pose encore davantage. A l’évidence, un établissement scolaire enseignant à égalité les matières intellectuelles, manuelles et physiques ne semble pas l’idéal adapté pour un enfant présentant des symptômes psychomoteurs et sans entrer dans le réglementarisme, demander à tous les enfants la présentation d’un certificat médical à l’entrée ou faire passer les visites médicales scolaires par l’un des plus compétents neurologues de la zone (et non par ces médecins scolaires d’Etat encore moins qualifiés que les généralistes !) à mon avis s’impose pour s’éviter au mieux de désagréables surprises. Attention, il ne s’agit nullement d’entrer dans une logique sélective (encore que vouloir à tout prix intégrer un enfant dans un établissement en sachant pertinemment qu’il souffrira d’inadaptation ne soit pas forcément agir dans son intérêt ( ?)…) mais de se donner les moyens de prévoir les adaptations nécessaires. Je vous invite en fait à réfléchir au comment rétrécir l’écart entre « le vouloir être un bon anarchiste » et « le pouvoir être » afin d’ôter les frustrations à ce niveau. Que l’un de tous ces bonnes gens de la société bien pensante considérant les anars comme des voyous acceptent une seule fois dans leur vie de lire un ouvrage anarchiste : je crois qu’ils s’agenouilleront aussitôt pour nous présenter des excuses ! Car voyou signifie aussi bon à rien. Or pour être anarchiste, il faut être bon à tout ! Têtatutelle Mis en ligne par Têtatutelle, le Dimanche 18 Mars 2007, 19:48 dans la rubrique "Pour comprendre".
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